Pauline Marois a dû être évacuée de la scène du Métropolis.

Témoigner d’une soirée électorale tragique

Ce 4 septembre 2012, une foule de militants célèbrent bruyamment le retour au pouvoir du Parti Québécois et l’élection de Pauline Marois, première femme à diriger le Québec.

Au Métropolis, à Montréal, les partisans chantent «Ma chère Pauline, c’est à ton tour…», scandent l’incontournable refrain des ralliements souverainistes «On veut un pays». 

La place que j’occupe, ce soir-là, se situe au milieu de la salle, à l’arrière d’une partie de la foule, à une cinquantaine de mètres de la scène, derrière les caméras de la télévision. 

L’excitation monte au Métropolis. Pauline Marois débute son discours de victoire. Je m’affaire à en citer des extraits. Je me penche pour jeter un œil vers la cheffe du PQ. 

Et soudain, pratiquement sur le coup de minuit, à la toute limite de l’heure de tombée, plus rien, plus de discours, plus de Pauline Marois. L’estrade est vide. C’est un tumulte sans raison apparente. 

«Détails» que n’apprendront les personnes présentes qu’à leur sortie du rassemblement : le tireur fou Richard Henry Bain a fait feu depuis l’entrée des artistes de la salle de spectacles; il tue d’un coup le technicien de scène Denis Blanchette et blesse son collègue Dave Courage; heureusement, son arme s’enraye. 

Sur le moment, l’incompréhension est totale au Métropolis. Le bruit de la déflagration a été couvert par le brouhaha des partisans. 

Sur place, je glane des bribes d’information. De la porte de sortie secondaire se dégage de la fumée. Personne ne sait encore qu’il s’agit de l’incendie provoqué par Richard Bain. Une rumeur, fausse, parle aussi d’une balle assourdissante. À l’intérieur, les médias ne peuvent qu’attester du chaos, du désordre, de la confusion du moment. 

Pauline Marois revient au bout de quelques minutes. Je suis témoin en direct d’un début de «règne (…) par une soirée chaotique». La femme d’État incite tous à quitter dans le calme. Sans savoir elle-même pourquoi son majordome et son garde du corps l’ont entraînée hors de la scène. Sans savoir qu’elle était la cible de Richard Bain. 

Comme les autres, j’argumente avec les policiers, qui veulent une évacuation immédiate, pour terminer mon article. Un coup de fil au Soleil, l’ordinateur sur les genoux, et le texte file finalement vers la salle de rédaction. 

Le journalisme est un sport d’équipe. À Québec, un collègue signe un texte sur le drame qui fait un mort et un blessé grave

À Montréal, sur la «Sainte-Catherine» sous une pluie fine, quelques appels pour rassurer mes proches. Comme à propos de ce message dans Internet avançant qu’un des conducteurs des autobus des médias est une victime. C’est faux. L’information, c’est aussi de ne pas relayer des nouvelles bidon…