Traitement contre le cancer: l’insomnie précariserait le système immunitaire

L’insomnie se combinerait à la chimiothérapie pour fragiliser le système immunitaire pendant la phase de traitement
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Les petits soucis de la vie quotidienne vous empêchent de fermer l'œil? Imaginez ce que seraient vos nuits si vous aviez reçu un diagnostic de cancer et que plusieurs semaines de traitement vous attendaient. Et pourtant, un sommeil de qualité est grandement bénéfique aux personnes qui se retrouvent en pareille situation. Un nouvel élément de preuve à cet effet vient d'être apporté par des chercheurs de l'Université Laval qui publient une étude sur la question dans la revue Health Psychology. Leurs travaux suggèrent que le fait de souffrir d'insomnie avant le début de la période de chimiothérapie fragiliserait le système immunitaire et augmenterait le risque de contracter des infections pendant les semaines qui suivent.

Pour faire cette démonstration, l'équipe dirigée par Josée Savard, de l'École de psychologie et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, a recruté 52 femmes souffrant d'un cancer du sein ou de l'utérus. Les chercheurs ont rencontré les participantes à 8 reprises avant, pendant et après la période de chimiothérapie. À chaque occasion, ces femmes devaient remplir des questionnaires sur la qualité de leur sommeil et sur les infections de toute nature qu'elles avaient eues depuis leur dernière rencontre. Elles devaient aussi fournir un échantillon de sang servant à évaluer l'état de leur système immunitaire.

À partir des réponses fournies lors de la première rencontre, les participantes ont été subdivisées en trois groupes: le premier, les bonnes dormeuses (44%), le second, les personnes affichant des symptômes sous-cliniques d’insomnie (37%), et le troisième, les personnes souffrant d'insomnie chronique (19%). «Notre hypothèse était que le système immunitaire des femmes du groupe 3 allait montrer davantage d'altérations pendant et après la phase de chimiothérapie que celui des femmes du groupe 2 et 1», explique Josée Savard.

Les analyses effectuées par les chercheurs confirment en partie leurs prédictions. Les bonnes dormeuses sont celles dont le décompte de cellules immunitaires est demeuré le plus stable au fil des semaines. Par ailleurs, à différents moments du suivi, les décomptes sanguins étaient plus bas chez les femmes du groupe insomnie que chez celles des deux autres groupes. Enfin, les chercheurs ont découvert qu’au terme de la période de chimiothérapie, le cumul des cas d'infection était proportionnellement plus élevé chez les femmes du groupe insomnie chronique que chez celles des deux autres groupes. Il s'agissait principalement d'infections respiratoires.

«Notre étude appuie en partie l'hypothèse voulant que l'insomnie potentialise l’effet des traitements de chimiothérapie sur le système immunitaire, favorisant ainsi le développement d’infections, résume la professeure Savard. Nos conclusions rappellent l'importance de dépister et de traiter les problèmes de sommeil chez les personnes atteintes de cancer.»

Dépister et traiter l'insomnie

Son équipe entreprendra sous peu l’implantation d’un programme d’intervention contre l'insomnie au CHU de Québec – Université Laval, à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et au Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches. L'intervention mise sur la thérapie cognitivo-comportementale contre l’insomnie mise au point par Charles Morin et ses collaborateurs à l’École de psychologie de l’Université Laval. «Elle sera adaptée aux réalités des personnes traitées pour un cancer, souligne Josée Savard. Nous espérons que l’intervention permettra d’améliorer la qualité de vie de ces personnes et de prévenir des complications évitables pendant la période de traitements.»

Cette étude est issue des travaux de doctorat de Sophie Ruel. Les autres signataires de l’article sont, à l'Université Laval, Hans Ivers, Marie-Hélène Savard, Aude Caplette-Gingras, Célyne Bastien, Charles Morin et Josée Savard (École de psychologie), Julie Lemieux, Louise Provencher et Félix Couture (Faculté de médecine),  et, à l'Université Concordia, Jean-Philippe Gouin.