Le maire Régis Labeaume et Jonatan Julien dans des jours plus heureux.

Cafouillage et démission surprise

«Les policiers déjà à l’étroit», titrait Le Soleil le mercredi 25 avril 2018. Sans le savoir la journée même, cette manchette allait retarder d’au moins un an la construction de la nouvelle centrale de police de Québec, mettre au jour le cafouillage dans l’évaluation des coûts du projet et mener à la démission du bras droit du maire de Québec.

Jamais je n’aurais cru que la première information reçue provoquerait une telle onde de choc. Au fil d’une banale conversation, j’apprends que le stationnement de l’emplacement retenu pour la centrale dans Lebourgneuf, près du quartier général de la Sûreté du Québec, ne pouvait accueillir que la moitié des 700 véhicules prévus. J’interpelle alors une seconde source indépendante qui valide l’information. «Pas possible», me dis-je! 

Depuis mon arrivée au Soleil en 2002, le dossier du remplacement de la désuète centrale de police du parc Victoria revient régulièrement dans l’actualité. Imaginez ma surprise devant ce qui semble être une grave erreur d’évaluation au moment où cet important chantier devait se mettre en branle. 

Avant de publier, je contacte l’élu responsable du dossier, l’ex-conseiller Jonatan Julien, alors numéro deux à la Ville de Québec. Il me confirme l’information, mais refuse de dire que le terrain choisi est trop petit. Avec beaucoup de contenance, il évoque un plan B de stationner une partie des véhicules au Réseau de transport de la Capitale, rue des Rocailles, 500 mètres plus loin. 

Je vais alors chercher l’avis de la Fraternité des policiers, me doutant que la situation ne devait pas leur plaire. Son président, Marc Richard, parle plutôt d’une mauvaise évaluation des coûts et des besoins. Il évoque l’aveu du maire Régis Labeaume en décembre 2017 lorsqu’on apprenait avec surprise que la réorganisation de la desserte policière coûterait 72 millions plutôt que les 40 millions annoncées au printemps 2016. 

On connaît la suite. Le maire a fait une sortie publique au cours de laquelle il lance: «Mon collègue l’a échappé », en parlant de M. Julien. Piqué au vif, ce dernier a démissionné. Élu à l’élection provinciale de 2018, il est devenu ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. M. Labeaume a repris le dossier et un nouvel emplacement, plus grand, a été choisi sur le boulevard Louis-XIV. 

En 25 ans de carrière, j’ai rarement vu un dossier avec autant de rebondissements. Et j’en retiens deux choses: 

  • la conduite des affaires municipales intéresse au plus haut point le citoyen puisque c’est le palier de gouvernement le plus près de son quotidien;
  • de plus, une information, même anodine, mérite une vérification et peut mener à une nouvelle d’intérêt public, plus importante que ce qu’elle laisse présager au départ.