Le soir de l’incendie du Manège

«On n’a pas le choix. On tue la UNE» C’est ce que j’ai pensé quelques minutes après 21 h30, le 4 avril 2008, en apprenant que le Manège militaire de Québec brûlait. Ce soir-là, j’agissais comme chef de pupitre dans les bureaux du Soleil, boulevard Charest.

Le pupitre, c’est le nom que l’on donne à l’équipe qui a la charge de sélectionner, corriger, titrer et mettre en pages les nouvelles qui seront dans l’édition papier de votre journal quotidien. Ce travail s’effectue tout au long de la soirée avec une heure de tombée ultime à 23h30. Les pressiers ont besoin de temps pour produire, imprimer et assembler les pages du journal qui sera distribué aux abonnés très tôt le matin. 

Priorité numéro un: recueillir le plus d’information possible. Le journaliste aux faits divers, Matthieu Boivin, est déjà en route. On rejoint le photographe en devoir, Erick Labbé. Heureusement pour nous, il n’est pas loin du Manège. Il assiste à un concert des Violons du Roy au Palais Montcalm. On lui demande d’accourir sur les lieux et de nous ramener ses photos au plus vite. Nos archives sont aussi mises à contribution pour raconter en mots et en images l’histoire de ce monument emblématique de Québec. 

Il faut maintenant regarder comment réaménager les premières pages du journal. Briefing avec Valérie Gaudreau, qui agit comme principale adjointe du chef de pupitre, et avec Michèle Tellier, la graphiste chargée du design de la Une. On arrive à la conclusion qu’il serait possible de consacrer quatre pages à l’incendie et d’en modifier trois autres tout en respectant l’heure de tombée. La publication de quelques articles est décalée d’une journée. 

On est aussi en communication avec nos gens sur place. Ils nous confirment l’ampleur du drame. Un collaborateur inattendu s’ajoute. Richard Therrien, notre chroniqueur télé est de passage à Québec et il ne réside pas loin du Manège. Il devient un témoin privilégié. 

Un peu avant 23h, le photographe Erick Labbé arrive au journal. Il se dit imprégné de la fumée qui a envahi la haute-ville.

Inutile de préciser que toute l’équipe est sur l’adrénaline. On vit une tragédie et on veut bien faire notre boulot. C’est notre devoir d’informer les citoyens. Plusieurs apprendront le drame au réveil le lendemain matin et ils voudront avoir un bon portrait de la situation dans leur journal. 

Un peu avant 23h, le photographe Erick Labbé arrive au journal. Il se dit imprégné de la fumée qui a envahi la haute-ville. Il nous rend accessibles ses photos. Avec Michèle Tellier, on choisit celle qui fera la Une, Valérie coordonne le montage des pages intérieures. Matthieu nous dicte son article. La correctrice révise textes et épreuves. Même l’équipe des sports donne un coup de main. Les pages sont expédiées aux presses. Tous les lecteurs de l’édition du 5 avril auront droit à une édition complète, ce qui n’est pas le cas de notre compétiteur. Mission accomplie!

La Une du Soleil du samedi 5 avril 2008.