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Métier journaliste

Le Soleil hier, aujourd’hui et demain

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de l’avenir du Soleil, qui continue à vous informer avec la passion et la vigueur qui le caractérise depuis 123 ans, malgré les cieux incertains.

Mais aujourd’hui, on vous convie à une incursion dans ce qui fait la force de votre quotidien: l’information. On vous invite dans les coulisses du travail des artisans du Soleil qui ont raconté, critiqué, souligné les bons et les mauvais coups dans tous les secteurs d’activité. Ces journalistes qui ont fait une différence par leurs reportages. Les essentiels travailleurs du pupitre qui se sont, plus souvent qu’autrement, «revirés sur un 10 cennes» lorsqu’une grosse nouvelle tombait en soirée. «On tue la une!» L’expression a un je-ne-sais-quoi de romantique. Mais elle est vraie. 

Au fil des prochaines pages, vous aurez donc rendez-vous avec la petite et la grande histoire de Québec. Une vingtaine de journalistes, anciens comme actuels, ont généreusement plongé dans leurs souvenirs pour vous donner un accès privilégié à des histoires marquantes des dernières années. 

Déjà, chers lecteurs, des cas vous viennent sans doute en tête. La mort de René Lévesque, l’incendie du Manège militaire, l’attentat contre Pauline Marois, la spectaculaire chute de Clotaire Rapaille. Des reportages qui ont fait bouger les autorités politiques: des soins de santé plus accessibles, un couple de jeunes immigrants belges qui voient les choses débloquer pour leur permis de travail après la publication de leur histoire, le travail sans relâche du Soleil dans des dossiers de longue haleine comme le pont de Québec ou la clinique SABSA. 

Des dossiers municipaux, où Le Soleil a toujours été présent. De récents reportages ont joué un grand rôle dans l’épineux dossier de la nouvelle centrale de police ou dans la réglementation pour l’emprisonnement des personnes itinérantes. 

« Le plus beau métier du monde » 

D’autres ont choisi de vous raconter les coulisses de l’interne. Quel bonheur de lire Anne-Marie Voisard, exceptionnelle coordonnatrice des défunts stages d’été qui ont fait naître des vocations, dont la mienne. Ces premiers pas dans le métier qui ont forgé la relève et construit des plumes que vous lisez encore dans nos pages et dans d’autres médias de la capitale et du Québec. 

Aujourd’hui, on célèbre les journalistes qui ont le privilège d’exercer «le plus beau métier du monde», comme l’écrit l’estimé collègue aujourd’hui retraité Jacques Samson. 

Une mention toute spéciale aussi pour nos précieux photographes qui ont su immortaliser ces moments. Plusieurs de leurs photos accompagnent ces récits de reportages marquants. Car oui, on écrit beaucoup de mots dans votre Soleil. Mais comme le dit l’adage, «une image vaut mille mots». Ça aussi c’est vrai. 

Merci à tous les services du Soleil d’avoir appuyé cette initiative lancée par le directeur de contenu aux projets spéciaux, Yvan Dumont, et son équipe. Merci à Gilles Ouellet pour le grand coup de pouce. 

Merci aux journalistes parmi nous et aux anciens, qui restent toujours dans nos cœurs. Et surtout, merci à nos extraordinaires lecteurs, d’être toujours aussi fidèles. Ces belles histoires, elles ne seraient rien sans vous.

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Des collectes de rue pour Gilles Kègle

L’œuvre de l’infirmier de la rue Gilles Kègle est bien connue. Ce qui l’est moins, c’est le rôle joué par les employés du journal Le Soleil pour lui donner les moyens de continuer son œuvre auprès des personnes seules, vieillissantes, démunies et en perte d’autonomie de Québec.

Gilles était mon voisin d’en face dans le quartier Saint-Roch. En découvrant le travail qu’il faisait, j’en touche mot à notre regretté collègue Alain Bouchard et il en fait un reportage percutant.

Gilles était alors inconnu à Québec. Il vivait d’aide sociale car il ne réussissait pas à trouver un emploi comme infirmier auxiliaire.

Comme l’État menaçait de lui couper ses prestations car il n’était pas disponible au travail (la raison d’État, parfois...), Robert Gillet du FM93 effectue une collecte impromptue en ondes, recueillant 12 000$ pour sortir Gilles du «BS».

Comme nous étions à mettre sur pied la Fondation Gilles Kègle avec l’appui de l’Archipel d’Entraide, Robert nous a remis l’argent et, dès l’année suivante, nous avons monté une équipe de bénévoles au Soleil pour effectuer une collecte de rues d’envergure durant l’émission de Gillet afin de lui donner les moyens de continuer sa mission.

Pendant cinq ans environ, des dizaines d’employés du Soleil se sont ainsi mobilisés au coin des rues, puis des écoles et des groupes se sont joints également... un effet boule de neige qui a permis d’amasser 50 000$ en moyenne sur la rue en plus des dons qui continuaient d’affluer par la suite.

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Pleins feux sur The Wall

Automne 2009. The Wall, le célèbre album de Pink Floyd, célèbre ses 30 ans. Connaissant l’intérêt des lecteurs du Soleil pour cette œuvre, je planche sur un papier d’envergure en sollicitant différents collaborateurs du groupe anglais.

Tandis que je m’entretiens avec Gerald Scarfe, à qui l’on doit le visuel et les animations liés au projet, j’apprends que l’ex-chanteur et bassiste de Pink Floyd, Roger Waters, partira à nouveau en tournée mondiale avec The Wall. Mon dossier devra attendre un peu, j’ai soudainement une grosse nouvelle à rédiger! Elle sera publiée le 2 décembre 2009, soit quatre mois avant l’annonce officielle de Waters…

Ce scoop n’est que le début d’une couverture qui sera marquante durant mes 15 ans au Soleil et qui synthétise, à mes yeux, ce qui fait la force de ce journal: être capable de témoigner de ce qui se trame localement sans perdre de vue ce qui se passe autour du globe; offrir aux journalistes une immense liberté, qui favorise un contenu distinctif; abriter différents types de textes, qu’il s’agisse de nouvelles, de critiques, de chroniques ou de dossiers.

Mais revenons à The Wall pour mieux illustrer tout ça. Québec aura sa part de cette tournée mondiale de Roger Waters. Un concert extérieur est en effet prévu sur les plaines d’Abraham le 21 juillet 2012 et pour l’occasion, on bâtira le plus long mur jamais érigé pour cette production.

Afin de souligner ça, je propose un plan audacieux au directeur de l’information de l’époque, Martin Pelchat. Durant la semaine précédant le concert, j’arriverais à chaque jour avec une histoire différente liée à The Wall tandis que sur la Une, on construirait un mur, à l’image de la célèbre pochette, qui grossirait quotidiennement pour être complet le jour du spectacle. Je ne sais trop quels arguments j’ai sorti, mais tout le monde a embarqué dans cette aventure pourtant contraignante!


