Notre collègue Gilbert Lavoie donnant la main au pape Jean Paul II sous l’œil de Brian Mulroney, alors Premier ministre du Canada.

Le secret derrière leur sourire…

Voilà, c’est reparti! Nos rues sont tapissées d’affiches : des candidats souriants qui sollicitent notre appui en vue des élections fédérales. Mais que nous cache-t-on derrière ces beaux sourires? Plein de choses.

Pierre-Elliott Trudeau a déjà confié au regretté Michel Roy qu’il fallait être un «enfant de chienne» pour devenir premier ministre du Canada. Il ne faut pas prendre cette confidence au sens littéral. Mais c’était sa façon de dire qu’il faut avoir la couenne dure pour survivre en politique.

Tout récemment, les médias ont révélé que la très correcte ministre Geneviève Guilbault était dure avec son personnel. Elle n’est pas la seule. Je me souviens d’avoir entendu Lucien Bouchard faire une colère noire dans son bureau du parlement fédéral. Il criait tellement fort qu’on l’entendait jusque dans le corridor où je l’attendais pour une entrevue. Gilles Duceppe, que je venais tout juste d’interviewer, était même sorti de son bureau pour me faire promettre de ne pas dire à Lucien qu’on s’était vu… Quelques minutes plus tard, M. Bouchard m’accueillait avec un beau grand sourire, comme s’il ne s’était rien passé. 

À ce que je sache, Pierre Elliott Trudeau ne haussait pas le ton. Mais il faisait des colères froides et humiliait au besoin son interlocuteur. 

J’ai encore en mémoire sa répartie cinglante à un ancien collègue de La Presse qui avait osé lui reprocher une faute linguistique en pleine conférence de presse. Trudeau l’a cloué au pilori de la grammaire française. 

Joe Clark, par contre, était beaucoup trop gentil. Tout comme Justin Trudeau d’ailleurs… Brian Mulroney ne criait pas après son monde, mais tout le monde savait qu’il ne fallait pas lui marcher sur le gros orteil. Jean Chrétien aussi était un dur à cuire, mais il n’avait pas besoin de se fâcher. Son grand ami et directeur de cabinet, Jean Pelletier, assurait la discipline avec une poigne de fer. 

À Québec, Pauline Marois était capable de se fâcher et de lancer quelques jurons bien placés. Mais tous ceux qui ont travaillé à ses côtés ont louangé sa gentillesse et sa grande capacité d’écoute. 

Jean Charest avait du plaisir en politique, parfois trop. On m’a raconté que, lorsque ses adjoints tentaient de l’intéresser à un problème de gestion, il levait les yeux au plafond pour manifester son manque d’intérêt. Philippe Couillard n’avait pas de malice, il était trop indulgent. C’était sa faiblesse, parce qu’en politique, il vaut mieux donner des coups qu’en recevoir. 

Et François Legault ? Il lui arrive certainement de s’impatienter. Mais on me dit qu’il ne pète jamais sa coche et qu’il est très gentil avec son personnel. Mais attention: il juge son entourage aux résultats. Il déplace gentiment mais rapidement ceux et celles qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes.