Alain Côté

Le but d'Alain Côté, les «couilles» de Kerry Fraser

Plus de 30 ans plus tard, le but d’Alain Côté fait encore jaser. Il se trouve toujours quelqu’un ou quelque chose pour le remettre dans l’actualité avec la même passion que lors de cette soirée du 28 avril 1987, au Forum de Montréal. Nous étions alors en plein cœur d’une série éliminatoire de la Ligue nationale de hockey entre les défunts Nordiques de Québec et le Canadien de Montréal.

Certains crient encore à l’injustice et prétendent que le but était bon. D’autres soutiennent le contraire. Les années passent, mais chacun demeure sur ses positions. Les partisans des Nordiques continuent d’affirmer que leur équipe a été lésée par la décision controversée de l’arbitre Kerry Fraser de refuser le but. Les inconditionnels du Canadien se tapent encore dans les mains en applaudissant le jugement du chevalier du sifflet. 

Ce soir-là, mon travail de journaliste m’a permis de suivre pas à pas Michel Bergeron, l’entraîneur des Nordiques, aux trousses de Kerry Fraser dans un corridor du vieux bâtiment. Le banc et le vestiaire des Fleurdelisés étaient situés du même côté que le local réservé aux officiels en charge du match. 

J’avais flairé la bonne affaire pour un journaliste en invitant le confrère Kevin Johnston à quitter la tribune de presse en toute discrétion et à m’accompagner derrière le banc des Nordiques dans les dernières minutes de la rencontre. Tous les éléments étaient réunis pour une fin de soirée explosive et tumultueuse. Le couvercle de la marmite a vite sauté. 

Dès que Kerry Fraser a mis un patin à l’extérieur de la patinoire, Michel Bergeron s’est lancé à sa poursuite en hurlant : «You got no balls». Traduction libre: tu n’as pas de couilles. 

L’entraîneur des Nordiques a vociféré cette phrase à quelques reprises en pourchassant Fraser entouré des juges de lignes Wayne Bonney et Bob Hodges. Des gardiens de sécurité surveillaient la scène sans jamais intervenir et Fraser n’osait pas regarder derrière lui. 

Bergeron a finalement rebroussé chemin en voyant les trois chandails rayés s’enfermer dans leur repaire. «Nous sommes victimes de décisions comme celle-là à chaque fois qu’on joue dans cet amphithéâtre», fulminait-il sans trop savoir qu’il s’adressait également à des curieux accourus sur les lieux un peu trop tard. Le spectacle était terminé et faisait place aux récriminations de l’état-major des Nordiques à l’endroit des dirigeants de la Ligue nationale. Le vice-président, Brian O’Neill, en a eu plein les oreilles. Il s’était pointé pour s’enquérir du comportement de Bergeron qui ne s’était jamais approché à moins de 10 pieds de Fraser. «Il n’a fait que l’engueuler», lui ont expliqué quelques responsables de la sécurité. 

La légende veut que la décision de Kerry Fraser soit une autre manifestation des fantômes du Forum de Montréal…