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Il fait sourire, réfléchir et discuter

Tous les politiciens ont goûté aux coups de crayon d’André-Philippe, que ce soit les premiers ministres québécois ou canadiens, tout comme les maires de la capitale, que ce soit Régis Labeaume, Jean-Paul L’Allier ou Andrée-P. Boucher.

Notre caricaturiste a remporté de très nombreux prix au Québec et en Europe. Des productions d’André-Philippe Côté sont souvent publiées à l’étranger, notamment dans le Courrier international. 

Notre collègue a choisi quelques unes de ses productions pour illustrer l’édition spéciale que vous consultez présentement.

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La créativité au service de l'information

Le Soleil compte depuis longtemps dans ses rangs des infographes de grand talent, qui rehaussent par leur créativité l'expérience de lecture.

Car oui, on aime aussi Le Soleil parce qu'il est beau! Les graphistes du Soleil - qui travaillent depuis une douzaine d'années sous la supervision de Linda Larouche - ont maintes fois été primées au prestigieux concours international de la Society of News Design.

Nous reproduisons ici quelques-unes des pages récemment primées. Petit échantillon de notre désir de vous séduire au quotidien.

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Témoigner d’une soirée électorale tragique

Ce 4 septembre 2012, une foule de militants célèbrent bruyamment le retour au pouvoir du Parti Québécois et l’élection de Pauline Marois, première femme à diriger le Québec.

Au Métropolis, à Montréal, les partisans chantent «Ma chère Pauline, c’est à ton tour…», scandent l’incontournable refrain des ralliements souverainistes «On veut un pays». 

La place que j’occupe, ce soir-là, se situe au milieu de la salle, à l’arrière d’une partie de la foule, à une cinquantaine de mètres de la scène, derrière les caméras de la télévision. 

L’excitation monte au Métropolis. Pauline Marois débute son discours de victoire. Je m’affaire à en citer des extraits. Je me penche pour jeter un œil vers la cheffe du PQ. 

Et soudain, pratiquement sur le coup de minuit, à la toute limite de l’heure de tombée, plus rien, plus de discours, plus de Pauline Marois. L’estrade est vide. C’est un tumulte sans raison apparente. 

«Détails» que n’apprendront les personnes présentes qu’à leur sortie du rassemblement : le tireur fou Richard Henry Bain a fait feu depuis l’entrée des artistes de la salle de spectacles; il tue d’un coup le technicien de scène Denis Blanchette et blesse son collègue Dave Courage; heureusement, son arme s’enraye. 

Sur le moment, l’incompréhension est totale au Métropolis. Le bruit de la déflagration a été couvert par le brouhaha des partisans. 

Sur place, je glane des bribes d’information. De la porte de sortie secondaire se dégage de la fumée. Personne ne sait encore qu’il s’agit de l’incendie provoqué par Richard Bain. Une rumeur, fausse, parle aussi d’une balle assourdissante. À l’intérieur, les médias ne peuvent qu’attester du chaos, du désordre, de la confusion du moment. 

Pauline Marois revient au bout de quelques minutes. Je suis témoin en direct d’un début de «règne (…) par une soirée chaotique». La femme d’État incite tous à quitter dans le calme. Sans savoir elle-même pourquoi son majordome et son garde du corps l’ont entraînée hors de la scène. Sans savoir qu’elle était la cible de Richard Bain. 

Comme les autres, j’argumente avec les policiers, qui veulent une évacuation immédiate, pour terminer mon article. Un coup de fil au Soleil, l’ordinateur sur les genoux, et le texte file finalement vers la salle de rédaction. 

Le journalisme est un sport d’équipe. À Québec, un collègue signe un texte sur le drame qui fait un mort et un blessé grave

À Montréal, sur la «Sainte-Catherine» sous une pluie fine, quelques appels pour rassurer mes proches. Comme à propos de ce message dans Internet avançant qu’un des conducteurs des autobus des médias est une victime. C’est faux. L’information, c’est aussi de ne pas relayer des nouvelles bidon…

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Le secret derrière leur sourire…

Voilà, c’est reparti! Nos rues sont tapissées d’affiches : des candidats souriants qui sollicitent notre appui en vue des élections fédérales. Mais que nous cache-t-on derrière ces beaux sourires? Plein de choses.

Pierre-Elliott Trudeau a déjà confié au regretté Michel Roy qu’il fallait être un «enfant de chienne» pour devenir premier ministre du Canada. Il ne faut pas prendre cette confidence au sens littéral. Mais c’était sa façon de dire qu’il faut avoir la couenne dure pour survivre en politique.

Tout récemment, les médias ont révélé que la très correcte ministre Geneviève Guilbault était dure avec son personnel. Elle n’est pas la seule. Je me souviens d’avoir entendu Lucien Bouchard faire une colère noire dans son bureau du parlement fédéral. Il criait tellement fort qu’on l’entendait jusque dans le corridor où je l’attendais pour une entrevue. Gilles Duceppe, que je venais tout juste d’interviewer, était même sorti de son bureau pour me faire promettre de ne pas dire à Lucien qu’on s’était vu… Quelques minutes plus tard, M. Bouchard m’accueillait avec un beau grand sourire, comme s’il ne s’était rien passé. 

À ce que je sache, Pierre Elliott Trudeau ne haussait pas le ton. Mais il faisait des colères froides et humiliait au besoin son interlocuteur. 

J’ai encore en mémoire sa répartie cinglante à un ancien collègue de La Presse qui avait osé lui reprocher une faute linguistique en pleine conférence de presse. Trudeau l’a cloué au pilori de la grammaire française. 

Joe Clark, par contre, était beaucoup trop gentil. Tout comme Justin Trudeau d’ailleurs… Brian Mulroney ne criait pas après son monde, mais tout le monde savait qu’il ne fallait pas lui marcher sur le gros orteil. Jean Chrétien aussi était un dur à cuire, mais il n’avait pas besoin de se fâcher. Son grand ami et directeur de cabinet, Jean Pelletier, assurait la discipline avec une poigne de fer. 

À Québec, Pauline Marois était capable de se fâcher et de lancer quelques jurons bien placés. Mais tous ceux qui ont travaillé à ses côtés ont louangé sa gentillesse et sa grande capacité d’écoute. 

Jean Charest avait du plaisir en politique, parfois trop. On m’a raconté que, lorsque ses adjoints tentaient de l’intéresser à un problème de gestion, il levait les yeux au plafond pour manifester son manque d’intérêt. Philippe Couillard n’avait pas de malice, il était trop indulgent. C’était sa faiblesse, parce qu’en politique, il vaut mieux donner des coups qu’en recevoir. 

