L’infirmière de la clinique SABSA Marie-Christine Leclerc reçoit Brigitte en consultation.

Sur la première ligne pour SABSA

En 2015 et 2016, la coopérative sans médecin SABSA (pour Services à bas seuil d’accessibilité) était menacée de fermeture, faute de financement pour poursuivre sa mission auprès d’une clientèle vulnérable, souvent désaffiliée du réseau de la santé traditionnel. Le Soleil rédigera de nombreux reportages qui contribueront à alimenter la pression populaire, laquelle permettra finalement à la clinique du quartier Saint-Roch de recevoir 420 000$ sur trois ans du gouvernement du Québec.

Au départ, la coopérative SABSA était soutenue par la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), qui finançait son volet «clinique de proximité» dans le cadre d’un projet pilote. Lorsque ce financement a pris fin, des démarches ont été entreprises pour convaincre Québec d’assurer la survie de la coopérative sans médecin, sans succès. 

L’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, plaidait que les services de SABSA devaient être donnés à l’intérieur du cadre physique et institutionnel d’un groupe de médecine familiale, question de ne pas multiplier les points de services. Une solution qui n’en était pas une puisque la clientèle de SABSA, composée en majorité de patients ayant une situation et un état de santé précaires (hépatite C, VIH, problèmes de santé mentale, toxicomanie, souvent pas de carte d’assurance-maladie…), ne fréquente pas les établissements de santé traditionnels, notamment parce qu’ils ne s’y sentent pas les bienvenus. 

Bref, Gaétan Barrette craignait la création d’un réseau «parallèle» de soins. Il justifiera par la suite son refus de financer SABSA par la présence d’un CLSC «à quatre minutes de marche, sur le plat», avant de décréter que les services de la coopérative coûtaient trop cher. Devant l’intransigeance du ministre, la coopérative n’aura d’autre choix que de se lancer dans une campagne de socio-financement en 2016.

Depuis 2015, Le Soleil a signé plusieurs articles sur SABSA, dans lesquels il a notamment fait état du travail accompli avec peu de moyens par l’équipe de la coopérative auprès d’une clientèle aux besoins immenses. Ses reportages, et ceux d’autres médias, ont contribué à la naissance d’un «front commun» pour la survie de SABSA.

À l’été 2016, l’ex-ministre de la Santé finit par céder à la pression médiatique, populaire et politique: Québec paiera le salaire de l’infirmière praticienne spécialisée (IPS), Isabelle Têtu, et les fournitures médicales de la clinique. L’entente prévoit également le prêt d’un travailleur social par le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Le reste, notamment les frais d’exploitation, doit être entièrement assumé par la coopérative, dont les besoins s’élèvent à environ 250 000$ par année.

La clinique doit donc poursuivre ses campagnes de financement, qui grugent le temps et l’énergie de l’équipe.

Le Soleil continuera d’écrire sur SABSA, sur sa mission, sur les réalisations de son équipe. Pendant la campagne électorale, il s’enquerra de la position des principaux partis politiques quant à leur volonté de financer la coopérative.

En entrevue au Soleil, trois semaines après sa nomination, la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, se montre disposée à ouvrir une porte jusque-là fermée par son prédécesseur. Le Soleil talonnera son cabinet, jusqu’à ce que Québec annonce, en juillet, un financement à SABSA totalisant 420 000$ sur trois ans. Cette aide ne dispense pas la coopérative de poursuivre ses campagnes de financement, mais elle lui permet de «colmater la brèche» et de «sortir du mode survie».