Une photo prise sur la rue Saint-Vallier Est à Québec le jour de la reprise des chantiers résidentiels, le 20 avril.
Une photo prise sur la rue Saint-Vallier Est à Québec le jour de la reprise des chantiers résidentiels, le 20 avril.

Secteur de la construction : L’enjeu de la productivité

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Collaboration spéciale
Quel printemps ! Une crise sanitaire. Le Québec mis sur pause. Puis une reprise graduelle des activités après le confinement. Dans ce contexte, les quotidiens de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) sondent des acteurs de secteurs névralgiques de l’économie sur la situation actuelle et l’avenir. Comment se relever de cette pause ? Y a-t-il des modèles pour faire face aux inévitables défis des changements ? Il y a des initiatives qui ouvrent la porte à des remises en question à tous les niveaux des entreprises. Parlons donc ouvertement de la relance. Aujourd’hui: le secteur de la construction. 2e de 4. Prochain rendez-vous le samedi 13 juin

D’abord, le travailleur doit se laver les mains dès qu’il se pointe sur un chantier. Il doit ensuite remplir un questionnaire pour établir s’il présente des symptômes du coronavirus. Puis, il enfonce un casque de sécurité sur sa tête et ajuste un masque avec lunette de protection ou encore une visière.

Et il y a les outils à désinfecter chaque fois qu’ils ont été utilisés. Sans oublier la distanciation physique de deux mètres à respecter.

«Des entrepreneurs calculent une perte de temps d’environ 30 minutes par travailleur par jour», signale Jean-Philippe Cliche, économiste senior à l’Association de la construction du Québec (ACQ), un regroupement multisectoriel rassemblant près de 18 000 entreprises.

«Il faut plus de temps pour effectuer un même ouvrage. Ça nous prend donc plus de main-d’œuvre. Déjà que nos entreprises peinent à trouver des salariés. Pour limiter la perte de productivité de leurs travailleurs et pallier le manque de personnel, des entrepreneurs ont choisi de faire appel à des compagnies spécialisées pour effectuer la désinfection générale quotidienne de leurs chantiers.»

«La perte de productivité varie entre 5 % et 10 % par jour. C’est énorme. Ça provoque, inévitablement, une hausse des coûts», ajoute M. Cliche qui reconnaît d’emblée que les mesures sanitaires imposées par l’État sont essentielles pour assurer la protection de la santé des travailleurs et de leurs proches. 

«La santé de notre monde est la chose la plus importante. Nous espérons que les nouvelles mesures sanitaires adoptées sur les chantiers deviendront rapidement des habitudes pour les travailleurs et que nous pourrons limiter la perte de productivité enregistrée depuis la reprise des activités.»


Jean-Philippe Cliche, économiste senior à l’Association de la construction du Québec (ACQ),

L’économiste senior de l’ACQ précise que l’industrie attend que le gouvernement du Québec établisse les lignes directrices qui guideront son programme d’aide financière visant à compenser les entrepreneurs pour la perte de productivité sur les chantiers.

De plus, le regroupement réclame l’aide de l’État afin de mener une nouvelle offensive de promotion des métiers de l’industrie de la construction. «Pourquoi ne pas faciliter le transfert des salariés qui auront perdu leur gagne-pain dans les autres secteurs de l’économie vers notre industrie ?», suggère Jean-Philippe Cliche.

«Bien qu’il subsiste encore beaucoup d’interrogations sur la reprise des activités dans le privé, nous devrions nous en sortir pas trop mal dans le monde de la construction en raison de la volonté exprimée par les gouvernements d’investir pour améliorer les infrastructures publiques.»

++

Au Québec, le secteur de la construction représente :

48,6 milliards $ de dépenses, soit 12 % du PIB

25 800 employeurs

249 600 emplois directs

6,9 milliards $ en masse salariale

Source : Commission de la construction du Québec