Et François Legault ? Il lui arrive certainement de s’impatienter. Mais on me dit qu’il ne pète jamais sa coche et qu’il est très gentil avec son personnel. Mais attention: il juge son entourage aux résultats. Il déplace gentiment mais rapidement ceux et celles qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes.

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Sur la première ligne pour SABSA

En 2015 et 2016, la coopérative sans médecin SABSA (pour Services à bas seuil d’accessibilité) était menacée de fermeture, faute de financement pour poursuivre sa mission auprès d’une clientèle vulnérable, souvent désaffiliée du réseau de la santé traditionnel. Le Soleil rédigera de nombreux reportages qui contribueront à alimenter la pression populaire, laquelle permettra finalement à la clinique du quartier Saint-Roch de recevoir 420 000$ sur trois ans du gouvernement du Québec.

Au départ, la coopérative SABSA était soutenue par la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), qui finançait son volet «clinique de proximité» dans le cadre d’un projet pilote. Lorsque ce financement a pris fin, des démarches ont été entreprises pour convaincre Québec d’assurer la survie de la coopérative sans médecin, sans succès. 

L’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, plaidait que les services de SABSA devaient être donnés à l’intérieur du cadre physique et institutionnel d’un groupe de médecine familiale, question de ne pas multiplier les points de services. Une solution qui n’en était pas une puisque la clientèle de SABSA, composée en majorité de patients ayant une situation et un état de santé précaires (hépatite C, VIH, problèmes de santé mentale, toxicomanie, souvent pas de carte d’assurance-maladie…), ne fréquente pas les établissements de santé traditionnels, notamment parce qu’ils ne s’y sentent pas les bienvenus. 

Bref, Gaétan Barrette craignait la création d’un réseau «parallèle» de soins. Il justifiera par la suite son refus de financer SABSA par la présence d’un CLSC «à quatre minutes de marche, sur le plat», avant de décréter que les services de la coopérative coûtaient trop cher. Devant l’intransigeance du ministre, la coopérative n’aura d’autre choix que de se lancer dans une campagne de socio-financement en 2016.

Depuis 2015, Le Soleil a signé plusieurs articles sur SABSA, dans lesquels il a notamment fait état du travail accompli avec peu de moyens par l’équipe de la coopérative auprès d’une clientèle aux besoins immenses. Ses reportages, et ceux d’autres médias, ont contribué à la naissance d’un «front commun» pour la survie de SABSA.

À l’été 2016, l’ex-ministre de la Santé finit par céder à la pression médiatique, populaire et politique: Québec paiera le salaire de l’infirmière praticienne spécialisée (IPS), Isabelle Têtu, et les fournitures médicales de la clinique. L’entente prévoit également le prêt d’un travailleur social par le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Le reste, notamment les frais d’exploitation, doit être entièrement assumé par la coopérative, dont les besoins s’élèvent à environ 250 000$ par année.

La clinique doit donc poursuivre ses campagnes de financement, qui grugent le temps et l’énergie de l’équipe.

Le Soleil continuera d’écrire sur SABSA, sur sa mission, sur les réalisations de son équipe. Pendant la campagne électorale, il s’enquerra de la position des principaux partis politiques quant à leur volonté de financer la coopérative.

En entrevue au Soleil, trois semaines après sa nomination, la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, se montre disposée à ouvrir une porte jusque-là fermée par son prédécesseur. Le Soleil talonnera son cabinet, jusqu’à ce que Québec annonce, en juillet, un financement à SABSA totalisant 420 000$ sur trois ans. Cette aide ne dispense pas la coopérative de poursuivre ses campagnes de financement, mais elle lui permet de «colmater la brèche» et de «sortir du mode survie».

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Le sport local à l’international

Novembre 2000, Caroline Brunet vient de se faire coiffer au fil d’arrivée de la plus importante course de sa carrière. En état de choc, elle cherche un coin pour se réfugier, le temps d’encaisser le coup. Des journalistes du Canada et d’ailleurs l’entourent, son regard croisera le mien, le point de presse commence!

La scène ne se déroulait pas à Lac-Beauport, d’où venait la médaillée olympique, mais plutôt à l’autre bout du monde, en Australie. Le Soleil y était, car l’information locale se déroule aussi à l’international. 

Jeune journaliste sportif, j’avais rêvé, bien sûr, d’être un jour affecté à la couverture des Nordiques. J’y rêve encore, d’ailleurs… Mais, en 1994, mes patrons ont eu la bonne idée de m’affecter à la couverture des Jeux olympiques de Lillehammer. 

Fort de mes 29 printemps et rongé par le stress de la mission, je mettais donc le cap sur la Norvège avec le mandat de couvrir les athlètes de la région de Québec, dont Myriam Bédard, qui allait devenir double médaillée d’or en biathlon.

À mon retour, j’avais eu droit à mon petit moment de gloire. Des amis m’avaient remis le « Carlos d’or » ; le rédacteur en chef de l’époque m’avait aussi transmis un petit mot que je conserve toujours à l’effet que « s’il y avait un podium pour les journalistes, tu y aurais ta place ». 

Mais assez parlé de moi, surtout que les réflecteurs ont toujours été tournés vers les athlètes de chez nous. Leur brio ne pouvait pas rester dans l’ombre, il fallait les suivre, peu importe où ils se trouvaient. Atlanta, Nagano, Sydney, Salt Lake City, Athènes, Turin, Pékin, Vancouver, Sotchi, PyeongChang, la distance n’a jamais eu d’importance pour remplir ce même mandat qui n'a jamais changé. 

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Le but d'Alain Côté, les «couilles» de Kerry Fraser

Plus de 30 ans plus tard, le but d’Alain Côté fait encore jaser. Il se trouve toujours quelqu’un ou quelque chose pour le remettre dans l’actualité avec la même passion que lors de cette soirée du 28 avril 1987, au Forum de Montréal. Nous étions alors en plein cœur d’une série éliminatoire de la Ligue nationale de hockey entre les défunts Nordiques de Québec et le Canadien de Montréal.

Certains crient encore à l’injustice et prétendent que le but était bon. D’autres soutiennent le contraire. Les années passent, mais chacun demeure sur ses positions. Les partisans des Nordiques continuent d’affirmer que leur équipe a été lésée par la décision controversée de l’arbitre Kerry Fraser de refuser le but. Les inconditionnels du Canadien se tapent encore dans les mains en applaudissant le jugement du chevalier du sifflet. 

Ce soir-là, mon travail de journaliste m’a permis de suivre pas à pas Michel Bergeron, l’entraîneur des Nordiques, aux trousses de Kerry Fraser dans un corridor du vieux bâtiment. Le banc et le vestiaire des Fleurdelisés étaient situés du même côté que le local réservé aux officiels en charge du match. 

J’avais flairé la bonne affaire pour un journaliste en invitant le confrère Kevin Johnston à quitter la tribune de presse en toute discrétion et à m’accompagner derrière le banc des Nordiques dans les dernières minutes de la rencontre. Tous les éléments étaient réunis pour une fin de soirée explosive et tumultueuse. Le couvercle de la marmite a vite sauté. 

