Frank Wycheck (89), que l’on voit ici en action en 2003, avait lancé la fameuse passe latérale à l’origine du «Music City Miracle», jeu qui avait éliminé les Bills de Buffalo en janvier 2000 et marqué le début d’une longue séquence infructueuse pour la formation de l’ouest de l’État de New York.

Wycheck encouragera les Bills

ORCHARD PARK — Dimanche dernier, parmi les personnes qui souhaitaient enfin voir les Bills de Buffalo mettre fin à leur interminable — et gênante — séquence de 17 saisons sans participer aux séries figurait un de leurs anciens tortionnaires : l’ailier rapproché à la retraite Frank Wycheck.

Wycheck est bien connu à Buffalo comme étant celui qui a amorcé, avec une passe latérale à la limite de la légalité, le jeu désormais connu sous le nom de «Music City Miracle». 

Bien que ce jeu se soit produit le 8 janvier 2000, personne n’a oublié la façon dramatique dont les Titans du Tennessee ont éliminé les Bills, 22-16, lors d’un match de premier tour des séries. Si, cette année-là, le Tennessee avait atteint le seul Super Bowl de son histoire, les fans de Buffalo, eux, étaient loin d’imaginer qu’ils ne verraient pas leurs favoris en éliminatoires lors des 17 saisons suivantes. 

Rappelons brièvement le jeu : quelques secondes après que les Bills eurent pris les devants 16-15 avec 16 secondes à jouer, Lorenzo Neal, des Titans, avait reçu le botté d’envoi et remis le ballon à Wycheck; le reste appartient à l’histoire...

L’ancien ailier rapproché avait lancé le ballon de l’autre côté du terrain vers Kevin Dyson, qui avait galopé jusque dans la zone des buts pour donner la victoire à l’équipe locale. 

Même si la reprise avait confirmé que la latérale de Wycheck était bonne, les fans des Bills, eux, continuent d’affirmer le contraire et mettaient tous les malheurs subséquents de leurs favoris sur le compte de cet événement.

«Certaines personnes allaient même jusqu’à dire que les Bills n’arrivaient plus à se qualifier pour les séries en raison d’une malédiction reliée à ce jeu», raconte Wycheck, qui travaille maintenant comme animateur radio et analyste lors des matchs des Titans. «Je suis content qu’ils soient finalement parvenus à accéder aux éliminatoires.»

Oui, après de nombreuses années d’attente, l’ouest de l’État de New York vibrera de nouveau au rythme des séries, alors que les Bills rendront visite aux Jaguars de Jacksonville, dimanche (13h).

Pour en revenir à la joie éprouvée par Wycheck — qui a félicité ses anciens rivaux dans un message sur Twitter —, elle a pris par surprise certains anciens joueurs des Bills qui étaient sur le terrain en ce fatal après-midi de janvier 2000.

«Il est content? Vous blaguez?» s’est interrogé Rob Johnson, qui était le quart partant des Bills ce jour-là. «Se sent-il encore mal à l’aise à cause de ce jeu?»

«Wow. Vraiment?» a quant à lui réagi l’ancien demi offensif Thurman Thomas, dont l’illustre carrière avait pris fin après cette rencontre. «C’est vraiment cool de sa part. Même s’il nous a fait mal, je suis content qu’il soit maintenant derrière l’équipe.»

Larmes de joie

Finalement, les Bills sont parvenus, grâce à leur gain de 22-16 — le même pointage que le jour du «Music City Miracle» — et à la défaite des Ravens de Baltimore à mettre fin à cette interminable séquence, la plus longue du sport professionnel nord-américain. 

«Tout ça est maintenant terminé et j’espère que les partisans de l’équipe savoureront l’instant», lance Thomas, qui admet avoir versé des larmes de joie lorsqu’il a vu que l’équipe s’était qualifiée pour la valse d’après-saison. 

Même un ancien des Bills, qui n’était pas encore avec l’équipe à ce moment, a dit avoir éclaté de joie. «Je me suis toujours dit que cette ville serait en délire lorsqu’on jouerait un match éliminatoire», a déclaré Brian Moorman, qui a été le botteur de dégagement du club de 2001 à 2013. «J’aurais adoré vivre l’expérience de jouer au moins un match en séries avec les Bills.»

Quant à Johnson, qui a finalement remporté le Super Bowl en 2003 comme quart substitut des Buccaneers de Tampa Bay en 2003, il n’a pas caché qu’il ressentait encore une certaine amertume en se rappelant la manière dont s’était terminé le match au Tennessee. «Je me demande si, avec la technologie qu’ils ont maintenant, ils pourraient démontrer que cette latérale n’était pas légale. Mais bon, ce n’est pas de sa faute [à Wycheck], ce n’est pas de sa faute.»

Wycheck, maintenant âgé de 46 ans, n’a qu’un seul regret : que ce jeu ait mené au congédiement du coordonnateur des unités spéciales des Bills,  Bruce DeHaven.

Mais, au final, même s’il veut laisser le passé derrière, Wycheck n’a pu s’empêcher de faire sur Twitter un petit clin d’œil. «Bravo @buffalobills!! [...] Je souhaite vous voir à Nashville dans une couple de semaines.» Car, oui, si certaines surprises surviennent, Bills et Titans pourraient s’affronter en finale de conférence...

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LES COTES D'ÉCOUTE ENCORE EN BAISSE

L’audience moyenne des matchs de la NFL a reculé en 2017 de 9,7 %, à 14,9 millions de téléspectateurs aux États-Unis, selon les chiffres publiés jeudi par l’institut Nielsen. Cette nette baisse confirme le recul observé en 2016, où l’audience moyenne pour les matchs de saison régulière avait déjà baissé de 8 %, à 16,5 millions de téléspectateurs. Cette disparition de 1,6 million de téléspectateurs sur un an a été attribuée par certains observateurs au mécontentement d’une partie de la population américaine face au boycottage de l’hymne américain initié par des joueurs pour protester contre les violences policières visant la communauté noire. Le président américain Donald Trump s’en est pris avec virulence à la NFL et à ses joueurs, tandis que la chaîne de pizzérias Papa John’s a mis la baisse de son chiffre d’affaires sur le compte de ce climat de fronde.

Nielsen note toutefois que ce recul est conforme à celui de l’audience moyenne des chaînes de télévision, en concurrence avec des services en ligne comme Netflix, en particulier pour les émissions de début de soirée, qui ont enregistré en 2017 une baisse de 9 % de leur audience moyenne. Malgré cette érosion, le football reste une valeur sûre pour les chaînes de télévision et les annonceurs : 20 des 30 meilleures audiences de l’année 2017 ont été réalisées à l’occasion de matchs de NFL.