Façade de l’église du Très-Saint-Sacrement, sur le chemin Sainte-Foy
Façade de l’église du Très-Saint-Sacrement, sur le chemin Sainte-Foy

L'épineuse question du patrimoine

Spécialiste du patrimoine, l'architecte Anne Vallières prône une meilleure connaissance des bâtiments d’intérêt
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Les temps sont durs pour le patrimoine au Québec. Chaque jour, ou presque, une maison centenaire ou une église tombe sous le pic des démolisseurs. Seulement à Québec ces dernières années, on peut penser à l’église Saint-François d’Assise, à la maison Pasquier, au Centre Durocher et à la maison Déry.

Pour Anne Vallières, chargée de cours à l’École d’architecture et architecte chez STGM, nous sommes à une époque unique dans l’histoire. Le phénomène de la démolition n’est pas nouveau, tempère-t-elle toutefois. «Après la Deuxième Guerre mondiale, des pans entiers de la ville ont été démolis, notamment à cause de l’arrivée de l’automobile. La démolition est une condition historique de la ville. Devant l’ampleur des moyens pour construire la ville moderne, une réaction d’envergure similaire s’est mise en place par rapport à la conservation. Maintenant, tout a une valeur patrimoniale, même des bâtiments plus récents, ce qui rend la question de la conservation très complexe.»

À l’École d’architecture, Anne Vallières donne des ateliers sur la préservation, la restauration et la transformation du patrimoine. Puisqu’on ne peut pas tout conserver, il est nécessaire, selon elle, de faire un inventaire complet du patrimoine pour mieux évaluer l’état et l’importance relative de chacun des bâtiments.


« Malheureusement, la démolition d’une église est souvent inévitable. On ne peut pas transformer toutes les églises en bibliothèques ou en salles de concert. Il y a déjà eu quelques projets d’habitations; cela donne rarement des résultats très convaincants. »
Anne Vallières
L’église du Très-Saint-Sacrement, sur le chemin Sainte-Foy. Le bâtiment, fermé au culte, est jugé dangereux. Un projet est en branle afin de le classer comme bien patrimonial.
L’ancien presbytère Saint-Joseph, dans le quartier Saint-Sauveur. Derrière se trouvait l’église ayant inspiré Roger Lemelin pour son roman <em>Les Plouffe</em>. Au grand dam de plusieurs, elle été démolie pour faire place à un immeuble de logements locatifs.

Anne Vallières insiste sur un point: avant de restaurer, il faut avoir un projet concret sur la table. Parmi les exemples à ne pas reproduire, elle cite l’église Saint-Cœur-de-Marie, sur la Grande Allée. Dans les années 1990, des fonds publics avaient été investis afin de renforcer le clocher, qui menaçait de tomber. Or, ce chantier avait été réalisé sans planification quant à l’avenir du lieu après sa désacralisation. Résultat, l’état de l’église s’est détérioré, forçant sa démolition l’été dernier.

Pour l’architecte, «il faut cesser d’aborder le patrimoine en regardant seulement ce qui disparaît et plutôt se demander comment on peut l’actualiser. Pour cela, il faut documenter l’état des bâtiments et imaginer comment leurs espaces peuvent être transformés de façon intelligente et intéressante, c’est-à-dire en mettant en valeur leurs qualités architecturales.»