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Une semaine à l’ombre pour Le Soleil

Un an à peine que je venais d’être embauché au Soleil, à la section des faits divers. En 1990, dans la foulée de la publication d’un article controversé sur la drogue circulant au pénitencier de Donnacona, la direction du journal s’enquiert de la possibilité d’aller voir de quoi il en retourne à l’intérieur des murs. Contre toute attente, le Service correctionnel canadien accepte, sous de strictes conditions.

C’est ainsi que j’ai passé une semaine au pen. Une première au pays pour un journaliste.

Il était impossible pour moi de jouer la comédie pour me glisser dans la population carcérale. Un quidam ne peut pas s’inventer un crime comme ça. Il risque de finir amoché dans l’armoire à balais. Aussi, les détenus ont-ils été mis au courant de ma véritable identité.

Le contrat avec le Service correctionnel canadien comportait une trentaine de clauses. Les avocats du journal et les assureurs y ont mis leur œil de lynx. «Si tu es pris en otage, on va négocier comme si tu étais un de nos employés», me lance le directeur du pen. Nom d’une Bobinette, dans quoi m’étais-je lancé ?

Une fois à l’intérieur, vêtu d’un pantalon de jogging et d’un t-shirt, je me sens observé comme si j’étais une bête de cirque. Tout le monde s’est passé le mot sur ma présence entre les murs. «J’espère que t’écriras pas qu’on a toute icitte, qu’on vit dans un Club Med», me lance un détenu.

Pendant sept jours d’un magnifique printemps, je suis resté enfermé 24 heures sur 24, à faire le tour du propriétaire, sous surveillance, en essayant de me faire le plus discret possible. Au gymnase, dans la cour, aux cuisines, à la chapelle, à l’infirmerie, à la bibliothèque. J’avais insisté pour suivre le même horaire qu’un détenu, mais la direction m’avait exempté, on l’en remercie, des travaux manuels quotidiens (non, je n’ai pas vu personne coudre des bobettes comme les femmes d’Unité 9).

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Le soir de l’incendie du Manège

«On n’a pas le choix. On tue la UNE» C’est ce que j’ai pensé quelques minutes après 21 h30, le 4 avril 2008, en apprenant que le Manège militaire de Québec brûlait. Ce soir-là, j’agissais comme chef de pupitre dans les bureaux du Soleil, boulevard Charest.

Le pupitre, c’est le nom que l’on donne à l’équipe qui a la charge de sélectionner, corriger, titrer et mettre en pages les nouvelles qui seront dans l’édition papier de votre journal quotidien. Ce travail s’effectue tout au long de la soirée avec une heure de tombée ultime à 23h30. Les pressiers ont besoin de temps pour produire, imprimer et assembler les pages du journal qui sera distribué aux abonnés très tôt le matin. 

Priorité numéro un: recueillir le plus d’information possible. Le journaliste aux faits divers, Matthieu Boivin, est déjà en route. On rejoint le photographe en devoir, Erick Labbé. Heureusement pour nous, il n’est pas loin du Manège. Il assiste à un concert des Violons du Roy au Palais Montcalm. On lui demande d’accourir sur les lieux et de nous ramener ses photos au plus vite. Nos archives sont aussi mises à contribution pour raconter en mots et en images l’histoire de ce monument emblématique de Québec. 

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Cafouillage et démission surprise

«Les policiers déjà à l’étroit», titrait Le Soleil le mercredi 25 avril 2018. Sans le savoir la journée même, cette manchette allait retarder d’au moins un an la construction de la nouvelle centrale de police de Québec, mettre au jour le cafouillage dans l’évaluation des coûts du projet et mener à la démission du bras droit du maire de Québec.

Jamais je n’aurais cru que la première information reçue provoquerait une telle onde de choc. Au fil d’une banale conversation, j’apprends que le stationnement de l’emplacement retenu pour la centrale dans Lebourgneuf, près du quartier général de la Sûreté du Québec, ne pouvait accueillir que la moitié des 700 véhicules prévus. J’interpelle alors une seconde source indépendante qui valide l’information. «Pas possible», me dis-je! 

Depuis mon arrivée au Soleil en 2002, le dossier du remplacement de la désuète centrale de police du parc Victoria revient régulièrement dans l’actualité. Imaginez ma surprise devant ce qui semble être une grave erreur d’évaluation au moment où cet important chantier devait se mettre en branle. 

Avant de publier, je contacte l’élu responsable du dossier, l’ex-conseiller Jonatan Julien, alors numéro deux à la Ville de Québec. Il me confirme l’information, mais refuse de dire que le terrain choisi est trop petit. Avec beaucoup de contenance, il évoque un plan B de stationner une partie des véhicules au Réseau de transport de la Capitale, rue des Rocailles, 500 mètres plus loin. 

Je vais alors chercher l’avis de la Fraternité des policiers, me doutant que la situation ne devait pas leur plaire. Son président, Marc Richard, parle plutôt d’une mauvaise évaluation des coûts et des besoins. Il évoque l’aveu du maire Régis Labeaume en décembre 2017 lorsqu’on apprenait avec surprise que la réorganisation de la desserte policière coûterait 72 millions plutôt que les 40 millions annoncées au printemps 2016. 

On connaît la suite. Le maire a fait une sortie publique au cours de laquelle il lance: «Mon collègue l’a échappé », en parlant de M. Julien. Piqué au vif, ce dernier a démissionné. Élu à l’élection provinciale de 2018, il est devenu ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. M. Labeaume a repris le dossier et un nouvel emplacement, plus grand, a été choisi sur le boulevard Louis-XIV. 

En 25 ans de carrière, j’ai rarement vu un dossier avec autant de rebondissements. Et j’en retiens deux choses: 

  • la conduite des affaires municipales intéresse au plus haut point le citoyen puisque c’est le palier de gouvernement le plus près de son quotidien;
  • de plus, une information, même anodine, mérite une vérification et peut mener à une nouvelle d’intérêt public, plus importante que ce qu’elle laisse présager au départ.

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Un coup de pouce pour deux Belges «interdits de travail»

Le travail de journaliste devient des plus stimulants quand on peut avoir la chance de faire la différence dans la vie de quelqu’un, plus particulièrement quand on a la chance d’aider quelqu’un à se sortir d’une situation où il doit se battre contre les rouages de la bureaucratie. C’est exactement le genre de dossier qui est atterri sur mon bureau, en octobre 2017, quand j’ai eu à couvrir l’histoire d’un couple originaire de Belgique qui se retrouvait interdit de travail quatre ans après leur arrivée à Québec.

