Installé à la gauche de Gino Brousseau, notre journaliste Carl Tardif suit attentivement l’action du match entre le Rouge et Or et les Spartans.

Volleyball du R et O: au coeur de la forteresse

Mi-septembre, coup de fil de Pascal Clément. «Que dirais-tu d’être notre invité d’un jour, comme l’a été le chanteur des Lost Fingers, l’an passé? Un accès complet, t’en tires le reportage que tu veux.» À l’invitation de l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Le Soleil a passé la journée du vendredi 29 septembre avec le club de volleyball masculin de l’Université Laval en prévision de la saison 2017-2018. Incursion à l’intérieur d’une forteresse!

15h 

Me voilà dans le hall d’entrée du PEPS, un brin nerveux et les pommettes un peu rouges. En soirée, le Rouge et Or affronte les Spartans de Trinity Western, champions canadiens, dans le premier de deux matchs préparatoires. Clément partage un petit bureau avec son adjoint, le légendaire volleyeur Gino Brousseau, aussi connaisseur que généreux. Le corridor des «coachs» regroupe leurs collègues (soccer, de basketball, de natation, de rugby, de badminton...) Plus tard, on passera devant les locaux du football. Le rouge prédomine sur les portes des vestiaires de l’UL, le noir est réservé aux clubs adverses.

Les deux hommes ont déjà tracé les grandes lignes de la stratégie pour contrer les Spartans, qui alignent cinq joueurs de l’équipe nationale junior dirigée par Brousseau, cet été. «Nous avons un plan A, B et C. Le plan D, c’est démerde-toi, mais on espère ne jamais en arriver là», dit en riant celui qui est aussi responsable des études des joueurs de football.

Puis Brousseau s’insurge contre les rumeurs de congédiement de Mauro Biello chez l’Impact et parle de la course au championnat du baseball majeur. «Avant de plonger dans le volley, on jase de tout, Pascal et moi. Des nouvelles, de politique, de culture, de sport», dit-il alors que Clément admettra ne pas être un bon partenaire quand vient le temps de discuter de sport professionnel.

15h50

Appelée «l’heure de décrassage», la séance d’entraînement importée de l’Europe par Brousseau commence et sera brièvement interrompue par le visionnement des vidéos de présentation des joueurs. Clément avait donné carte blanche avec droit de refus au réalisateur, mais l’artiste qui sommeille en lui a apprécié.

17h 

Le souper d’équipe, aux frais de chacun, se tient au Subway et au Tim d’en face. À notre table, ça ne jase pas de volley, mais de la taxe Netflix et de l’avenir des journaux. Retour au PEPS, où l’on rêve de voir s’ériger un immense tableau électronique faisant l’annonce des matchs. Pause photo sous le soleil avant d’entrer, le temps de marquer le passage du Soleil pour la journée. L’équipe rencontre le nouveau conseil d’administration du club, présidé par François Bégin. «Il était là dans mon temps», glisse sa collaboratrice Marie Vaillancourt en pointant l’auteur de ces lignes, caché dans le coin. Elle jouait pour le Rouge et Or de 1992 à 1997.

19h 

Réunion dans le vestiaire, décoré d’articles de journaux et photos de divers championnats. Clément y parle de standards personnels et collectifs. Les nouveaux sont invités à dire ce qu’ils ressentent à l’idée d’affronter la meilleure formation au pays. Ils sont excités, nerveux, intrigués. Devant les joueurs, les rôles s’inversent, l’entraîneur-chef pose des questions au journaliste et cherche à connaître mes plus beaux souvenirs de volleyball et quelques moments marquants de ma carrière.

«Je n’oublierai jamais cette école de volley à la polyvalente de Neuchâtel lorsque j’enviais un grand mince de 6 pieds et 6 pouces de pouvoir frapper au-dessus du filet. Ce grand mince, c’était Pascal Clément.» Même lui est surpris. L’invitation n’était pas étrangère à ce passé et à ce respect mutuel.

Le scénario du discours d’avant-match était bien orchestré, mais avait-il été prévu? «Je savais que tu me poserais la question. Non, mais j’ai le bonheur de marcher obligatoirement pendant une heure avec mon chien Baba à chaque jour, ça met les idées en place», confiera Clément.

