Une ingénieure d’EXP travaillant à l’inspection du nouveau pont Champlain.

Des besoins criants chez Bombardier Transport et EXP

MATANE — Pendant que l’actualité fait davantage état des suppressions d’emplois chez Bombardier Transport, la multinationale, avec ses nombreux projets de mobilité à travers le monde, a pourtant plus que jamais besoin de relève et de main-d’oeuvre. Chez EXP, une firme d’ingénierie qui compte plus de 1 000 employés dans 25 bureaux du Québec, les besoins sont tout aussi criants.

Selon le vice-président ingénierie pour la région des Amériques de Bombardier Transport, 2018 a été une année record en termes de nouveaux projets, tant au Canada qu’aux États-Unis et à l’international. «On a des postes ouverts partout», souligne Michael Long.

«2019 s’annonce pour être encore plus grande que 2018, prévoit-il. On a une centaine de postes d’ingénieurs d’ouverts, que ce soit dans l’ingénierie mécanique ou industriel, mais surtout électrique et informatique. On a un grand besoin pour subvenir aux prochains projets de 2019. On a à peu près pour 40 milliards$ de projets en mobilité qui s’en viennent dans les cinq prochaines années. Actuellement, on a environ 500 projets actifs dans 200 villes. Alors, on a besoin de plus d’ingénieurs qu’auparavant. Chez Bombardier Transport, il y a une très forte croissance. Le marché est très évolutif.»

Michael Long, vice-président ingénierie pour la région des Amériques de Bombardier Transport.

Parmi les projets de transport en commun de l’entreprise, notons la conception de terminaux d’aéroports, de trains légers, de métros et de trains de banlieue. Bombardier Transport, dont le siège social est situé à Saint-Bruno, est un centre d’expertise mondial en ingénierie qui fabrique des trains autant pour Riad, Kuala Lumpur, Vancouver que New York. 

«Chez Bombardier, on a créé le premier train sans chauffeur en 1986, souligne M. Long. Il est à Vancouver et encore en service.» D’ailleurs, tous les trains de Vancouver sont sans conducteur, 100% automatisés. «Chaque train a entre 20 et 30 ordinateurs et 3 km de filage, énumère l’ingénieur mécanique. C’est d’un niveau de complexité aussi avancé qu’un avion.»

Cette année, EXP prévoit engager une centaine d’ingénieurs dans presque tous les domaines: génie mécanique, électrique, en transport, en infrastructures, en structures... 

«Notre carnet de travail et nos contrats d’affaire ont augmenté beaucoup, indique le premier vice-président bâtiment et industrie, Dominique Nadeau. Par exemple, en mécanique de bâtiment, notre carnet de travail a augmenté de 80% en trois mois. Notre développement des affaires fonctionne très bien. Donc, on a besoin de gens! On veut créer de la croissance.»

Dominique Nadeau, premier vice-président bâtiment et industrie chez EXP.

EXP a obtenu d’importants contrats, dont notamment pour la ligne bleue du métro de Montréal et le prolongement de l’autoroute 19 à Laval. «Ce sont des mandats majeurs qui nécessitent beaucoup de gens», mentionne l’ingénieur civil spécialisé en structures.

Zone Ingénierie

Ordre des ingénieurs du Québec: plus de place pour les femmes et les immigrants

La profession d’ingénieur connaît de grands changements et s’adapte aux réalités d’aujourd’hui. La relève, l’offensive pour attirer des femmes et la rareté de la main-d’œuvre constituent quelques-uns des défis de l’heure dans le secteur de l’ingénierie. Le Groupe Capitales Médias aborde quelques-uns de ces aspects à l’aube du mois de l’ingénierie et à la veille de l’année marquant le centenaire de la création de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

MATANE — Parmi les différentes actions projetées, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) se donne deux grands défis: attirer plus de femmes dans la profession et faciliter l’accès des immigrants à la pratique.

«La relève est un aspect qui nous préoccupe beaucoup», indique la présidente de l’Ordre, Kathy Baig. L’organisme mènera d’ailleurs une campagne auprès des étudiants. Cette initiative visera aussi à attirer plus de femmes dans la profession, qui ne compte que pour 15% des 66 000 membres de l’Ordre, dont les disciplines sont au nombre d’environ 45. «On est loin des 50% que d’autres professions peuvent avoir», est forcée d’admettre Mme Baig.

Ingénieurs Canada, qui regroupe tous les ordres professionnels en ingénierie du Canada, vise 30% de femmes dans les nouvelles inscriptions en 2030. «Toutes les provinces se sont inscrites dans ce mouvement-là afin d’atteindre la cible, mentionne la présidente de l’OIQ. Nous, au Québec, on est en train de mettre sur pied un projet d’ambassadrices. Un des moments-clés où on peut avoir un impact, c’est au secondaire, surtout en secondaire 3.»

