Victime d’un grave accident de parapente il y a presque 30 ans, l’ex-champion de ski acrobatique Yves La Roche est d’avis que la vie ne nous met pas de limites, elle ne fait que nous ralentir.

Yves La Roche: le mode solution

«Après un échec ou une épreuve, chercher le pourquoi ne mène nulle part. Il faut prendre conscience de ses erreurs et se mettre en mode solution, se demander comment faire pour rebondir et réussir. Puis go! On avance. C’était ma recette quand je faisais du ski acrobatique et ça l’est toujours. Aujourd’hui, ça me prend une énergie incroyable uniquement pour marcher, parler et être autonome, je n’ai pas d’énergie à gaspiller pour les pourquoi.»

Pionnier du ski acrobatique et légende de son sport dans le milieu des années 80, Yves La Roche a vu sa vie basculer en 1989. Un grave accident de parapente l’obligea à amorcer une longue réhabilitation. Il passa six mois à l’hôpital de l’Enfant-Jésus et un an à François-Charron. Un accident qui signifia la mort de l’athlète puisqu’elle laissa l’ex-champion du monde avec de graves séquelles. 

«À mon réveil à l’hôpital, la première affaire que j’ai vue, c’est une affiche de moi en train d’exécuter un saut que ma mère avait collée sur le mur. À ce moment-là, je n’avais pas conscience de celui que j’étais devenu, la seule idée que j’ai eue en tête était de redevenir le gars que je voyais sur l’affiche. Et j’ai travaillé très fort pour y arriver. Je l’ai fait jusqu’au moment où ma conjointe de l’époque me dise qu’elle me quittait. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu que c’était parce que la personne qu’elle aimait est morte.»

«J’ai alors fait une introspection pour voir ce que j’étais vraiment. J’ai pris conscience que ça serait impossible de retrouver la forme et le physique que j’avais et je me suis en mode solution afin d’aller de l’avant, de la même manière, comme je le faisais dans mon sport après une mauvaise performance. Ç’a été le moment le plus important de ma réhabilitation. En ce sens, le sport a été ma plus belle école parce que mon objectif n’a jamais été de gagner, mais de me surpasser.» 

Entouré par une famille unie et aimante, La Roche ne cache pas qu’au lendemain de son accident, les siens ont souvent eu tendance à le protéger. Au point où il a dû mettre ses limites et leur dire : “non, je suis capable”. Aujourd’hui encore, il ressent encore à l’occasion l’instinct de protection de certains à son endroit. «Quand ils le font, je ne les prends pas au sérieux. On m’a demandé un jour ce qui avait été le plus difficile dans ma réhabilitation. J’ai répondu mon image. Et ça l’est toujours, presque 30 ans plus tard. J’ai de la difficulté à marcher et à parler. Cette image fait que l’on cherche à me protéger.» 

«Pour moi, ma plus belle réussite à la suite de mon accident, c’est d’avoir retrouvé une autonomie. C’est de conduire mon auto, d’avoir un agenda et de le respecter.»

Nouvelle vie

Piqué par une flèche de Cupidon, La Roche a décidé de s’installer à Trois-Rivières il y a cinq ans. Il avoue avoir quitté Lac-Beauport, la municipalité où il avait grandi et où la plupart des gens l’associaient toujours à la personne qu’il avait été avant, un peu sans regret et afin de connaître autre chose. À la blague il lance : «La pire chose que l’on pouvait me demander c’est “T’en souviens-tu?”» avant d’ajouter sur un ton plus sérieux «mais j’ai toujours beaucoup de plaisir à me retrouver chez nous, au lac.»

L’ex-skieur acrobatique dit qu’il s’est épanoui depuis qu’il réside à Trois-Rivières. «Une décision magnifique parce que j’ai une conjointe que j’aime avec qui je suis bien. Et ici, les gens n’ont aucune idée de qui j’étais avant. C’est comme si je recommençais à vivre.»

Entraîneur avec l’équipe canadienne dans les années 90 puis avec la formation japonaise à la veille des Jeux de Nagano, La Roche est aujourd’hui conférencier. Quand il rencontre des jeunes, ses conférences portent sur les rêves, comment les transformer en but et comment les réaliser. Quand il visite des gens dans des entreprises, il définit ce qui signifie pour lui la victoire. 

«Quand j’étais coach, mon but était d’emmener mes jeunes vers un podium olympique. Maintenant j’essaie d’aider les gens à atteindre leur podium personnel.

La Roche, qui est la vedette d’un documentaire en production du confrère Marc Durand, un honneur qui le gêne parce qu’il se considère comme une personne ordinaire, dit qu’il ne regrette rien de son passé d’athlète. Mais même s’il a tourné la page sur une vie où tout semblait plus facile, il ne cache pas qu’il y retourne parfois en regardant des albums de photos, par exemple.

«Je prends plaisir à regarder des photos quand j’étais athlète quand j’ai besoin de motivation. Parce que parfois, je suis porté à oublier tout le chemin que j’ai parcouru. Il faut que je me replonge dans ce que j’étais avant pour me dire “OK, Yves La Roche, c’est assez, on continue”.»

«Je suis d’avis que la vie ne nous met pas de limite. Elle nous ralentit (rires). Ça ne me dérange pas de changer de chemin parce que je sais que je vais arriver à atteindre mes objectifs. Peut-être sera-t-elle plus longue à cause de difficultés. Mais ça ne me dérange pas. Parce que je vois les petits progrès que je fais encore tous les jours.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant?

Avoir exécuté des sauts qui n’avaient jamais été faits avant.

Q  Ta plus belle victoire en ski?

En 1986, à ma dernière compétition de la saison. Lors des 10 compétitions précédentes, j’avais obtenu cinq victoires et cinq fois, j’avais terminé deuxième. Mais pour terminer premier au classement, il fallait que je terminer premier en Norvège. Et je l’ai fait. 

Q  Ce qui te manque le plus?

C’est d’entendre quand j’étais sur un site de saut : “Les juges sont prêts’’. Pour moi, ça voulait dire que j’étais seul en piste et responsable de ma performance. Go!

Q  Personnalités marquantes?

Toute ma gang, tous les membres de ma famille, l’un après l’autre, de façons différentes. Il y a aussi mon nom, La Roche, qui m’a donné un coup de main incroyable. Parce que les gens me connaissaient et qu’ils connaissaient mon cheminement, ils savaient que je pouvais réussir à me relever et ils me le faisaient sentir.

Q  Plus grande fierté d’athlète?

R  Avoir été capable de performer avec une pression incroyable et d’être arrivé au top.

Q  Dans 10 ans?

Je me vois avec la même conjointe toujours à continuer à montrer aux gens qu’ils sont capables, qu’il ne faut jamais, jamais baisser les bras.

Q  Plus grande qualité d’athlète

R  J’étais tout le temps en mode solution. Peu importe la situation ou l’évènement, c’était toujours ‘‘OK, qu’est ce que je fais avec ça’’. C’est encore ma plus grande qualité aujourd’hui.

Q  Rêve 

R Rencontrer le plus de gens possible, de tous les milieux, afin de leur faire comprendre que l’on peut tous être surhumain. Que si l’on demeure réaliste, on peut se surpasser à tout moment pour atteindre les objectifs que l’on se fixe.