Des activités traditionnelles sont proposées aux patients.

Pour les Inuits, par les Inuits

Le territoire du Plan Nord représente 1,2 million de kilomètres carrés au nord du 49e parallèle, un potentiel immense que le gouvernement du Québec souhaite développer de manière durable. Cela implique la croissance de l’économie, la collaboration avec les communautés et la protection de l’environnement. Dans un cadre où la force des travailleurs est essentielle, des initiatives voient aussi le jour pour soutenir les Premières Nations. Troisième volet de quatre

Le centre de réadaptation Isuarsivik, à Kuujjuaq, est le seul établissement au Nunavik, et même dans tout le Nord canadien, qui offre un service de traitement des dépendances dans une approche adaptée à la culture inuite. Fort de son expertise, il est prêt à prendre de l’expansion.

« Pour les gens qui ont souffert et qui essaient de s’en tirer, c’est plus efficace si ça se fait dans leur propre culture et leur propre langue », indique d’entrée jeu le président du conseil d’administration Dave Forrest, lors d’une entrevue téléphonique en anglais. L’expérience a montré que les méthodes du « sud » n’étaient pas les meilleures pour les autochtones dépendants à l’alcool ou d’autres substances. À Isuarsivik, le programme est conçu « par des Inuits, pour des Inuits ».

Il y a 25 ans, l’organisme communautaire est né avec le soutien de la Corporation Makivik et de l’administration locale, dans un bâtiment construit par l’armée de l’air américaine en 1943. Quelques années plus tard, la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux du Nunavik s’est associée au projet afin qu’Isuarsivik soit accessible à tous les Inuits des 14 villages. Dispersés sur des centaines de kilomètres, ceux-ci sont accessibles en avion ou en motoneige. En se basant sur les techniques pratiquées dans les autres pays comprenant des nations autochtones, le centre s’est bâti une importante expertise en toxicomanie, si bien qu’il ne suffit plus à la demande.

Nouvel édifice
Dans son dernier budget, le gouvernement provincial prévoit jusqu’à 8,5 millions $ pour la construction d’une nouvelle infrastructure, sous la coordination de la Société du Plan Nord (SPN). Le coût total est estimé à 32 millions $.

« On a parlé de notre projet au premier ministre Philippe Couillard, et en tant que médecin, il a été impressionné de voir ce qu’on faisait », affirme M. Forrest, qui a été surpris par l’enthousiasme de la SPN. L’entrepreneur a fondé sa compagnie de transports et de services logistiques, Tivi inc., en 1987. « J’ai moi-même eu des problèmes d’alcoolisme. C’est ce qui m’a décidé à m’impliquer », confie le père de quatre enfants et grand-père de huit petits-enfants.

Le centre offre cinq cycles d’une quarantaine de jours par année, où une dizaine d’hommes et de femmes sont accueillis en alternance. Les patients sont suivis par un conseiller, en groupe et individuellement. En plus des rencontres avec les Alcooliques anonymes et des programmes de guérison et de sensibilisation, des activités traditionnelles comme la chasse, la pêche, la cueillette de baies, la couture, le perlage, etc. sont proposées. Les femmes enceintes sont acceptées en tout temps lorsqu’elles désirent être abstinentes durant leur grossesse.

« Isuarsivik permet aux Inuits de retrouver leur fierté, leur dignité », résume Dave Forrest.

Pendant une quarantaine de jours, une cohorte de patients est hébergée au centre, qui reçoit les hommes et les femmes séparément, en alternance. Un programme est développé pour que les familles puissent accompagner le patient.

En famille
Avec le nouveau centre, 120 personnes supplémentaires pourraient être accueillies chaque année. Un programme familial se met aussi en place.

« Souvent, une personne réussit à devenir sobre ici, mais quand elle retourne chez elle, c’est très difficile de le rester. Il peut y avoir plusieurs personnes dans la maison qui ont des problèmes de dépendances. On propose aux gens de venir avec leur conjoint et leurs enfants, comme ça ils ont du soutien et le reste de la famille peut mieux comprendre comment les aider », explique Dave Forrest.

Le président d’administration rêve que l’expertise du centre soit reconnue par le gouvernement canadien, afin de pouvoir reproduire le succès d’Isuarsivik dans les autres territoires nordiques. « Nous sommes les seuls à faire ce que nous faisons », souligne-t-il.

Bien que certains soient impliqués dans l’équipe du centre, M. Forrest aimerait que des Inuits soient formés au poste de conseiller en réadaptation, mais c’est un dur travail.

« C’est une de nos priorités. »