En piste pendant 36 ans, Yvon Bédard a eu une carrière bien remplie. Les nombreux trophées qui sont exposés dans son garage le prouvent.
En piste pendant 36 ans, Yvon Bédard a eu une carrière bien remplie. Les nombreux trophées qui sont exposés dans son garage le prouvent.

Yvon Bédard: résister à la tentation

Il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n’est pas parce qu’il a déserté les autodromes au cours des dernières années qu’Yvon Bédard a perdu tout intérêt pour la course automobile. Bien au contraire!

«Si je ne vais aux courses que très rarement, c’est parce que je ne veux pas que la maladie de courir me repogne», lance sourire aux lèvres le pilote qui a couru pendant 36 ans. «Il faut que je me tienne loin des courses. Alors je me contente de regarder le NASCAR à la télé. Malheureusement, il manque l’odeur des courses.»

C’est à la suite d’un violent accident à l’Autodrome Chaudière de Vallée-Jonction en mai 2011 que Bédard a décidé de tourner la page sur la course automobile. Souffrant notamment d’un traumatisme crânien, de nombreuses blessures au visage (fractures aux sinus, aux mastoïdes et à une orbite) ayant entraîné la formation d’une poche d’air au cerveau, et de contusions aux poumons, il dut, à sa sortie de l’hôpital, amorcer une longue convalescence. 

«Pendant trois mois, j’ai eu de la misère à marcher. Je n’avais plus d’équilibre. Heureusement, tout a fini par se replacer. À cette époque-là, même si j’avais voulu retourner courir, je n’en aurais pas été capable. J’ai vu mon accident comme un avertissement. Il était survenu au 59e tour et j’avais 59 ans. Je me suis dit que peut-être la vie me disait qu’il était temps pour moi de prendre ma retraite.

«Aujourd’hui, je suis en pleine forme. J’ai subi une chirurgie bariatrique et j’ai perdu 75 livres. J’ai beaucoup d’ouvrage et d’occupations à la maison. J’ai 150 000 pieds de gazon à tondre, j’ai une érablière, des poules, un lac où je peux pêcher et une forêt où je peux chasser l’automne, et j’aime avoir des projets et créer et inventer des affaires. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer de la course. Je n’ai pas juste tourné la page, j’ai changé de livre».

Bédard confie qu’il a aussi commencé à voyager et qu’il s’est découvert une passion pour connaître de nouvelles cultures. 

Propriétaire d’un motorisé, il passe des hivers en Floride où il possède un bateau pour aller à la pêche. Et afin de satisfaire ses besoins de performance et d’entendre ronronner un puissant moteur, il s’est acheté une rutilante Corvette. «J’ai pu le faire avec l’argent que j’ai économisé en ne courant plus. Et ce qu’il y a de merveilleux, c’est que cette voiture-là, je peux l’assurer», lance en riant Bédard qui est aussi propriétaire d’une Tesla dont l’accélération surpasse celle de sa Corvette.

Carrière remplie

Yvon Bédard  avait une dizaine d’années quand il eut son premier contact avec la course automobile. Membre de l’équipe du pilote Conrad Bergeron, il s’occupait des pneus et de ranger les outils. Rapidement, il développa une passion pour la mécanique si bien qu’en 1975 il construisit son premier bolide et il commença à courir à Val-Bélair où il termina deuxième du calendrier avant de décrocher le championnat l’année suivante. C’était le début d’une carrière qui serait bien remplie. Et les nombreux trophées qui sont exposés dans son garage le prouvent. Tout au long de sa carrière, Bédard a toujours vendu chèrement ses positions en piste et il ne s’est jamais laissé impressionner par les coureurs qui tentaient de lui bloquer le chemin. Un style de conduite qui lui a occasionné de nombreux contacts avec d’autres bolides, des sorties de pistes et même quelques accidents mais qu’il a toujours pleinement assumé. «Je pense que si je courais aujourd’hui j’aurais encore le même style en piste.»

Le pilote de Lévis courut d’abord au niveau régional puis provincial. Il fit même plusieurs courses du côté américain en participant notamment à des épreuves de la Série NASCAR North. «Je n’ai jamais pensé aller faire carrière aux États-Unis. Dans le temps, j’avais mon commerce d’encans d’autos. Et ça me demandait du temps. C’est ce à quoi j’étais attaché et qui me gardait ici. 

«De toute façon, j’ai toujours fait de la course pour m’amuser. C’était un passe-temps, un loisir. Et ça l’avait toujours été. Quand j’avais commencé à courir, je n’avais aucun plan de carrière, aucun but ultime à atteindre. Je prenais les années une après l’autre. Je n’ai donc aucun regret quand je fais le bilan de mes années de course.»

C’est alors qu’il courait du côté américain que Bédard eût, au début de l’été 1997, son premier accident majeur qui le laissa avec les deux talons égrainés. «Jamais, je n’ai songé à arrêter de courir à ce moment-là. Rapidement, alors que j’avais les deux jambes dans le plâtre, j’ai magasiné pour m’acheter une nouvelle automobile. J’ai fait ma première course après mon accident en septembre à Plattsburgh. Je me souviens, j’avais de la misère à embarquer dans mon auto. Mais il n’y a rien qui aurait pu m’obliger à arrêter la course.