Parents de deux jeunes enfants, Kevin Timmermans, employé chez Latulippe, et son épouse Maïté Lequeux, alors employée chez Opsens, s’étaient vu refuser un renouvellement de leur permis de travail en attendant qu’une décision soit prise sur leur demande de résidence permanente. Le couple avait pourtant l’appui de ses employeurs et se retrouvait en situation précaire, sans emploi pour payer ses factures, dont une somme de 13000$ représentant les frais médicaux pour la naissance de leur dernier-né puisqu’ils n’étaient alors pas couverts par l’assurance-maladie. 

Non seulement la publication du reportage a contribué à amener rapidement le couple à rencontrer François Blais, alors ministre provincial de l’Emploi, le ministre fédéral JeanYves Duclos et le député fédéral Pierre Paul-Hus, mais ces rencontres ont vite fait bouger les choses, de sorte que Kevin était de retour au travail en janvier après avoir reçu juste avant Noël un certificat de sélection du Québec avec un nouveau permis de travail à la clé. Pour couronner le tout, l’histoire du couple avait aussi suscité un élan de sympathie dans la population; plusieurs personnes leur ayant fait parvenir des denrées, des vêtements ou offrant même de payer certaines de leurs factures. 

Aujourd’hui, le couple Timmermans/Lequeux est résident permanent du Canada depuis le 6 juillet 2019. Kevin travaillait toujours chez Latulippe, mais a subi un grave accident de travail entraînant la perte d’un œil, son épouse œuvre toujours dans le domaine de la photonique, mais chez Teraxion. 

«Dans deux ans, nous allons pouvoir faire une demande de citoyenneté canadienne», signalait M. Timmermans dans un entretien récent avec Le Soleil. «On peut dire que tout est bien qui finit bien. Je voudrais vous dire merci à vous et au quotidien Le Soleil, car c’est vraiment ça qui a amené tout le reste. Ça a donné un bon coup de main.»

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Mort de René Lévesque: refaire le journal en dernière heure !

C’était un dimanche soir tranquille à la rédaction du Soleil. Jusqu’à ce que la journaliste Isabelle Jinchereau sorte en courant de son bureau, émue. «René Lévesque est mort», lance-telle aux collègues du pupitre.

C’était le 1er novembre 1987. Il était environ 22h45, l’heure de tombée étant minuit. Le journal du lendemain était presque prêt à partir aux presses, avec une manchette rapportant un record de plaintes liées à la loi 101. 

La première réaction? Celle de l’éditeur Jacques Samson. «Si c’est une blague, c’est pas drôle!» 

Mais nous comprenions bien que ce n’était pas une blague. Autour du pupitre, il y eut un lourd et long silence. 

René Lévesque, 65 ans, était mort après un malaise cardiaque survenu chez lui, à l’Île-des-Sœurs. Les détails, nous ne les connaissions pas encore. Nos émotions étaient mélangées: incrédulité et tristesse. Mais l’heure n’était pas à s’apitoyer ou à discuter de l’homme. Il y avait un journal à repenser, en moins d’une heure. 

Tuer la Une, bien avant «Scoop»

Les réflexes du pupitre dans ces situations : surveiller frénétiquement le fil de presse dans l’attente d’un premier texte. Puis, choisir les photos. Le briefing s’est fait en vitesse. Les collègues tenaient au cliché du photographe André Pichette, pris le jour de sa démission en 1985. Du haut d’un arbre, Pichette avait réussi à croquer le premier ministre chez lui, en train de boire son café matinal. 

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L’école des stages

Ils s’appellent Valérie, Isabelle, Guillaume, Olivier, Marc… À moi seule, j’en compte plus d’une trentaine qui sont entrés dans le métier via les stages du Soleil, alors que j’ai eu le privilège de les superviser durant six ans. Un peu à la manière d’une sœur aînée, je dirais.

Pour la plupart, vous les connaissez, à commencer par Valérie Gaudreau, la rédactrice en chef du quotidien, qui met à profit son dynamisme et son talent pour en assurer la survie. Au Soleil ou ailleurs, ils font aujourd’hui leur marque comme journalistes.

Le Soleil a de tout temps été reconnu pour le sérieux de ses stages. Les étudiants, qu’ils aient été de l'Université Laval, de l’UQAM ou d’ailleurs, en savaient l’exigence, mais se bousculaient dans l’espoir d’y être admis. C’était une bonne école.

Mylène Moisan, chroniqueuse vedette, est passée par là. C’est Pierre-Paul Noreau, mon prédécesseur, maintenant éditeur au Droit d’Ottawa, qui l’a eue sous son aile. D’autres aussi telles Isabelle Mathieu, qui couvre la Justice, et Élisabeth Fleury, la santé et les affaires sociales.

J’aimerais tous les nommer. Continuons avec Jean-Nicolas Patoine, actuel directeur de l’information. La polyvalence est au rendez-vous. Olivier Bossé a laissé les sports pour couvrir la campagne électorale fédérale. Marc Allard suit l’actualité régionale tout en nous gratifiant de leçons de vie avec sa chronique, «Nous, les humains», dans le MAG du samedi où on peut lire aussi Francis Higgins. Jean-François Cliche vulgarise l’actualité scientifique.

Aux Arts, Geneviève Bouchard reste un pilier. D’autres, comme Daphné Bédard et Nicolas Houle, qui ont à tour de rôle dirigé la section, sont partis. Daphné pour le service des communications de la Ville de Québec, Nicolas comme directeur de la programmation au Palais Montcalm.

La couverture des débats à l’Assemblée nationale a de tout temps attiré les journalistes. Les ex-stagiaires ne font pas exception. Aux côtés de Patricia Cloutier, fidèle à nos pages, se retrouvent quelques-uns de ceux qui ont fait leurs premiers pas dans le métier au Soleil. C’est le cas d’Isabelle Porter, correspondante pour Le Devoir. Aussi de Martin Croteau, pour La Presse.

Dans toutes les salles de rédactions, incluant celle du Journal de Québec qui est venue chercher Daphnée Dion-Viens à l’Éducation et Stéphanie Martin aux Affaires municipales, nos anciens stagiaires ont la cote. 

À La Presse, la liste est longue: LauraJulie Perreault, Maxime Bergeron, Pierre-André Normandin, Violaine Ballivy, Vincent Brousseau-Pouliot, sans oublier le chroniqueur télé Hugo Dumas. Au Devoir, on retrouve Guillaume Bourgault-Côté et Hélène Buzzetti.

Des noms familiers. Des visages qu’on connaît. Des voix qu’on entend. Radio-Canada se plaît comme les autres à puiser dans nos rangs. Guillaume Dumas qui anime «C’est encore mieux l’après-midi», l’émission du retour à la maison, a commencé sa carrière comme stagiaire au Soleil.

