Lundi, le Suisse Roger Federer retrouvera le Centre court, sa pelouse sacrée, avec l'ambition d'y soulever un neuvième trophée record le 15 juillet.

Wimbledon: l'immense défi de Roger Federer

PARIS — Roger Federer parviendra-t-il à conserver le trophée à Wimbledon? À bientôt 37 ans, le maestro suisse s'est fixé cet immense défi qu'il n'a pas réalisé dans son tournoi fétiche depuis ses années les plus fastes.

Lundi, il retrouvera le Centre court, sa pelouse sacrée, avec l'ambition d'y soulever un neuvième trophée record le 15 juillet. Atteindre cet objectif, ce serait repousser encore les limites du temps mais aussi faire mentir les statistiques.

Car l'homme aux 20 titres majeurs n'a plus réussi le «back-to-back» (deux titres consécutifs) depuis 2007.

Cette année-là, il s'était offert offert un cinquième titre d'affilée dans son jardin anglais et avait terminé la saison avec trois des quatre trophées majeurs dans son escarcelle (Melbourne, Wimbledon US Open) pour la troisième fois en quatre ans.

Ensuite il a remporté trois autres fois les «Championships» mais l'écart de temps entre ces victoires n'a cessé de s'allonger.

Battu en 2008 par Rafael Nadal lors d'une finale mythique, Federer avait reconquis le trophée l'année suivante. Après, il lui a fallu patienter jusqu'en 2012.

Pas moins de cinq années se sont écoulées jusqu'à son parcours sans faute l'an passé (pas un seul set concédé).

Devenu le seul joueur de l'histoire à remporter huit fois les «Championships», Federer a savouré. Il a même donné un nom au trophée, Arthur, en mémoire d'Arthur Gore, lauréat en 1908. La coupe l'a aussi accompagné dans ses randonnées en montagne.

Pour tenter de la garder, le «Maître» a voulu se présenter à Londres le plus frais possible physiquement. C'est ainsi qu'il a, comme l'an dernier, fait l'impasse sur les deux mois et demi de saison sur terre battue, Roland-Garros inclus.

Battu à Halle

Mais la préparation sur gazon, entamée brillamment avec le titre à Stuttgart, son 98e en carrière, s'est poursuivie poussivement dans son jardin, allemand, de Halle. Borna Coric l'a empêché de soulever un dixième trophée et lui a fait perdre la première place mondiale, qu'il avait récupérée la semaine précédente.

«Je pense seulement que c'est normal de devoir s'employer comme aujourd'hui quand on joue grosso modo 12 jours de suite et qu'on dispute beaucoup de matchs», avait relativisé Federer, «pas extrêmement fatigué» selon ses mots.

Le tirage au sort, à Wimbledon, a placé le jeune loup croate (21 ans, 21e mondial) sur son chemin dès les huitièmes de finale, après trois matchs à sa portée, dont le premier l'opposera au Serbe Dusan Lajovic (57e mondial).

Le tirage a été beaucoup moins clément avec Andy Murray, qui a effectué son retour le 19 juin après quasiment un an d'absence et une opération de la hanche droite.

Le retour de Murray

L'ancien no 1 mondial, retombé au 156e rang, doit affronter Benoît Paire, qui s'était procuré deux balles de match face à Federer, sans conclure à Halle, puis potentiellement le grand espoir canadien Denis Shapovalov (26e) et Juan Martin Del Potro (4e) au troisième tour.

Après un bilan guère réjouissant lors de la préparation au Queen's et à Eastbourne (une victoire, deux défaites), l'Écossais de 31 ans n'était pas certain de concourir à Wimbledon, qu'il a conquis à deux reprises (2013, 2016).

Interrogé sur sa participation ou non à Wimbledon lors d'une conférence de presse samedi le double vainqueur du tournoi en 2013 et 2016 a répondu : «Oui, sauf si dans les jours à venir, je me réveillais et ne me sentais pas bien. Je dois prendre les choses au jour le jour».

Nadal et le cap fatidique des huitièmes

Quels joueurs peuvent contrecarrer les plans de Federer? Rafael Nadal? Entre son onzième trophée à Roland-Garros et Wimbledon, le no 1 mondial n'a pas disputé de tournoi, juste une exhibition. S'il a remporté Wimbledon à deux reprises (2008, 2010), il n'y a plus dépassé les huitièmes de finale depuis sa dernière finale, perdue en 2011 face à Novak Djokovic.

Le Serbe, qui court après son meilleur niveau depuis deux ans, a montré des signes d'amélioration en se hissant jusqu'en finale au Queen's. Mais Marin Cilic était trop fort pour lui.