«Aujourd’hui, je vois ma carrière de coureur comme une étape de ma vie. C’est quelque chose qui fut sur ma route, mais j’ai changé de chemin depuis. Je me suis aperçu qu’il n’y avait pas que les courses dans la vie et que ça demandait beaucoup d’argent, même si on arrivait à se débrouiller avec pas grand chose, et beaucoup de temps. Mais c’est correct. Je n’ai pas de regret de m’être investi autant à ce moment-là même s’il m’arrive parfois de me demander comment je faisais pour travailler après ma voiture sept jours par semaine alors que j’étais déjà très occupé à la maison et professionnellement parlant. Mais en même temps, j’ai toujours eu plein de bon monde passionné autour de moi pour m’aider. Et je les remercie. On s’amusait beaucoup. C’était une famille. On était comme des frères et des sœurs. J’ai l’impression qu’aujourd’hui en course automobile, sa famille il faut se la payer.»

Même s’il ne court plus, Bédard est équipé en outils à la maison comme il l’était alors qu’il devait faire la mécanique de son bolide de course. Il explique qu’il l’est parce qu’il ne veut pas se donner de misère quand il travaille sur sa voiture ou celle de sa conjointe, mais aussi parce que de bons outils rendent le travail amusant. Et chaque printemps et chaque automne, il profite des installations de son garage pour faire une corvée de pneus avec ses amis. 

«On se retrouve plusieurs gars ensemble un samedi et on change nos pneus. Ça ne me coûte rien de les aider et ça leur rend service. Je leur demande juste de m’apporter un petit café de chez Tim.»

Qu’on ne se trompe pas, Yvon Bédard n’est pas parfait quand il est question de son abstinence à la course automobile. Il avoue qu’il profite généralement de ses séjours en Floride pour aller visiter son ami Mario Gosselin au bureau chef de l’écurie DGM à Lake Wales.

«C’est à cinq milles d’où j’habite. Je m’y rends faire ma tournée une fois par semaine. Quand j’avais encore ma voiture de course, j’allais taponner après les bolides de Mario. Mais aujourd’hui, je ne veux plus toucher à ça. C’est la même chose pour les courses. Je suis à moins de deux heures de Daytona. Je vais y faire un tour pendant le temps des courses, mais je n’assiste qu’à une seule épreuve, celle la Bush Class. Après c’est assez, j’ai eu ma pilule.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Yvon Bédard en 2003

Q Faits marquants

Ma victoire à Sanair. C’est celle dont je suis le plus fier. Il y avait 10 000 personnes dans les estrades à cause de la présence des coureurs de la série NASCAR en grande finale. Et comme le voulait la tradition, le gagnant de cette course recevait une grosse couronne de fleurs. Mais j’ai tellement donné un bon show que c’est à moi qu’on l’a donnée. Ç'a été un point marquant dans ma carrière. Je dirais aussi mes championnats pro-car, le championnat à Montmagny. Et mes belles années à Sainte-Croix où j’ai notamment gagné la Triple couronne.

Q Ce qui vous manque le plus

Les gens que j’ai côtoyés dans le milieu de la course automobile au cours de ma carrière. Il y a quelques années, l’Autodrome Chaudière de Vallée-Jonction a présenté une course de la série Pinty’s. J’y suis allé mais ce n’était pas pour voir les courses, c’était pour renouer avec les gens que j’avais connus dans le temps. Une autre fois, je me suis rendu à Oxford. Encore là, c’était juste pour voir les coureurs et me rappeler de bons souvenirs avec eux autres. J’avais été bien accueilli par tout le monde. Même si j’avais mon style, je pense que je n’étais pas détesté de tous (rires).

Q Ce qui vous manque le moins.

R C’est de travailler le soir sur ma voiture de course. C’était trois fois par semaine de 19h à 22h. Et il arrivait que l’on doive travailler les fins de semaine. Je ne m’ennuie pas non plus de la route que l’on était obligé de faire pour aller aux courses. Ça ne me manque pas du tout.

Q Plus coriaces rivaux

Il y en a eu plusieurs. Dans le temps, Léo Poirier et moi on se livrait de belles luttes et on se partageait les victoires. Je dirais aussi Marc Beaudoin et Donald Forté, qui venait de Montréal. Mais quand j’allais aux courses, ce n’était pas juste pour gagner, c’était aussi pour avoir du plaisir.

Q Idoles de jeunesse

R Au début, c’était Cale Yarborough. Puis après il y a eu Dale Earnhardt. C’est d’ailleurs le seul coureur de qui j’ai acheté et porté le manteau à son nom et aux couleurs de son équipe. Je n’ai même jamais eu de t-shirt de quelque coureur que ce soit.

Q Circuits favoris

R Je n’haïssais pas la piste à Saint-Félicien. J’ajouterais Sainte-Croix et Val-Bélair où j’ai commencé ma carrière, et Sanair. On y faisait de la haute vitesse alors j’aimais bien ça. Antigonish, en Nouvelle-Écosse, est un des plus beaux circuits où j’ai eu le plaisir de courir. Par contre, Saint-Eustache est une piste que je n’ai jamais aimée. Ça, c’est la pire où j’ai couru. Pourquoi je ne l’aimais pas? Je ne sais pas. Peut-être parce que je la trouvais plate. 

Q Rêve

Visiter d’autres pays et avoir la santé.

Q Dans 10 ans

R J’espère que je ne serai pas dans une chaise roulante performante (rires). Je ne sais pas, l’avenir le dira. Aujourd’hui, je suis là et demain, on verra. Moi, je vis pas mal au jour le jour. Quand je pars en voyage, par exemple, je ne décide pas de ce que je vais faire et où je vais aller un mois d’avance. C’est toujours à la dernière minute. Mon motorisé est là, je n’ai pas d’enfants à la maison et j’ai un voisin qui peut s’occuper de mes poules. Alors quand je décide de partir, il n’y a pas de problème. Je décolle.