La présidente-directrice générale des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx
La présidente-directrice générale des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx

Le virage numérique: ça presse!

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Collaboration spéciale
Une tournée de consultation menée en juillet auprès d’une soixantaine de PME a permis à Véronique Proulx de mesurer l’ampleur des répercussions de la crise du coronavirus sur les entreprises, notamment celles qui exportent leur savoir-faire sur les marchés internationaux.

«Les entreprises qui font de l’exportation ont l’habitude de se déplacer pour se faire connaître ou pour consolider leurs relations d’affaires. Sauter dans un avion, plusieurs fois par mois ou même par semaine, pour participer à des foires ou à des missions commerciales ou encore pour rencontrer un client, c’est la vie d’un exportateur. Du jour au lendemain, depuis le début de la pandémie, la chose n’est plus possible. Du moins, ce n’est plus aussi facile qu’auparavant», rend compte la pdg des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, une organisation représentant 1100 entreprises manufacturières.

«Quand je demande aux exportateurs de m’expliquer ce qu’ils font pour maintenir leurs activités à l’étranger dans le contexte actuel, je vois trop souvent un immense point d’interrogation dans leur visage. Ils n’ont pas de solution de remplacement. Ils ne sont pas outillés pour procéder autrement», expose Véronique Proulx qui serait étonnée d’assister à un «retour à la normale» avant 2022 pour ses membres.  

Trop souvent avons-nous entendu, au cours des dernières années, le cri d’alarme lancé par les spécialistes martelant que les PME tardaient à prendre le virage numérique. Le retard accumulé dans le développement de stratégies avant-gardistes de marketing numérique et de plateformes performantes de commerce en ligne rattrape, aujourd’hui, les manufacturiers.

«Pour être véritablement dans le coup, les PME vont avoir besoin de l’aide des gouvernements», insiste Mme Proulx. Un coup de pouce pour leur permettre d’acquérir des connaissances en matière de technologies numériques, notamment pour l’embauche de consultants spécialisés.

Elle suggère que les deniers publics mis de côté par les gouvernements pour financer les déplacements des exportateurs à l’étranger soient redirigés temporairement pour permettre aux entreprises exportatrices de recourir à l’aide dont elles ont besoin pour se doter de stratégies d’affaires numériques gagnantes.

À la lecture des dernières données sur l’emploi dans le secteur de la fabrication (487 300 emplois), Véronique Proulx y voit des signes encourageants. Alors que l’on dénombrait 115 000 pertes d’emploi en deux mois au début de la crise, ce nombre se situait plutôt à 15 400 à la fin du mois de septembre. «La subvention salariale d’urgence offerte par le gouvernement fédéral permet aux PME de garder leur monde.»