Métier journaliste

À la défense des consommateurs

Les années 1980 furent une période faste pour la défense des droits des consommateurs. La ministre Lise Payette venait de refonder la Loi de protection des consommateurs après avoir instauré le régime d’Assurance-automobile, lequel mettait fin à des décennies de poursuites coûteuses qui n’enrichissaient finalement que les avocats!

Le Soleil avait développé des pages de Consommation très dynamiques où les journalistes se livraient à de véritables enquêtes sur des sujets qui préoccupaient les lecteurs dans leur vie quotidienne, qu’il s’agisse du prix de l’essence, (rien de neuf sous le soleil!), du panier d’épicerie, des garanties non respectées, et quoi encore sous la direction de Magella Soucy. 

Claude Masson, le rédacteur en chef, m’avait confié une chronique vouée à la défense des consommateurs. 

En dehors de Consommateurs avertis qu’animait Simon Durivage à Radio-Canada, Le Soleil était le seul quotidien francophone à tenir pareille rubrique, à l’instar, aujourd’hui, d’émissions comme La Facture ou JE

Jacques Francœur, propriétaire du Soleil à l’époque, avait mis sur pied une initiative similaire à Dimanche Matin et il se gardait bien d’intervenir quand des annonceurs subissaient l’opprobre public. 

Le succès fut quasi instantané. Le téléphone (à roulette !) ne dérougissait pas dans le cliquetis de nos vieilles Underwood et les lettres (pas d’Internet, pas de courriels, pas de fichiers joints ou de documents scannés) très abondantes. Trop même pour la petite équipe que nous étions. Publicité trompeuse, garanties automobiles non respectées, assureurs qui refusaient d’indemniser les automobilistes correctement... 

Au point où, régulièrement, le marchand ou le manufacturier qui faisait l’objet d’un appel de notre part... réglait son différend avec le plaignant avant même la publication. 

Quelques succès me reviennent en mémoire. Ainsi, Le Soleil avait incité des consommateurs lésés à entreprendre un recours collectif contre un cablodistributeur qui ne voulait pas indemniser ses abonnés après avoir subi une panne de plusieurs jours. Comme la Loi venait d’être adoptée, nous avons suggéré qu’il s’agirait là d’un beau cas d’espèce. Un avocat s’est proposé et ce fut le premier recours collectif gagné en vertu de la nouvelle Loi. 

À une autre occasion, un grand manufacturier automobile exigeait des frais de 150 $ pour transférer sa garantie à un nouvel acheteur, ce qui contrevenait à la Loi de protection du consommateur car c’est le véhicule qui était garanti, pas l’acheteur! Qu’à cela ne tienne, en mobilisant l’Association pour la protection des automobilistes (APA), nous avons fait pression sur l’Office pour que le manufacturier soit mis au pas. Ce qui fut fait. 

Quelques années plus tard, alors que j’assistais au Salon de Détroit en tant que chroniqueur automobile, un représentant de ce manufacturier m’a fait le reproche que nous leur avions coûté cinq millions$. 

- Vous n’aviez qu’à respecter la loi, lui ai-je répondu, nullement ému! 

Je suis convaincu que des journaux comme Le Soleil ont encore un rôle important à jouer dans leur communauté en étant proches des préoccupations de leurs lecteurs...

Métier journaliste

Anacolor ou l’anguille sous roche

«Ça n’est pas normal, ça. Il y a un grave problème, c’est scandaleux. Et on nous sert toujours les mêmes discours rassurants, mais il n’y a rien qui se fait !»

En ce qui me concerne, l’histoire d’Anacolor, cette usine de peinture située juste sous le tracel de Cap-Rouge, a commencé comme bien d’autres. Un citoyen me contacte pour m’alerter sur une situation. Je fais des vérifications. Parfois (assez souvent, même), il s’avère simplement que le citoyen n’avait pas toutes les informations en main, soit parce qu’il n’a pas eu le temps d’en chercher plus, soit parce que les autorités ne les livrent que par bribes — ce qui finit souvent par se retourner contre elles, mais c’est une autre question.

Or parfois, la proverbiale « anguille sous roche » existe bel et bien. L’usine d’Anacolor était active à Cap-Rouge depuis une quarantaine d’années mais, en 2012, elle avait beaucoup augmenté sa production. Tout le voisinage avait alors commencé à sentir régulièrement des odeurs de peinture, parfois très fortes. En 2013, à la suite de plaintes, la compagnie avait fait des travaux sur ses cheminées et accepté de changer certains des produits qu’elle utilise. Le ministère de l’Environnement avait alors considéré le dossier comme réglé.

Mais, en 2016, un citoyen qui envoyait sa fille à l’école Marguerite-d’Youville, juste à côté, m’a dit que les odeurs persistaient encore. J’ai alors demandé à l’Environnement de m’envoyer une copie de toutes les plaintes reçues au cours des dernières années et d’éventuelles correspondances avec la Santé publique à ce propos. Résultats : pour environ la première moitié de 2016, pas moins de 36 plaintes pour odeur avaient été logées. Sans compter des dizaines d’autres dans les trois années précédentes, alors que le problème était théoriquement « réglé » !

Pour m’assurer que ce ne sont pas toujours les mêmes quelques personnes qui se plaignent pour une chose qui ne dérange qu’elles, j’appelle des citoyens qui vivent autour de l’usine, au hasard. Même constat : certains ne trouvent pas les odeurs incommodantes, mais plusieurs autres me sortent des « ça pue » et des « des fois, ça me donne mal à la tête ».

Sans compter que la Santé publique commençait elle aussi à s’inquiéter et qu’elle l’avait signifié à l’Environnement dans une lettre, en 2015. Alors on publie : Le Soleil a sorti cette histoire le 5 juin 2016.

Peu de temps après, je mets la main sur un autre document de la Santé publique, datant de mars 2016, dans lequel une médecin confirme que le problème est réel : les concentrations de solvants dans le quartier ne sont pas toxiques, mais elles sont suffisantes pour engendrer des symptômes comme des nausées et des maux de tête.

Tous les citoyens du secteur à qui j’ai parlé m’ont dit la même chose : ces articles ont vraiment contribué à faire bouger les choses. À partir du moment où l’affaire est atterrie dans la sphère publique, tous les intervenants ont soudainement montré plus d’écoute et l’inertie a fait place à une volonté d’agir, disent-ils, tant au gouvernement que chez Anacolor.

De fait, après quelques autres rebondissements, l’entreprise a accepté en juillet 2018 de déménager ses activités dans le parc industriel de Saint-Lambert-de-Lauzon.

Aux dernières nouvelles, il restait encore une histoire de servitude à régler, mais l’entreprise a jusqu’à la fin de ce mois-ci pour compléter son déménagement.

Métier journaliste

Le plus beau métier du monde

Il y en a qui pratique le plus vieux métier du monde, moi c’est le plus beau métier du monde qui a habité 44 ans de ma vie, dont un peu plus d’une quarantaine au Soleil. Et, même à la retraite, je suis encore habité profondément par ce métier à qui j’ai tout donné et, surtout, qui m’a tellement apporté.

