Une «simple» facture

J’ai payé la facture comme des centaines, des milliers de personnes avant moi, pour une attelle installée pendant une chirurgie, en avril 2017. Pas un gros montant, 29,50 $.

La patiente a payé, mais la journaliste – qui n’est jamais bien loin… – s’est demandé pourquoi la patiente avait à payer pour quelque chose qui était essentiel pour maintenir le bras en place après la chirurgie, surtout que le gouvernement avait aboli six mois plus tôt les frais accessoires dans toutes les cliniques du Québec. Et les hôpitaux, eux ? 

Ils contrevenaient à la loi. Je l’ai appris en faisant ce que je fais dans la vie, en appelant un peu partout pour avoir des réponses à mes questions, à la RAMQ, au CIUSSS, au ministère de la Santé, en insistant, en rappelant quand je réalisais qu’on essayait de me rouler dans la farine.

Ça a pris du temps, mais j’ai eu des réponses

Et j’ai poussé mes recherches plus loin, à l’ensemble de la province, pour savoir si d’autres hôpitaux que ceux de Québec contrevenaient à la loi, si d’autres Québécois payaient injustement pour des articles qui devaient être fournis. Le ministère ne le savait pas, on ne savait pas comment était appliquée la loi. 

J’ai trouvé une vingtaine d’hôpitaux qui refilaient la facture aux patients, certains depuis 2014, d’autres depuis «toujours». Dans les Laurentides, m’avait expliqué la porte-parole du CISSS, «la gratuité […] était appliquée de façon variable entre nos différents centres hospitaliers, en raison d’interprétations différentes de la loi». On nageait en pleine confusion.

Mis au parfum de cette situation en lisant le journal, le sous-ministre de la Santé, Michel Fontaine, a sommé tous les hôpitaux de se conformer à la loi et d’offrir les «services médicalement nécessaires» et que ceux-ci «ne devraient jamais être facturés, directement ou indirectement, aux patients».

En plus des attelles et des plâtres, les bas de compression, les cannes et aussi les béquilles allaient devoir être fournis partout. Pour chaque service médicalement nécessaire, il doit toujours y avoir au moins une option gratuite, ce qui n’exclut pas la possibilité de faire payer pour d’autres options. Par exemple, une botte Samson au lieu d’un plâtre classique.

À Québec, cinq hôpitaux ont été rappelés à l’ordre; le CHUL, Saint-Sacrement, l’Enfant-Jésus, l’Hôtel-Dieu et Saint-François-d’Assise. J’ai rappelé tous les hôpitaux où on facturait les patients, ils se sont tous conformés rapidement à la directive du ministère et ont cessé de faire payer les gens, ils ont modifié leurs pratiques en conséquence.

Le journalisme, ça sert à ça.