À la défense des consommateurs

Les années 1980 furent une période faste pour la défense des droits des consommateurs. La ministre Lise Payette venait de refonder la Loi de protection des consommateurs après avoir instauré le régime d’Assurance-automobile, lequel mettait fin à des décennies de poursuites coûteuses qui n’enrichissaient finalement que les avocats!

Le Soleil avait développé des pages de Consommation très dynamiques où les journalistes se livraient à de véritables enquêtes sur des sujets qui préoccupaient les lecteurs dans leur vie quotidienne, qu’il s’agisse du prix de l’essence, (rien de neuf sous le soleil!), du panier d’épicerie, des garanties non respectées, et quoi encore sous la direction de Magella Soucy. 

Claude Masson, le rédacteur en chef, m’avait confié une chronique vouée à la défense des consommateurs. 

En dehors de Consommateurs avertis qu’animait Simon Durivage à Radio-Canada, Le Soleil était le seul quotidien francophone à tenir pareille rubrique, à l’instar, aujourd’hui, d’émissions comme La Facture ou JE

Jacques Francœur, propriétaire du Soleil à l’époque, avait mis sur pied une initiative similaire à Dimanche Matin et il se gardait bien d’intervenir quand des annonceurs subissaient l’opprobre public. 

Le succès fut quasi instantané. Le téléphone (à roulette !) ne dérougissait pas dans le cliquetis de nos vieilles Underwood et les lettres (pas d’Internet, pas de courriels, pas de fichiers joints ou de documents scannés) très abondantes. Trop même pour la petite équipe que nous étions. Publicité trompeuse, garanties automobiles non respectées, assureurs qui refusaient d’indemniser les automobilistes correctement... 

Au point où, régulièrement, le marchand ou le manufacturier qui faisait l’objet d’un appel de notre part... réglait son différend avec le plaignant avant même la publication. 

Quelques succès me reviennent en mémoire. Ainsi, Le Soleil avait incité des consommateurs lésés à entreprendre un recours collectif contre un cablodistributeur qui ne voulait pas indemniser ses abonnés après avoir subi une panne de plusieurs jours. Comme la Loi venait d’être adoptée, nous avons suggéré qu’il s’agirait là d’un beau cas d’espèce. Un avocat s’est proposé et ce fut le premier recours collectif gagné en vertu de la nouvelle Loi. 

À une autre occasion, un grand manufacturier automobile exigeait des frais de 150 $ pour transférer sa garantie à un nouvel acheteur, ce qui contrevenait à la Loi de protection du consommateur car c’est le véhicule qui était garanti, pas l’acheteur! Qu’à cela ne tienne, en mobilisant l’Association pour la protection des automobilistes (APA), nous avons fait pression sur l’Office pour que le manufacturier soit mis au pas. Ce qui fut fait. 

Quelques années plus tard, alors que j’assistais au Salon de Détroit en tant que chroniqueur automobile, un représentant de ce manufacturier m’a fait le reproche que nous leur avions coûté cinq millions$. 

- Vous n’aviez qu’à respecter la loi, lui ai-je répondu, nullement ému! 

Je suis convaincu que des journaux comme Le Soleil ont encore un rôle important à jouer dans leur communauté en étant proches des préoccupations de leurs lecteurs...