Des ingénieurs bénévoles font déjà de la promotion dans les écoles secondaires pour parler de leur profession. Cependant, 90% d’entre eux sont des hommes. Or, l’Ordre veut plus de femmes bénévoles. «Les ambassadrices vont se déployer à travers le Québec pour aller rencontrer les étudiantes, espère Kathy Baig. On va leur fournir une trousse avec des activités à faire en classe pour que les étudiantes puissent mieux comprendre ce qu’est le génie.»

Zone Ingénierie

L’énergie éolienne et l’ingénierie vont de pair

MATANE — «L’ingénierie se retrouve dans beaucoup de facettes de l’industrie éolienne», indique Cédric Arbez, lui-même ingénieur chez Nergica à Gaspé. Les ingénieurs jouent un rôle crucial dès la planification d’un parc éolien jusqu’à sa réalisation, puis ensuite pour sa maintenance.

Les ingénieurs oeuvrent notamment aux opérations, à l’optimisation des équipements, à la maintenance, à la fabrication et à la réparation des composants, au positionnement des éoliennes, à la construction des chemins d’accès. Ils travaillent aussi à l’environnement, à la recherche et au développement, au changement de pales, à l’élaboration des plans et aux manœuvres d’opération de la grue.

Zone Ingénierie

Christian Dubé, sommité internationale en compatibilité électromagnétique

MATANE — Certains se souviendront, à une certaine époque, de l’aspirateur qui générait de la neige dans le téléviseur ou, plus récemment, du four à micro-ondes qui coupe le système Wi-Fi des utilisateurs de Google Home. Ces phénomènes sont causés par des interférences électromagnétiques. Dans le domaine du transport sur rail, c’est beaucoup plus complexe. Par conséquent, Bombardier Transport peut compter sur Christian Dubé, un expert reconnu mondialement pour sa spécialité en compatibilité électromagnétique.

L’expert doit tenir compte de plusieurs aspects : la compatibilité entre l’opération du véhicule et les opérations sur la voie ferrée, la juxtaposition des antennes, les équipements radio et électroniques qui sont à bord, la mise à la terre pour la sécurité électrique, les normes internationales. «Pour chaque train, la partie de la compatibilité électromagnétique prend de trois à neuf mois d’essais en usine et ensuite sur des pistes d’essais à différentes vitesses, décrit M. Dubé, qui est chef des projets d’ingénierie pour la région des Amériques chez Bombardier Transport. On teste aussi sur le réseau ferré du client.»

La compatibilité électromagnétique est une spécialité à part entière où l’on retrouve très peu de gens. «C’est une expertise pour laquelle il manque de gens chez Bombardier, constate l’ingénieur physique et électrique. Lorsque j’étais responsable de l’électromagnétisme chez Bombardier, il y a une dizaine d’années, en France, nous étions une trentaine dans le monde. Aujourd’hui, il en reste moins d’une dizaine, dont trois qui sont encore très impliqués. Une fois qu’on est expert, on est expert à vie!»

Christian Dubé a dirigé des équipes d’ingénieurs pour Bombardier en France pendant 11 ans. Il a travaillé sur le fameux projet appelé «Nouvelle Automotrice Transilien» (NAT). «C’est un véhicule qui roule sur Paris et qui, à mon avis, est le plus beau véhicule ferroviaire qui n’a jamais existé, croit-il. Il a toutes les plus hautes technologies qu’on retrouve dans le domaine ferroviaire.»

Titulaire d’un baccalauréat en génie physique de l’Université Laval obtenu en 1977, M. Dubé a ensuite intégré les rangs de la marine canadienne. Simultanément, il a complété une maîtrise en génie électrique du Technical University of Nova Scotia à Halifax. Il a quitté les Forces armées canadiennes en 1982 pour travailler chez Bombardier Transport l’année suivante. De 1991 à 2008, il était l’un des seuls experts dans sa spécialité en Amérique. Il a notamment été appelé sur des projets en Turquie, à Pékin, à Séoul, à Kuala Lumpur, aux États-Unis et à Vancouver. 

Aujourd’hui, Christian Dubé est le chef de trois grandes équipes qui œuvrent sur trois contrats différents pour un même client. Il dirige de 60 à 70 personnes. «Je vais finir ma carrière avec le projet de tramway de Toronto, le fameux Metrolinx, qui est plein de défis et de nouvelles technologies», s’enthousiasme l’expert.  

Zone Ingénierie

En route vers le centenaire

MATANE — Fondé le 14 février 1920, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) prépare activement les célébrations de son 100e anniversaire.

«Je souhaite, avec les cent ans, mieux faire connaître la profession, explique la présidente, Kathy Baig. Il y a un appel lancé auprès des ingénieurs. On leur demande de nous soumettre des projets sur lesquels ils vont travailler. Ça peut être de grands ou de petits projets qui ont un impact sur la société, la vie des gens, l’environnement. On veut pouvoir se nourrir de ces exemples concrets pour mieux les faire connaître et mieux faire connaître leur travail et leurs réalisations.» Les membres de l’OIQ ont jusqu’au 15 mars pour soumettre leurs réalisations.