Et comme on le dit dans le jargon de la presse, «on sort le gars du journalisme, mais on ne sort pas le journaliste du gars.» Journaliste un jour, journaliste toujours. 

Ce métier m’a permis de vivre de grands bonheurs et de grandes émotions, parfois même teintés d’humour et de cocasseries. 

Pendant mes 10 années comme chef de pupitre, j’ai vécu de grandes tragédies, des drames humains qui vous marquent pour la vie. Voici quelques exemples sur lesquels je n’élaborerai pas, d’autres confrères y toucheront peut-être: la tuerie de Polytechnique, la tragédie des Éboulements – dont la couverture a valu au Soleil le Grand prix du journalisme canadien – , le tremblement de terre de San Francisco, la crise du verglas, le déluge au Saguenay et j’en oublie quelques-uns. 

Une grande partie de ma carrière a été consacrée d’abord, brièvement comme chroniqueur radio-télé, et surtout chroniqueur de spectacles. Ça été une des plus belles périodes de ma vie, essoufflante, épuisante, mais combien enrichissante au contact de tous ces créateurs. 

Les journées de travail étaient folles, souvent une entrevue le matin, une autre l’après-midi et enfin la couverture d’un spectacle en soirée. Le Festival d’été de Québec fait partie de mes plus précieux souvenirs. C’était dix jours de pur bonheur chaque année. On retrouvait sur chacune des scènes des artistes de tous les coins du globe qui venaient tâter le public de Québec pour ensuite mieux revenir quelques mois pour une tournée de la province. 

Bécaud, Leclerc et les autres 

Lors d’une entrevue avec Gilbert Bécaud à huit heures le matin dans un hôtel de Sainte-Foy, d’entrée de jeux Monsieur 100 000 volts me dit: «vous savez, c’est encore la nuit.» Ce même Bécaud, un soir après son spectacle dans sa loge, me reçoit en bobettes et me raconte, sans plus de détails que le lendemain il serait à New York. Un de ses musiciens m’a raconté plus tard qu’il se rendait au chevet de son fils Pilou à qui on devait enlever une tumeur au cerveau. J’avais promis de ne rien publier. 

Métier journaliste

Une «simple» facture

J’ai payé la facture comme des centaines, des milliers de personnes avant moi, pour une attelle installée pendant une chirurgie, en avril 2017. Pas un gros montant, 29,50 $.

La patiente a payé, mais la journaliste – qui n’est jamais bien loin… – s’est demandé pourquoi la patiente avait à payer pour quelque chose qui était essentiel pour maintenir le bras en place après la chirurgie, surtout que le gouvernement avait aboli six mois plus tôt les frais accessoires dans toutes les cliniques du Québec. Et les hôpitaux, eux ? 

Ils contrevenaient à la loi. Je l’ai appris en faisant ce que je fais dans la vie, en appelant un peu partout pour avoir des réponses à mes questions, à la RAMQ, au CIUSSS, au ministère de la Santé, en insistant, en rappelant quand je réalisais qu’on essayait de me rouler dans la farine.

Ça a pris du temps, mais j’ai eu des réponses

Et j’ai poussé mes recherches plus loin, à l’ensemble de la province, pour savoir si d’autres hôpitaux que ceux de Québec contrevenaient à la loi, si d’autres Québécois payaient injustement pour des articles qui devaient être fournis. Le ministère ne le savait pas, on ne savait pas comment était appliquée la loi. 

J’ai trouvé une vingtaine d’hôpitaux qui refilaient la facture aux patients, certains depuis 2014, d’autres depuis «toujours». Dans les Laurentides, m’avait expliqué la porte-parole du CISSS, «la gratuité […] était appliquée de façon variable entre nos différents centres hospitaliers, en raison d’interprétations différentes de la loi». On nageait en pleine confusion.

Métier journaliste

Richard et moi

«Richard Nixon a été aperçu dans le train entre Montréal et Québec. Il loge au Château Frontenac. Va essayer de lui parler.» Mon rédacteur en chef aurait-il oublié que mon «beat», c’est les incendies, la tôle froissée et les bandits ?

Interviewer Richard Nixon? Ce soir? Lui parler de quoi? Pis, le Watergate? La guerre du Vietnam, ça devait vous stresser? Pas de Google à consulter, en 1990. Pas de cellulaire pour demander conseil à un collègue avant de sauter dans un taxi. 

Découragement. Excitation. Rêve. Le rêve américain, oui, celui de devenir la Walter Kronkite de Québec, la petite journaliste qui obtiendrait une entrevue exclusive avec le 37e président des États-Unis. 

OK. Me voici au Château, devant la porte intérieure du restaurant Le Champlain. Je le repère aussitôt, de dos, en train de manger avec trois hommes, ses gardes du corps, de toute évidence. 

«Bonsoir, je suis journaliste au Soleil et j’aimerais poser quelques questions à M. Nixon.» Sans surprise, le maître d’hôtel refuse. Mais... 

Usant le tapis entre l’entrée principale du Champlain et un banc du corridor principal, je mesure le sens de l’expression «faire le pied de grue». Ma proie républicaine est à 50 mètres. S’il fallait qu’elle file par l’autre porte, au fond du resto! 

Le stress s’amplifie avec l’irruption du photographe Patrice Laroche. Il trimballe un attirail de soir de guerre, ainsi que le message implicite de mon patron: ma fille, on a tué la une de demain pour Richard Nixon. 

C’est vendredi soir, les gens ordinaires soupent et relaxent en buvant du vin. Moi, je piste un président américain et je n’ai encore aucune question à lui poser. 

Deux heures s’écoulent. Je ne cligne pas des yeux. Il fait froid en octobre. Il n’y a que Patrice et moi dans l’allée du Château. On ne parle pas. Je réfléchis. En état d’hypervigilance, on attend. Il ne se passe rien. Mais... 

Soudain, du mouvement. Le maître d’hôtel. Son regard balaie le corridor. Il me trouve, me fixe, puis tourne les talons. Une communication silencieuse de deux secondes. 

«Viens-t’en Patrice, il va sortir.» Le temps de nous ruer vers le resto, Richard Nixon se tient devant nous comme une apparition, souriant. Ça dure moins d’une minute. Des banalités. Un beau souvenir de la ville qu’il avait visitée avec sa femme 45 ans auparavant. L’envie d’y revenir, de prendre le funiculaire. 

Les gardes du corps nous repoussent aimablement. Le président serre quelques mains. L’ascenseur arrive. Ils disparaissent. On n’abordera ni le Watergate ni le Vietnam. 

Il a été mon plus célèbre interviewé. Mais cette entrevue fut ma plus courte à vie: une question. Nixon est mort quatre ans plus tard, à 81 ans. Et moi, je me pavane encore avec cette photo.

