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Mélanie Labbé, vice-présidente et associée au Groupe CMI.
Mélanie Labbé, vice-présidente et associée au Groupe CMI.

Transformation numérique: Passer à l’action ou pas

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Collaboration spéciale
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La pandémie laissera des traces dans les entreprises. Certaines retombées pourraient s’avérer positives. Elles pourraient même, dans certains cas, assurer la survie des organisations.

«Beaucoup d’entreprises ont finalement compris que les technologies devaient être au cœur de leur stratégie pour en arriver à satisfaire les besoins de leur clientèle», affirme Mélanie Labbé, vice-présidente et associée au Groupe CMI, une firme offrant des services-conseils en informatique et management.

«Aujourd’hui, les organisations n’ont plus le choix de passer à l’action. À une certaine époque, elles pouvaient se complaire dans le statu quo. La COVID a suscité une prise de conscience. Le comportement de leurs clients et des consommateurs qui utilisent de plus en plus les technologies pour obtenir des produits et des services n’est plus le même et, surtout, il continuera de se modifier.»

«Pas une seule organisation ne peut se permettre de passer à côté d’une transformation numérique», tranche Nancy Jalbert, associée, Conseil en management chez Raymond Chabot Grant Thornton. «Ça me dépasse d’apprendre que près de 30 % des entrepreneurs disent qu’ils n’en sentent pas le besoin». Un sondage réalisé par Léger, à la fin de 2020, signalait que pour 28% des entrepreneurs interrogés au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, la transformation digitale n’était pas urgente.

«Plus elles vont tarder à prendre le train, plus elles vont devoir prendre les bouchées doubles pour continuer de rivaliser avec leurs compétiteurs qui, eux, ont compris qu’il fallait aller de l’avant», renchérit Mélanie Labbé.

Des raisons pour ne pas bouger

Cette dernière rappelle que les consultants et autres experts interviennent souvent dans des organisations pour lesquelles les technologies de l’information représentent un univers «totalement inconnu». «Le degré de maturité technologique n’est pas le même d’un entrepreneur à un autre», précise Nancy Jalbert. 

Nancy Jalbert, associée, Conseil en management chez Raymond Chabot Grant Thornton

«L’intérêt ou non du dirigeant pèse lourd dans la balance», souligne Geneviève Lefebvre, directrice, Transformation numérique chez Investissement Québec-CRIQ. «Ça peut être plate, le numérique, pour l’entrepreneur qui préfère réaliser des fusions et des acquisitions, conquérir les marchés internationaux ou encore négocier du financement avec des investisseurs».

Parce qu’il n’est pas convaincu d’un juste retour sur son investissement ou encore parce qu’il approche le moment de sa retraite, un propriétaire d’entreprise peut aussi être réfractaire à l’idée de prendre le virage numérique, exposent les trois spécialistes consultées par Le Soleil.

La plupart du temps, les retardataires vont évoquer le manque de temps et de personnel. Ils plaident qu’ils peinent déjà à réaliser le cœur de leurs activités.

«Malgré l’aide apportée par les gouvernements, la transformation numérique coûte cher et le budget des organisations n’est pas illimité», fait remarquer Mélanie Labbé. «Pendant qu’une ressource à l’interne fournit son expertise au projet, elle ne consacre pas ses énergies et son temps à son travail. Il s’agit d’un investissement important en temps et en argent pour une compagnie.»

«L’entreprise va finalement bouger lorsqu’elle se sentira menacée soit par un concurrent ou encore par un manque de main-d’œuvre qui pourrait risquer d’affecter la poursuite de ses activités», explique Geneviève Lefebvre en ajoutant que l’on ne peut pas «sous-traiter» la transformation numérique d’une organisation.

Geneviève Lefebvre, directrice, Transformation numérique chez Investissement Québec-CRIQ

«Oui, elle doit se faire accompagner, mais la démarche est essentiellement l’affaire de l’organisation qui réfléchit à son avenir et qui, après un diagnostic sérieux, identifie des projets à réaliser. Il n’y a personne mieux placée que le patron qui arpente régulièrement le plancher de son usine et qui échange franchement avec ses équipes pour identifier des pistes d’amélioration.»

Enfin, l’«éveil» des patrons

Malgré tout, Geneviève Lefebvre et Nancy Jalbert notent un certain «éveil» des entrepreneurs.

«Nombreux sont les patrons qui envisagent l’automatisation comme une réponse au manque de personnel. Au CRIQ, en tous cas, nous avons beaucoup de pain sur la planche», signale Mme Lefebvre.

Idem pour les consultants.

«Il n’y a pas si longtemps encore, on nous demandait ce que ça mange en hiver le numérique. Aujourd’hui, nous sentons plus d’écoute de la part des entrepreneurs. Et surtout, une volonté de se pointer à la ligne de départ», constate Nancy Jalbert.

«Des organisations ne réalisent pas encore la valeur qu’une transformation numérique peut rapporter», insiste Mélanie Labbé. «D’où l’importance de leur rappeler d’y aller un projet à la fois. De miser sur les projets qui produiront des fruits rapidement pour créer un impact au sein de l’organisation».

«Nous n’insisterons jamais assez suffisamment sur l’importance d’assurer la gestion du changement et la formation des troupes lors d’une démarche de transition numérique», intervient Nancy Jalbert. 

Les trois femmes concluent qu’une fois la transformation numérique sur les rails, elle ne s’arrête plus. «Ce n’est pas un projet que l’on commence en se disant que l’effort de guerre durera une année ou deux. Aussi longtemps que les clients auront des besoins et que ces besoins changeront, l’entreprise devra continuer à faire évoluer ses façons de faire.»