Marie-Hélène Vaugeois assure que les libraires ont encore leur place.

Le libraire toujours pertinent dans l'univers littéraire

Est-ce que le travail du libraire est toujours pertinent à l’ère du numérique, d’Amazon, Kindle et Kobo, des outils de recherche sur le Web et du partage des découvertes dans les réseaux sociaux ?

«Assurément !» répond Marie-Hélène Vaugeois de la librairie du même nom. «Les libraires ont encore leur place. Il y a une multitude de titres et les gens ont besoin d’être guidés dans leur choix. Quelques clients viennent pour des livres numériques, mais ils bouquinent aussi.»

Le travail du libraire en est un de défricheur qui connaît les maisons d’édition, les auteurs. Un conseiller sur les styles littéraires. Or si quelqu’un cherche un livre très technique, Mme Vaugeois saura où le diriger. Pour le lecteur à la recherche de quelque chose de plus populaire, elle lui présentera tel ou tel éditeur. Même chose pour la littérature jeunesse.

«Ces informations-là, on peut les avoir en ligne sans un libraire, mais ce sera plus long et plus complexe avec le risque de se tromper», estime-t-elle. Car le papier n’est pas mort, au contraire, il reprend vie.

Le papier bien en vie
Le numérique dans sa forme actuelle ne décolle pas. Une tablette pour lire un livre, c’est trop lumineux. Une liseuse, c’est très correct pour lire, mais il semble manquer un contact, une forme de manipulation qui ne se satisfait pas autant qu’avec un vrai bouquin.

«Le papier n’est pas disparu parce que les gens passent beaucoup de temps au bureau devant un écran d’ordinateur, même au retour à la maison. Passer au papier pour lire, ça fait du bien. C’est relaxant, le plaisir de lire n’est pas le même», lance-t-elle.

Mme Vaugeois raconte une anecdote avec un livre numérique. Pendant sa lecture de l’histoire d’un personnage qui commence à souffrir de l’Alzheimer, une phrase incompréhensible dans le déroulement du discours l’amène à douter. La version numérique aurait-elle un bogue ? «Je ne pouvais rien vérifier. L’avoir lu dans un bouquin, j’aurais compris que j’arrivais dans un bout de l’histoire du personnage qui se met à divaguer», expose-t-elle.

Sans tomber dans la nostalgie, la libraire est convaincue qu’il faut être capable de s’éloigner de l’écran pour entrer dans un autre monde.

Un conseiller utile
«Le libraire a encore sa place, continue-t-elle. Pour un client qui n’a pas lu depuis quelques années et qui veut se reprendre, on commence par quoi ? Les amis peuvent donner des conseils, mais lorsqu’ils n’ont pas les mêmes goûts, c’est plus difficile. Les libraires sont là pour éclairer et aider à faire des choix en s’intéressant au goût de la personne pour l’orienter sur des pistes qui lui plairont.»

Elle estime que 65 % des gens qui se présentent à la librairie ne savent pas exactement ce qu’ils veulent. Il y a des gens qui viennent pour la première fois parce qu’ils n’ont pas lu depuis longtemps en disant : «Ça me ferait du bien de lire quelque chose», ou qui cherchent un livre pour les enfants. Le rôle de conseiller prend alors tout son sens.

Depuis quelques années, Marie-Hélène Vaugeois constate que les gens lisent de plus en plus d’auteurs québécois. Depuis le tournant des années 2000, plusieurs maisons d’édition ont vu le jour, comme Alto, La Peuplade et plusieurs autres. Il se publie quelques milliers de livres au Québec, en plus des 40 000 provenant de l’international. Le libraire doit se tenir au courant de ce qui se publie, découvrir de nouveaux auteurs pour proposer de nouvelles listes de lecture, de nouveaux sentiers à découvrir.

Le numérique en baisse
Si le numérique a une place dans le monde littéraire, Mme Vaugeois constate une augmentation des ventes des bouquins en papier depuis quelques années, notamment dans la section jeunesse, mais une baisse des ventes des publications numériques.

Au moment où le livre numérique a fait son apparition, les libraires ont eu la vie dure. Au Québec, une douzaine de librairies fermaient leurs portes chaque année. Depuis quelque temps, une ou deux librairies disparaissent annuellement, mais au moins dix autres voient le jour.

Parmi les facteurs de la meilleure santé financière des librairies indépendantes, elle note le dynamisme des éditeurs et la diversité des titres. Il se publie davantage de bons livres, les libraires en parlent et les clients les achètent.