Métier journaliste

Battre la rouille

Il y a des sujets importants qui dorment dans des tiroirs, d’autres que l’on voit tous les jours sans y prêter attention. Le pont de Québec, emblème de la capitale nationale, entrait dans les deux catégories avant que Le Soleil ne lui consacre les manchettes qu’il mérite.

C’était en 2013. Le Soleil ramenait à l’avant-plan médiatique une étude dans laquelle des ingénieurs spécialisés de Delcan concluaient que le pont rouillé était en bonne condition générale, mais n’allait «pas le demeurer si aucune action n’est prise pour arrêter la détérioration constatée». La même firme de génie-conseil avait recommandé un nouveau pont Champlain pour Montréal: il a été inauguré cet été. 

Les pinceaux ne sont pas sortis à Québec mais, à tout le moins, les citoyens gardent l’œil ouvert et n’ont de cesse de réclamer la restauration du vieux pont, lien inter-rives essentiel et chef-d’œuvre architectural reconnu dans le monde entier. 

Depuis six ans, Le Soleil a battu la cadence dans ce dossier. Il a suivi le procès civil — perdu — du gouvernement fédéral contre le CN, propriétaire du pont de Québec, pour la dernière peinture inachevée. Il a exposé les dessous de l’entente pour l’utilisation et l’entretien du tablier par le gouvernement du Québec. 

Il y a eu les évaluations des coûts de peinture: 200 millions $ d’abord, puis le choc d’une facture potentielle de 400 millions $ révélée et confirmée dans ces pages. 

Métier journaliste

La chute de Clotaire Rapaille

Il avait été engagé comme le «king du marketing». Il s’est révélé le roi du n’importe quoi. En 2010, Clotaire Rapaille devait refaire l’image de la ville de Québec. Au final, c’est la sienne que l’aventure chez nous a démolie.

Farfelue : pas d’autres mots pour qualifier la bio que le Français s’était inventée pour nourrir sa réputation. Un travail de pro, qui a confondu tout le monde, jusqu’à ce qu’un journaliste du Soleil décide de faire quelques vérifications supplémentaires… 

En surface, difficile de blâmer les clients du gourou. Le parcours en imposait. Il avait travaillé avec de grandes marques mondiales. Un de ses bouquins était devenu une référence en publicité. Il avait même conseillé le président Pompidou! 

Sauf que… 

Cette biographie, reprise dans tous les portraits publiés au fil du temps, est un festival de l’approximation et de l’omission volontaire. 

Rapaille n’a que lui-même à blâmer pour sa chute. La suspicion a commencé par la faute qu’il a commise en conférence de presse dans la capitale. Questionné sur son premier contact avec le Québec, il a évoqué son enfance bercée par les chansons de Félix Leclerc que lui chantait sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Belle histoire, à un détail près: Félix n’a commencé à enregistrer qu’en… 1950! 

Infoman souligne l’«erreur» dans un reportage qui soulève une autre contradiction de Rapaille sur le Débarquement en Normandie… Québec défend son expert, plaidant la mémoire défaillante. «Ça n’enlève rien à la crédibilité de la personne», assure-t-on. 

Une source contacte alors Pierre-André Normandin au Soleil et l’invite à vérifier une autre prétention de Rapaille, soit que son livre La communication créatrice est une référence publicitaire en France… Vérification faite: les directeurs des écoles de pub interrogés ignoraient l’existence de la plaquette de 111 pages ! En fait, Pierre-André a trouvé trace du bouquin dans une seule bibliothèque en France, à Nice… 

Pendant 10 jours, le journaliste se met à vérifier tous les détails de la bio. C’est ainsi qu’il découvre que, selon le contexte, il ne revendique pas le même doctorat (anthropologie médicale ou psychologie sociale). Il découvre aussi que Rapaille n’a pas travaillé à refaire l’image de villes comme Dubaï, Singapour ou Venise. Pire: comment peut-il déclarer avoir travaillé pour le gouvernement français de Pompidou alors que ce dernier est décédé en 1974, et que sa compagnie a été créée en… 1976. 

Rapaille est à Québec quand les contradictions s’accumulent. Pierre-André décroche une entrevue au Château Frontenac où il loge, juste avant son départ vers l’aéroport. Extrait du texte: 

Clotaire Rapaille a accepté de répondre pendant près d’une heure aux questions du Soleil sans jamais s’offusquer des contradictions soulevées. «Je suis très surpris que vous ayez pu trouver ces bouquins et fait tout ce travail », a-t-il simplement laissé tomber à quelques reprises durant la rencontre. 

Le résultat de l’enquête a fait la Une du samedi 27 mars 2010 et devient vite une nouvelle nationale. Régis Labeaume n’a plus le choix: il annonce la résiliation de son contrat le lundi suivant. 

Le magazine parisien L’Obs résume l’affaire quelques jours plus tard: «Clotaire Rapaille: la chute d’un bullshitter français en Amérique».

Métier journaliste

Fini la prison pour les itinérants

«Valérie Brière est en prison», m’a dit ma source. J’avais interviewé Mme Brière une semaine plus tôt pour un dossier sur les contraventions chez les itinérants. Et voilà que j’apprenais que cette mère monoparentale avait été condamnée à 101 jours de détention pour 2120,88$ d’amendes impayées.

Je savais que Québec emprisonnait encore des itinérants pour des dettes de contraventions, même si des villes comme Montréal et Val d’Or avaient cessé cette pratique depuis de nombreuses années. Mais là, un cas réel venait de se produire et il fallait le raconter. 

Mon reportage sur l’emprisonnement de Valérie Brière a été publié en Une du Soleil le 1er juin 2018. Le maire Régis Labeaume a d’abord défendu la détention de Mme Brière, qui avait reçu des tickets pour avoir mendié, fait du squeegee, avoir uriné dans un endroit public et avoir flâné.

Mais en dehors de l’hôtel de ville, la colère montait. Des citoyens ont offert des milliers de dollars pour faire libérer Valérie Brière et des organismes communautaires ont dénoncé les ratés du programme de justice alternative à la cour municipale de la Ville de Québec, auquel Mme Brière était inscrite.

Puis, un juge de la Cour supérieure a libéré Valérie Brière, affirmant que l’incarcération pour non-paiement d’amende «ressemble quasiment au Moyen-Âge».

Cinq mois après la diffusion du reportage, la Ville annonçait qu’elle cessait l’emprisonnement des personnes qui ont été en situation d’itinérance ou confrontées à des problèmes de santé mentale. Elle se lançait aussi dans une réflexion, avec son service de police, sur l’application du Règlement sur la paix et le bon ordre.

«Le cas de Mme Valérie Brière, c’est devenu une sorte de symbole», a dit le maire Labeaume. «Je regrette de ne pas avoir eu plus d’empathie lorsque l’histoire a été révélée.»