L’outil pédagogique créé par Isabelle F.-Dufour et ses collaborateurs représentait, jusqu’à maintenant, de nombreux troubles mentaux sous forme de dessins statiques. À compter de l’automne, ces avatars seront animés et pourront bouger et parler.
L’outil pédagogique créé par Isabelle F.-Dufour et ses collaborateurs représentait, jusqu’à maintenant, de nombreux troubles mentaux sous forme de dessins statiques. À compter de l’automne, ces avatars seront animés et pourront bouger et parler.

De l’intervention en santé mentale à l’éthique en sciences et génie

Yvon Larose
Deux enseignants reçoivent chacun un Prix de la ministre en enseignement supérieur
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Isabelle F.-Dufour est professeure au Département des fondements et pratiques en éducation. Jean-François Sénéchal, lui, est chargé d’enseignement à la Faculté de philosophie. En juin dernier, chacun d’eux a reçu un Prix de la ministre en enseignement supérieur 2019-2020. Ces Prix récompensent des pédagogues du niveau collégial et du premier cycle universitaire pour leur engagement et leur inventivité. Isabelle F.-Dufour a créé un outil pédagogique adapté et novateur pour l’intervention en santé mentale. Elle a reçu pour cela le Prix de l’innovation numérique dans le volet Reconnaissance de l’excellence en enseignement. Jean-François Sénéchal, pour sa part, a mis en œuvre des stratégies d’enseignement efficaces pour son cours Éthique et professionnalisme, offert aux étudiants de sciences et de génie. Son prix fait partie de la catégorie Mode synchrone, hybride et comodal du volet Formation à distance.

«Avant de suivre le cours d’intervention en santé mentale, je n’étais pas sûre d’être à la bonne place. Je me demandais si, au bout de trois années d’études théoriques, j’allais aimer suffisamment la psychoéducation pour y faire carrière. Depuis que j’ai suivi le cours, j’ai réalisé que j’étais à ma place. Je continue.»

Ce commentaire, Isabelle F.-Dufour l’a entendu à maintes reprises de la part d’étudiantes du baccalauréat en psychoéducation à la fin du cours qu’elle donne en intervention en santé mentale. Ce cours a la particularité de s’appuyer sur des cas cliniques animés par des personnages virtuels.

«L’approche classique dans l’enseignement de cette discipline est de travailler sur des vignettes cliniques papier, ce qui reste très abstrait, explique-t-elle. L’outil que j’ai mis au point avec les services technopédagogiques de la Faculté des sciences de l’éducation consiste en huit avatars qui présentent quelques-uns des nombreux troubles mentaux répertoriés par le manuel de l’Association américaine de psychiatrie.»

Selon la professeure, un avatar rend concret l’enseignement de la matière. «À chaque clic, dit-elle, une émotion apparaît. L’avatar est assez vivant. C’est une excellente façon d’apprendre à intervenir en amenant la théorie dans la pratique. Ce moyen est vraiment adapté pour le développement de l’esprit critique des étudiantes. Après avoir lu la vignette clinique, l’étudiante propose une réponse. L’avatar apparaît dès après le clic sur la bonne réponse. Après avoir interagi avec lui, l’étudiante prépare son argumentaire en vue d’une discussion clinique à plusieurs.»

Cet outil pédagogique est évolutif. Jusqu’à présent, les avatars étaient présentés comme des dessins statiques capables de représenter toutes les émotions. «Un autre saut technologique est prévu cet automne, souligne Isabelle F.-Dufour. Nous voulons mettre les étudiants devant ce qui ressemble à la vraie vie, mais sans impact négatif. Les avatars seront animés par les étudiants du baccalauréat en art et science de l’animation et pourront bouger et parler.»

Le succès des avatars du cours d’intervention en santé mentale a attiré l’attention d’autres facultés du campus.

La Commission Charbonneau

Jean-François Sénéchal donne le cours Éthique et professionnalisme depuis une dizaine d’années aux étudiants de la Faculté des sciences et de génie. Il rappelle avoir commencé à enseigner ce cours dans un contexte particulier. «Les étudiants de génie, dit-il, n’aimaient pas beaucoup ce cours. Or, il y avait nécessité de leur donner. C’était l’époque, en 2011, où la Commission Charbonneau commençait à siéger. Il fallait rendre le cours attractif. J’ai adapté le contenu et j’ai développé toutes sortes de stratégies.»

Pour rappel, la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction était chargée, entre autres, de faire la lumière sur les stratagèmes de corruption et de collusion dans cette industrie. La Commission a remis son rapport en 2015.

«Un étudiant en génie qui connaît mal le monde du travail a tendance à idéaliser sa future profession, explique le chargé d’enseignement. Une fois sur le marché du travail, il découvre la réalité. Or, pour lui, il n’y a pas de problème éthique parce que sa conception est idéalisée. Mon rôle est de leur faire connaître la dureté du métier. Si, à la fin du cours, ils n’acceptent toujours pas l’existence de problèmes, ils auront au moins des outils pour leur permettre d’exercer leur profession de la façon la plus honnête possible.»

La création de la Commission Charbonneau fut un cadeau du ciel pour l’enseignant. Auparavant, il passait de longues heures en classe à expliquer les tenants et les aboutissants de l’éthique dans le domaine du génie. «Chaque jour, la Commission a fait entendre des ingénieurs déclarer avoir fraudé, détourné, mal agi, indique Jean-François Sénéchal. Je passe aux étudiants des extraits des audiences de la Commission et je leur demande ce qu’ils feraient s’ils étaient dans ce genre de situation. Je leur rappelle qu’il s’agissait d’ingénieurs comme eux, qui voulaient bien faire et qui se sont retrouvés dans un système de corruption et de collusion.»

Parmi les stratégies mises en place par le chargé d’enseignement, la remise de trophées s’avère particulièrement efficace. «À chaque étape, souligne-t-il, je remets une microrécompense afin de stimuler l’engagement des étudiants en classe. J’en remets à ceux qui vont le plus vite, qui ont les meilleures notes. Il y a aussi les trophées qui récompensent la collaboration, le soutien, l’entraide, la collégialité. Par exemple, un étudiant qui partage ses notes. Ces trophées influencent le comportement. Ils montrent que l’étudiant est autre chose qu’une machine à aller chercher des connaissances.»

Dans son cours, Jean-François Sénéchal puise abondamment dans la culture populaire, notamment les super héros de bandes dessinées ainsi qu’une télésérie à succès comme Game of Thrones. «Des personnages de Game of Thrones, soutient-il, vont dire la même chose que la doctrine utilitariste, laquelle a pour but d’agir en vue d’un bien-être collectif maximal. Ainsi, Jaime Lannister se définit comme un chevalier au service du roi, mais aussi comme quelqu’un qui cherche à faire le plus grand bien pour le plus grand nombre.»

Avant la Commission Charbonneau, Jean-François Sénéchal passait de longues heures en classe à expliquer les tenants et les aboutissants de l’éthique dans le domaine du génie. Depuis, ses étudiants voient et commentent des extraits des audiences montrant des ingénieurs qui voulaient bien faire et qui se sont retrouvés dans un système de corruption et de collusion.