Marie-Renée Lavoie

Grande première pour Marie-Renée Lavoie

«Les chars meurent aussi», de Marie-Renée Lavoie, a été choisi par Québec pour le projet «Une ville, un livre» du réseau des villes littéraires de l’UNESCO. Un livre qui raconte et estompe les clivages entre la Haute-Ville et la Basse-Ville. Un livre francophone avec l’accent d’Amérique reconnu par l’UNESCO.

Québec peut se péter les bretelles. Elle est la première ville francophone à entrer dans le club des villes littéraires de l’UNESCO, devant Paris, siège de l’Académie française, capitale du bien-parler et de la langue française. 

«C’est un grand honneur pour moi, d’autant plus que j’utilise beaucoup de québécismes dans le livre», a souligné Marie-Renée Lavoie. «C’est une ouverture fabuleuse pour se faire entendre, se faire reconnaître. On se fait souvent taper sur la tête pour se fondre sur le modèle français et là tout d’un coup on nous dit “vous avez la meilleure candidature”. Et de choisir mon livre qui a une couleur très québécoise. Ça démontre que cette langue-là a le droit d’exister. Elle s’est transformée avec le temps et elle a pris ses propres couleurs.»

Mme Lavoie n’était pas au courant de l’activité «Une ville, un livre» et du vote des libraires et des bibliothécaires pour choisir le livre de la première édition. Elle l’a appris par Dominique Lemieux, directeur de la Maison de la littérature, qui l’a appelé pour lui annoncer la bonne nouvelle. «C’était une surprise. Je ne savais pas que ça existait. L’an prochain, les gens du milieu vont porter un intérêt un peu plus grand, je pense. J’image que les éditeurs vont porter des candidatures pour leurs écrivains.»

La reconnaissance de l’UNESCO n’est pas due au hasard. Québec a beaucoup travaillé et a investi dans la littérature avec la création de la Maison de la littérature. «Québec adore la littérature, a investi en littérature et y croit. C’est quelque chose qui va aller encore plus loin grâce au réseau. Les auteurs de Québec vont s’inscrire dans le patrimoine littéraire. Ça témoigne d’un dynamisme extraordinaire de la ville cette reconnaissance», estime l’autrice.

Selon Mme Lavoie, les auteurs québécois ne doivent pas mettre de côté la langue parlée de peur de ne pas être traduits. «Au début, on me disait que je ne pourrais pas être traduite à cause du langage québécois parlé. Mais c’est faux, dans le monde entier ce langage existe et les couleurs différentes se traduisent très bien. Le parler de toutes les langues est un peu différent de l’écrit et ça doit exister», insiste-t-elle. 

Pour Mme Lavoie, cette activité va créer une effervescence pour la lecture dans toute la ville. «On va former un club littéraire. Ça peut sembler gros, mais j’espère que les gens vont lire le livre et vont échanger par la suite», espère-t-elle. 

«Comme l’histoire se déroule en Basse-Ville avec des gens très ordinaires, le livre devrait susciter l’intérêt des gens qui ne l’auraient peut-être pas lu autrement. Ça va permettre aussi de jeter un œil différent sur ce quartier populaire qui jette les yeux sur la Haute-Ville de l’époque», poursuit-elle.

De la basse à la haute ville

La Basse-Ville des années 90

Le livre raconte l’histoire de Laurie dans les années 1990, en Basse-Ville. C’est une jeune adulte qui va au Cégep. Elle va découvrir le clivage qui existe entre la Basse-Ville et la Haute-Ville. «J’étais jeune adulte à cette époque et je sentais ce clivage. Aujourd’hui, les jeunes, ça les fait rire la Haute-Ville et la Basse-Ville parce qu’ils ne voient plus vraiment les différences, même si elles existent», raconte Marie-Renée Lavoie.

L’héroïne va porter un regard un peu plus dur et essayer de se détacher pour aller en Haute-Ville. Elle a des préjugés de son propre milieu social. En achetant une voiture, elle va avoir l’impression de gagner une liberté pour aller voir autre chose. À l’époque, on se définissait beaucoup avec une voiture, c’est moins le cas maintenant, surtout au centre-ville.

«C’est une quête identitaire. Elle va tomber en amour avec un gars de la Haute-Ville et ça va lui permettre de faire la paix avec son monde. Sa mère lit beaucoup de livre et lui a transmis sa passion, elle s'échappe à travers la lecture», résume-t-elle.

Originaire de Limoilou, l’autrice a quitté Québec pendant quelques années. Elle a travaillé entre autres à Montréal. À son retour, elle est retournée s’installer dans Limoilou. Un retour aux racines, mais avec une façon de vivre qui n’a plus rien à voir avec sa jeunesse. «On revient avec une demande, on veut plus de produits fins. Les parents n’envoient pas forcément leurs enfants dans les écoles du quartier. S’ils ont de l’argent, ils vont les envoyer dans des écoles privées», fait-elle valoir.

Malgré tout, Limoilou reste un quartier populaire avec un folklore qui lui est propre, selon Mme Lavoie. «Il y a mouvement avec les livres sur les chats, les gens vont accrocher la pancarte J’aime ma ruelle, porter le chandail avec le loup de Limoilou, mettre les lames de patins sur les balcons.»

Il est possible de se procurer «Les chars meurent aussi» dans les bibliothèques de la Ville et dans les librairies.