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La présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Kathy Baig
La présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Kathy Baig

Pour ne plus que le ciel nous tombe sur la tête

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Collaboration spéciale
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ZONE PROFESSION INGÉNIEUR(E) / En 2006, il y a eu l’effondrement d’une partie du viaduc de la Concorde à Laval. Cinq personnes y avaient perdu la vie. Trois ans plus tard, un panneau de béton se détachait de la façade d’un hôtel du centre-ville de Montréal pour s’écraser sur une femme assise à la terrasse du restaurant de l’établissement hôtelier.

Pendant la construction du viaduc de la Concorde, «le travail a été mal fait, extraordinairement mal fait», concluait Pierre-Marc Johnson, cet ancien premier ministre du Québec qui avait présidé la Commission d’enquête sur l’effondrement d’une partie du viaduc.

«Au cœur du problème se trouve le constat que les travaux n’ont pas été effectués en respectant les règles de l’art», signalait, pour sa part,  le coroner Jacques Ramsay dans son rapport sur le décès de la cliente de l’hôtel Marriott. Il notait que l’une des attaches retenant le panneau de béton était de mauvaise qualité et très corrodée. Le coroner recommandait au gouvernement de rendre obligatoire la surveillance des travaux sur les chantiers.

Pour assurer la qualité des ouvrages d’ingénierie et pour protéger la vie, la santé et les investissements des propriétaires d’immeubles et de maisons, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) enfonce le clou depuis belle lurette.

«Nous faisons bande à part au Québec», signale Kathy Baig, la présidente de l’organisme qui encadre la pratique de la profession afin d’assurer la protection du public. Plusieurs provinces imposent déjà une forme de surveillance ou d’attestation de conformité des travaux de construction.

Au cours des derniers mois, l’OIQ – qui regroupe 65 000 professionnels – s’est fait entendre à l’Assemblée nationale sur la question de la surveillance obligatoire des travaux de construction à l’occasion de l’étude du projet de loi dépoussiérant la Loi sur les ingénieurs (projet de loi 29) et de celui sur l’accélération de plus de 200 projets d’infrastructures publiques (projet de loi 66).

«Nous tenions à lever des drapeaux jaunes pour rappeler aux parlementaires que c’est bien beau de peser sur l’accélérateur, mais qu’il ne faut pas bâcler les étapes de conception des projets et laisser le temps aux ingénieurs de faire correctement leur travail. Il en va de la qualité et de la durée de vie des écoles, des hôpitaux, des maisons des aînés et des routes que le Québec va construire pour relancer l’économie», fait valoir Kathy Baig qui a été réélue, en septembre 2020, au poste de présidente de l’Ordre pour un troisième et dernier mandat de deux ans.

Plus seul au front

L’OIQ n’a pas encore réussi à convaincre le gouvernement d’imposer la surveillance obligatoire des travaux de construction. «Par contre, nous sentons de l’ouverture. Nos discussions progressent avec la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, et la Régie du bâtiment.»

Si les travaux pour les grands ouvrages publics font généralement l’objet d’une surveillance  — elle n’est cependant pas obligatoire —, ce n’est pas le cas, par exemple, pour le secteur de la construction domiciliaire. «La surveillance des travaux permet d’assurer que l’ouvrage est construit adéquatement et que le client obtient un ouvrage dont la valeur réelle correspond à ce qu’il a payé», fait valoir Kathy Baig en précisant que la décision de recourir ou non à la surveillance ne relève pas seulement du donneur d’ordres, mais «en fonction des risques et de la complexité des projets.»

Chose certaine, l’OIQ et les coroners ne sont plus les seuls au front pour réclamer l’adoption de lois ou de règlements pour rendre obligatoire la surveillance des ouvrages publics et privés. Une dizaine d’organisations livrent bataille à leurs côtés dont l’Association des firmes de génie-conseil, le Bureau d’assurance du Canada, l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction et le Regroupement des gestionnaires et copropriétaires.

Un coup de sonde réalisé en mars 2020 par IPSOS auprès de 1023 individus montre que les Québécois ne rechignent pas à l’idée de sortir un peu plus de billets verts de leur tirelire pour posséder une résidence qui a fait l’objet d’une surveillance par un professionnel pendant sa construction.

«Le grand public se disait même prêt à consacrer de 5% à 7% des coûts de construction à la surveillance des travaux», souligne Mme Baig. «Une proportion significative des personnes répondantes (13 %) était même prête à payer encore plus. C’est davantage que les coûts en réalité nécessaires à la surveillance des travaux, qui se situent habituellement entre 3,5 % et 7,5 %.»

Dans son mémoire présenté lors de l’étude du projet de loi 29, l’OIQ mentionnait que les organismes de surveillance des contrats municipaux, comme le Bureau de l’inspecteur général de la Ville de Montréal, constataient régulièrement les mêmes problèmes lors de leurs visites sur les chantiers : utilisation de matériaux de qualité inférieure à ce qui était prévu au contrat et techniques de poses d’asphalte ou de ciment inadéquates.

L’Ordre citait également des évaluations réalisées par l’organisme Garantie de construction résidentielle signalant qu’il était de 8 à 15 fois plus coûteux de reprendre des travaux mal exécutés que de bien les faire dès les premiers coups de pelle.