Le Croate, finaliste l'an passé à Londres et cette année à l'Open d'Australie où Federer l'a aussi battu, fait partie des plus sérieux outsiders. L'ordinateur l'a placé dans la moitié de tableau du Suisse qu'il ne croisera pas avant les demi-finales.

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Serena Williams n'a pas dit son dernier mot et visera un huitième trophée à Wimbledon, qui débute lundi, avec des chances de réussite si son physique suit.

SERENA WILLIAMS RÊVE DE MONTER LE GRAND HUIT

Son retour à Roland-Garros avait été gâché par une blessure. Mais Serena Williams n'a pas dit son dernier mot et visera un huitième trophée à Wimbledon, qui débute lundi, avec des chances de réussite si son physique suit.

L'Américaine favorite dans le temple du tennis? C'est une ancienne championne, sa compatriote Martina Navratilova qui le dit. «Vous allez peut-être me croire folle mais qui placeriez-vous au dessus de Serena? [...] Peu importe ce qui lui est arrivé. Si elle est en forme à Wimbledon, ce ne serait pas surprenant qu'elle remporte le trophée», a estimé l'ancienne no 1 mondiale, neuf fois sacrée à Londres, sur le site Internet de la WTA.

Sans pépin physique à Paris, jusqu'où la Floridienne de 36 ans serait-elle allée? On ne le saura jamais. Mais le seul fait de se poser la question prouve qu'elle reste une favorite en puissance, même après avoir donné naissance à son premier enfant, une petite fille, en septembre.

Sur la terre battue de la Porte d'Auteuil, l'ancienne no 1 mondiale, aujourd'hui 183e, avait avancé crescendo, remportant trois matchs face à des adversaires de plus en plus coriaces. Il y avait eu la Tchèque Kristyna Pliskova (alors 70e), l'Australienne Ashleigh Barty (17e) puis l'Allemande Julia Görges (11e). «Match après match, elle gagnait en confiance et semblait de plus en plus à l'aise sur le court», souligne Navratilova.

Mais une blessure aux pectoraux avait mis un terme à son parcours avant un choc d'ex-no 1 avec la Russe Maria Sharapova lors des huitièmes de finale. L'Américaine n'a plus foulé les courts depuis mais sera bien à Londres pour tenter de remporter un 24e trophée majeur et ainsi d'égaler le record absolu de l'Australienne Margaret Court.

Avec le statut de tête de série

Pour son retour sur les terrains du All England Club, deux ans après sa victoire en finale face à l'Allemande Angelique Kerber, Serena Williams a plutôt été épargnée par le tirage. Le statut de tête de série (no 25), que les organisateurs lui ont octroyé en prenant en compte sa grossesse, lui a permis d'éviter un gros poisson dès le premier tour.

«Son classement est sans importance. Même si elle était 1000e mondiale, je continuerais de la considérer comme la favorite», assure Navratilova, en estimant que le gazon, qui sied mieux à son jeu que la terre battue, renforce ses chances de succès.

Des quatre tournois majeurs, Wimbledon est celui où elle a joué le plus de finales : neuf pour sept succès. L'ancienne no 1 mondiale, qui compte autant de trophées à l'Open d'Australie, aura droit à une entrée en matière largement à sa portée face à la Néerlandaise Arantxa Rus (107e).

Le niveau risque de monter d'un cran à partir du troisième tour où plane l'ombre de la no 5 mondiale, Elina Svitolina. Mais ni l'Ukrainienne, ni l'Américaine Madison Keys (10e) en huitième de finale, ni la Danoise Caroline Wozniacki (2e) en quart, ni même sa soeur aînée Venus Williams — finaliste sortante — en demie ne représentent des obstacles insurmontables pour une Serena Williams en pleine possession de ses moyens.

Retour aussi pour Sharapova

Ses plus sérieuses rivales sont placées dans l'autre moitié de tableau : Kerber, qui l'avait battue en finale de l'Open d'Australie 2016, la Tchèque Petra Kvitova, double lauréate de Wimbledon (2011, 2014) et la tenante du titre, l'Espagnole Garbine Muguruza, qui l'avait dominée en finale de Roland-Garros 2016.

Figurent aussi dans cette partie la no 1 mondiale, la Roumaine Simona Halep, lauréate du dernier Roland-Garros et Sharapova qui effectue son retour à Londres après deux éditions manquées. La «Tsarine», cinq fois titrée en Grand Chelem dont une fois à Wimbledon (2004), purgeait une suspension pour dopage en 2016 et était blessée (cuisse gauche) l'an dernier.