À la rencontre des artistes de demain

Voyant leur traditionnelle exposition reportée en raison de la pandémie, les finissants du baccalauréat en arts visuels ont décidé d'exposer certaines œuvres sous forme de galerie sur le Web
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Il y a de ces rencontres où des étoiles brillent dans les yeux, même au téléphone. William, Audrey et Mathieu sont des exemples de celles-là. William projette d’étudier à la maîtrise en urbanisme, car il voit le mariage de l’art et de la ville d’un œil particulier. Un mariage qui doit être, selon lui, davantage exploité. Quant à Audrey et à Mathieu, ils veulent tous deux poursuivre leurs études au second cycle en arts visuels. Pour œuvrer, par la suite, comme artiste à temps plein ou pour enseigner? Ils ne le savent pas encore. Mais chose certaine, ces trois personnalités lumineuses et déterminées ne révèlent que du bonheur à venir.

William, Audrey et Mathieu viennent de compléter leur baccalauréat en arts visuels.

Le point culminant de leurs études? «L’expo» des finissants. Un moment fort important qui a une signification bien particulière dans leur parcours.

«Cette expérience s’avère très importante pour eux, car choisir son œuvre pour l’exposition des finissants, c’est une étape charnière dans l’évolution de leur recherche, explique Lisanne Nadeau, chargée d'enseignement à l’École d’art et directrice de la Galerie des arts visuels de l’Université. C’est aussi une prise de conscience sur le chemin parcouru au cours des 3 dernières années: où suis-je rendu? Quelle œuvre me représente le mieux?»

Mais voilà, en raison du confinement, l’exposition des finissants, qui a lieu habituellement chaque année en mai, a malheureusement dû être annulée. Lisanne Nadeau et un étudiant au baccalauréat, William Légaré, ont donc eu l’idée d’approcher les finissants pour leur proposer de présenter les œuvres de leur choix sur le compte Instagram de la Galerie des arts visuels.

«Les œuvres des finissants étant présentées habituellement dans l’édifice La Fabrique où loge la Galerie, ça devenait tout à fait naturel d’utiliser le compte Instagram de la Galerie pour réaliser une expo virtuelle dans laquelle certaines de leurs œuvres allaient être exposées, affirme Georges Azzaria, directeur de l'École d'art de la Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design. Il faut savoir que la Galerie, par le biais de son compte Instagram, possède déjà, à la base, un réseau considérable, puisqu'elle est en lien avec un grand nombre de professionnels du milieu, d’artistes indépendants et de centres d’artistes. Donc, pour les étudiants-artistes, c’est non seulement un lieu de diffusion professionnel, mais aussi une introduction, une façon de se présenter au monde dans lequel ils travailleront dans les années à venir.»

Choisir un projet à sa couleur

Impliqué dans l’organisation de ce projet, William Légaré est au nombre des finissants qui ont présenté une œuvre.

Enfant, il aimait contempler, au sous-sol de la maison familiale, les nombreuses photos prises par son père. Un jour, l’une d’entre elles l’a particulièrement marqué: celle affichant une pancarte routière
«L’Avenir», nom peu commun d’un petit village en banlieue de Drummondville. Devenu étudiant en arts visuels, il a décidé de s’y rendre... à pied! Ce pèlerinage de 180 km, qui a duré 6 jours, l’a amené à faire diverses rencontres. De là est née une œuvre photographique (incluant la photo originale de la fameuse pancarte prise par son père). Et c’est ce projet, réalisé au cours de son bac, qu’il a décidé de présenter dans le cadre de la galerie des finissants sur Instagram.


«Il fallait idéalement choisir une œuvre qui pouvait être adaptée au Web. Mon œuvre étant un travail photographique et la photo étant le matériau au cœur d’Instagram, j’ai donc juste eu quelques ajustements à faire, mentionne-t-il. J’ai choisi de présenter une documentation de mon voyage et de mes rencontres marquantes avec tous ces gens. Ma démarche se résumait ainsi: expérimenter le temps au présent, du fait de ce déplacement long et laborieux que je faisais, ce temps présent qui nous sépare finalement de l’avenir... mais aussi retourner dans le passé, en allant voir cette pancarte qui porte aussi le futur, ce qui est en devenir... pour finalement me demander ce qu'est l’avenir.»



Depuis longtemps, Audrey Plante adore feuilleter de vieux comic books, ces anciennes bandes dessinées aux couleurs vives et très contrastées. En fait, elle s’intéresse particulièrement à tout ce qui concerne la structure de l'image, soit les lignes, les contours, les vides, les traces de mouvement, les formes et les couleurs. Son art consiste donc à «nettoyer» chaque case en enlevant tout le texte et les personnages pour ne garder, au bout du compte, que les aspects visuels souhaités.

«C’est vraiment intéressant de pouvoir montrer aux gens une de nos œuvres par le biais d’Instagram, d’autant plus que c’est une plateforme très visuelle et populaire, indique-t-elle. De plus, à l’approche de l'entrée sur le marché du travail, ça nous permet d’augmenter nos relations, nos réseaux. Mais ça implique aussi que, tout comme pour l’expo des finissants, nous devons faire une réflexion personnelle importante quant au choix de l’œuvre, pour identifier ce qui nous reflète le plus en tant qu’artiste.»


Ébéniste de formation, Mathieu Bouchard a présenté, pour sa part, un dispositif qu’il a créé et qui lui permet de filmer ses déambulations dans... une bibliothèque!

«Je m’intéresse beaucoup au cartésianisme, la pensée de Descartes, qui approfondit l'idée d'une séparation entre le corps et l’esprit, révélée par son fameux “Je pense donc je suis”, souligne-t-il. Par ma démarche, j’applique plutôt l’idée inverse, en considérant que le corps produit un intellect – par exemple, se promener dans une bibliothèque est à la fois une activité physique et intellectuelle. En gros, je me promène dans une bibliothèque (activité physique), en filmant mon chemin et en prenant des notes, pour prendre conscience du type de chemin que je fais, de mes habitudes, des récurrences, etc. (activité intellectuelle). Bref, j'explore l’intellect dans la vie corporelle et physique.»

De toute évidence, les finissants en arts visuels qui ont participé à ce projet en contexte de pandémie ont beaucoup aimé l’expérience. Quant à l’exposition officielle des finissants 2020, elle a été reportée, à leur très grand bonheur, à l’automne. Tous s’entendent pour dire que rien ne remplacera jamais une exposition «en vrai»!

«Je suis très fier, mais aucunement étonné, que les étudiants aient démontré que le virus ne les a pas éteints, conclut le directeur de l'École d'art, Georges Azzaria. Cela en dit beaucoup sur la formation des étudiants en arts visuels. Une formation très exigeante dans laquelle ils doivent être constamment autonomes et qui les amène à aller au bout d’eux-mêmes, à montrer qui ils sont, comme artistes, mais aussi, et conséquemment, à s’assumer lorsqu’ils présentent leurs œuvres.»

* Notez que plusieurs étudiants ont également leurs propres comptes personnels d’artistes sur Instagram et/ou Facebook.