Le recrutement dans les programmes collégiaux de soins infirmiers était généralement à la baisse dans les dernières années.
Le recrutement dans les programmes collégiaux de soins infirmiers était généralement à la baisse dans les dernières années.

Des «anges» qui voudront faire respecter leurs limites

Le recrutement dans les programmes collégiaux de soins infirmiers était généralement à la baisse dans les dernières années. Comment le système d’éducation arrivera-t-il à renverser la tendance à l’ère de la COVID-19 et du traumatisme collectif que la maladie aura laissé sur son passage?

Pour l’instant, la question demeure entière, mais une chose apparaît maintenant évidente, «le réseau de la santé devra tenir compte des attentes de la nouvelle génération de soignants, il n’a tout simplement plus le choix», affirme Hélène Simard, coordonnatrice du programme de soins infirmiers au Cégep de l’Outaouais.

Travailler de longues heures qui empiètent sur la famille et la qualité de vie. Avoir des conditions de travail difficiles. Gagner honnêtement un salaire qui pourrait être bien plus élevé considérant la tâche à accomplir jour après jour. Ceux qui faisaient le choix d’une profession en soins infirmiers savaient qu’ils allaient devoir se plier à tout ça. Cela explique peut-être en partie pourquoi les demandes d’admission dans les programmes collégiaux de soins infirmiers sont à la baisse depuis quelques années.

Au Cégep de l’Outaouais, cette année, les demandes d’admission en soins infirmiers atteignent tout juste le nombre de places disponibles dans le programme, soit 120 étudiants. Dans le passé, le nombre de demandes tournait plus autour de 175 par année, ce qui permettait un contingentement plus serré.

«C’est difficile de dire comment la pandémie va agir sur l’attrait pour les soins infirmiers, explique Mme Simard. On observe beaucoup de sympathie pour les gens qui exercent cette profession depuis le début de la crise. Les gens s’aperçoivent à quel point les infirmières sont importantes et au cœur du système de santé. Mais on n’est pas que des anges. On est des professionnelles. C’est vrai que c’est une question de cœur et de vocation, mais ce n’est pas que ça.»

Le travail en soins infirmiers «c’est une question de cœur et de vocation, mais ce n’est pas que ça», affirme la coordonnatrice du programme de soins infirmiers au Cégep de l’Outaouais, Hélène Simard.

Évidemment, une amélioration des conditions salariales ne nuirait pas à attirer de la relève, note Mme Simard. C’est même devenu essentiel de le faire dans le contexte actuel, dit-elle. «Mais il faudra revoir les conditions de travail, ajoute l’enseignante. De voir ce qui se passe dans les CHSLD, de voir une seule infirmière pour s’occuper de 90 patients la nuit, ce n’est pas nouveau, c’est juste que ça nous éclate au visage. Personne ne souhaite travailler dans de telles conditions.»

La nouvelle génération de soignants encore moins que les précédentes, insiste, Mme Simard. «Ma génération d’infirmières a accepté de plier, de faire des tâches qui n’étaient pas les siennes, de faire du temps supplémentaire tout le temps, mentionne-t-elle. Les jeunes, aujourd’hui, ils ont appris à mettre des limites. Ils savent où ça doit commencer, mais aussi où ça doit arrêter. Ils n’hésitent pas à remettre les responsabilités dans les mains de la bonne personne. Et surtout, ils connaissent leurs limites et s’assurent de les faire respecter.»

L’organisation du temps de ceux et celles qui prendront la relève dans les hôpitaux ne tournera plus uniquement autour du travail, avertit Mme Simard. «Les jeunes veulent une qualité de vie et s’attendent à ce que cette demande soit respectée, dit-elle. Je leur lève mon chapeau parce qu’on peut y laisser sa peau si on va au-delà de nos capacités. Ils veulent organiser leur travail en fonction de leur vie personnelle et familiale. Le réseau de la santé n’a plus le choix de tenir compte de ça s’il veut une relève nombreuse.»