Le rappeur de Limoilou Webster donne des ateliers d'écriture une peu partout dans le monde.

Webster et l'amour du français

Son nom d’artiste rappelle le célèbre dictionnaire anglais. Ses amis le taquinaient, lui qui avait toujours le nez dans les livres. Webster est un amoureux des mots et de la langue française.

Il fait le tour des écoles du Québec et de la planète pour dire son amour de la langue française afin d’allumer la flamme chez les élèves de tous âges.

«J’étais un rat de bibliothèque quand j’étais enfant», raconte le rappeur de Limoilou âgé de 37. Et il lit toujours. «Lorsque je pars en voyage pour de longues heures en avion, j’ai un livre, des mots croisés et de la musique», ajoute-t-il. Et c’est ce qu’il fera lors de son prochain voyage en Inde pour des concerts, des ateliers littéraires pour célébrer le français à travers le rap.»

C’est dans les années 1990 qu’il découvre le mouvement littéraire et musical du rap. Il apprend de Nas, Wu-Tang et des autres dans leurs messages. Mais le rap, comme d’autres styles musicaux a fini par passer dans le crible commercial qui, à son avis, a formaté la musique et les paroles dans une mode loin du style littéraire original.

Alors qu’il évolue dans son métier, il découvre un rapport avec les mots-croisés et ses écrits qui forme sur trois axes : le mot, l’idée et les sonorités. Il voit le lien de parenté avec les grilles ses axes de définitions, de lettres et des sons qui permettent au croisement de la grille de découvrir ce qui se cachait dans la colonne ou dans la rangée.

«Dans le rap, j’associe une idée avec un rythme, une lettre avec une rime» pour faire passer un message. Il se rappelle d’une époque il utilisait des mots durs, des mots chargés de négativisme. Alors, il change de style. Il veut que ses mots donnent une énergie positive, qui fait avancer, qui allument une flamme. Il choisit des mots qui feront grandir.

«Il faut comprendre l’impact des mots», ose-t-il. «J’ai cette discussion avec des amis qui font du rap. Nos mots ont impacts sur les gens. Ils peuvent faire grandir ou s’affaisser avec les mots que l’on met dans leur tête. J’ai décidé de changer mon approche. Mon rap agressif était du terrorythme parce que j’étais fâché avec des mots négatifs. J’ai changé mon approche pour projeter quelque chose de positif pour contribuer à un changement personnel et social. Les mots peuvent être un baume, une arme positive, une arme d’instruction massive.»

Il veut que sa musique et que son rap soit un exercice d’encouragement et de résilience. «Je veux que les gens en entendant cela aient envie de se dépasser et de progresser.»

Dans ses ateliers d’écriture, il constate que les jeunes s’intéressent à la langue plus facilement que dans les cours de français. Un jour un jeune lui demande quel est son style de rap. Il répond : «Je fais un type de rap que tu écoutes pour qu’il te donne le goût d’avoir de bonne note, qui te donne envie de devenir astronaute ou de guérir le cancer. Je veux que mon rap amène les gens autre part, dans quelque chose de bien.»

Il rappelle qu’il y a plusieurs types de rap dans l’univers Hip Hop, dont un seul qui valorise le négativisme. À la base, c’est un mouvement littéraire et musical qui voulait donner une voix à ceux qui n’en avaient pas.

Comme amoureux de la langue, Webster connaît le pouvoir des mots, car c’est la substance de son métier. Alors, il veut se servir de la langue et des mots comme outils de progrès pour l’humanité et de la francophonie.