Steve Couture est cofondateur de Frima dont il a quitté la direction en avril 2017.

Arts et divertissement numériques: des milliards chez nous

«Que diriez-vous si nous passions d’une économie de fabricant à une économie de propriétaire ? Et si nous nous mettions à créer des marques commerciales qui vont rapporter des milliards $ et non plus seulement à recevoir des contrats de service pour concevoir et pour développer des produits pour Harry Potter ou Bob L’éponge pour lesquels nous ne récoltons qu’une faible partie du produit des ventes.»

Steve Couture est en verve. Il ne s’est pas tourné les pouces depuis avril 2017, alors qu’il annonçait son départ de la direction de Frima, le studio de conception et de production de jeux vidéo qu’il avait cofondé en 2003 avec Philippe Bégin et Christian Daigle.

Il s’est associé à Go-Élan, une entreprise de Bécancour qui fabrique des modules de jeux pour enfants destinés aux parcs et terrains de jeux. «Go-Élan voulait intégrer des jeux vidéo à ses équipements pour en faire des modules de jeux interactifs. Pendant 15 ans, chez Frima, j’ai fait jouer 200 millions d’enfants sur la planète assis sur un divan. Je leur dis maintenant d’aller jouer dehors !»

«Notre produit connaît un succès extraordinaire. Je veux l’amener à l’international», affirme l’homme d’affaires de 44 ans.

Par ailleurs, sans trop faire de bruit, Steve Couture, qui a gardé ses billes chez Frima, coule les fondations d’une nouvelle entreprise de divertissement. 

Avec des partenaires de l’extérieur de la Belle Province, il veut mettre sur pied une firme dont la raison d’être sera la création et, surtout, l’exploitation commerciale de propriétés intellectuelles. «Mon objectif est de créer des marques mondiales qui vont rapporter un milliard $».

À Québec, la majorité des entreprises de l’industrie des arts numériques et du divertissement numérique sont à la remorque des besoins exprimés par les multinationales étrangères. Elles font le développement de produits (servicing) pour ces géants. L’argent provenant de la commercialisation de propriétés intellectuelles n’atterrit pas ici, mais plutôt chez les éditeurs et les distributeurs qui sont aux États-Unis ou en Europe.

«Il faut maintenant que nous développions nos propriétés intellectuelles et que la création de valeur ne se fasse plus seulement du côté de l’exécution du travail de production. Il faut viser le sommet de la chaîne de valeur, c’est-à-dire en veillant à former des champions en matière de distribution et de commercialisation des marques», insiste Steve Couture. 


« Il faut maintenant que nous développions nos propriétés intellectuelles et que la création de valeur ne se fasse plus seulement du côté de l’exécution du travail de production. »
Steve Couture, cofondateur de Frima

Ce dernier juge que son projet, pour le moment, passe difficilement auprès des investisseurs québécois.

«On me demande constamment combien d’emplois je vais créer. Or, mes associés et moi, nous ne sommes pas dans une logique de création d’emplois, mais bien de richesse. Nous ne proposons pas l’ouverture d’un nouveau studio de 150 employés. Nous parlons plutôt d’une boîte d’une poignée de personnes qui s’affairera à propulser nos propriétés intellectuelles à l’étranger.»

L’ancien dirigeant de Frima l’avoue : il lui serait plus facile de réaliser son projet ailleurs que chez lui à Québec. «C’est tough, mais j’ai le goût de le faire ici. Vous savez, j’ai une tête de cochon. On ne donnait pas cher de la tête de Frima à ses débuts. Nous avons pourtant mis au monde un studio qui a fait travailler 400 personnes à une certaine époque.»