Joueurs et entraîneurs sont impatients de sauter sur le terrain, mais le match des filles s’étire. Elles l’emporteront en cinq sets.

20h20 

Vicente Parraguire, l’attaquant vedette du Chili, effectue le service protocolaire avec le maire de Québec, qui sert la pince à toute l’équipe, même au journaliste. «Qu’est-ce que tu fais ici, toi?» demande-t-il en souriant. Clément lui explique. Après tout, le maire fut aussi, avant nous, un ancien de la Poly de Neufchâtel...

20h50 

Court caucus. «On sert le 15», dit Clément à la suggestion de Brousseau. «Et profitez du moment, c’est comme une répétition pour le Canadien, ce sera plein, ici, en mars 2019.» Laval, ensemble! Bon match. Au bout du banc, Clément laisse toujours une chaise libre à sa droite, sans trop savoir pourquoi. Le Soleil prend place à la gauche de Brousseau. Au troisième set, je me retrouverai assis entre les deux, visiblement plus à l’aise!

Notre journaliste Carl Tardif (à droite) s’est immergé pendant une journée dans le monde de Pascal Clément et du volleyball du Rouge et Or.

21h25 

Le R et O gagne le premier set, 30-28. «Ça commence raide. Je suis satisfait, mais je trouve qu’on est mince en réception de service», indique le coach.

21h55 

Le Rouge et Or échappe le deuxième set 25-27.  «Contre une telle équipe, on se le fait mettre dans la face lorsqu’on se trompe. Quand la chance se présente, il faut que ça kick», fait savoir Brousseau, qui n’a eu besoin que d’un set pour décortiquer les tendances adverses.

22h05 

Clément bouille et appelle un temps d’arrêt avec un retard 1-5 au début du troisième, éventuellement perdu 25-17. «On a utilisé toute la palette des erreurs», illustrera-t-il.

22h45 

Jeu, set match. Le Rouge et Or s’incline en quatre manches. «Ouais, ben, on a de l’ouvrage, on n’est pas payé pour rien», philosophera Clément pendant qu’on se rend au filet pour serrer la main de l’adversaire. «Bon match, coach», me diront joueurs et entraîneurs adverses. S’ils savaient...

23h30 

Les remerciements s’imposent avant le départ. Les entraîneurs ont décidé de l’heure d’arrivée du lendemain (11h) et du polo à porter pour le match en soirée. Dans le hall, quelques joueurs discutent avec des étudiants de La Malbaie, venus au match en grand nombre.

Chacun se dirige vers sa voiture, sachant qu’il ne trouvera pas le sommeil de sitôt. Les entraîneurs reverront le match dans leur tête et penseront à celui du lendemain, qui sera plus serré, et le journaliste songera à son reportage et aura l’idée de cette chute de texte sur le chemin de retour sous le tunnel de l’autoroute Robert-Bourassa.

Ainsi va la vie dans la routine quotidienne d’un jour de match!

***

Un coach et ses joueurs

«Pourquoi?» Bien qu’il ait une idée de ce qui s’est passé, Pascal Clément pose la question à ses joueurs, qui viennent de s’incliner en quatre sets contre les Spartans de Trinity Western, la meilleure équipe au pays. Le compte à rebours jusqu’au Championnat canadien est déjà en marche. L’entraîneur-chef qui compte plus de 25 ans de service à l’UL carbure toujours à la victoire, «aucun sevrage n’est possible», dit-il.

Le dialogue avec ses joueurs lui permet de prendre du recul au lieu de leur dire sur le champ ce qu’il pense du match. Vétéran de dernière saison, le centre Hugo Léger ose une réponse, elle ne satisfait pas entièrement le coach, qui relance la discussion.

«Au début, tu peux prendre les remarques de façon personnelle, mais tu comprends que ce ne l’est pas. Pascal et Gino, ils ont leur style, leur philosophie, leurs standards. Ils sont des spécialistes pour déchiffrer l’adversaire, alors fait ce qu’ils demandent. Comme vétéran, j’ai senti que c’était à moi de casser la glace, les autres ont suivi. J’ai aussi appris qu’il vaut mieux se la fermer au lieu de dire n’importe quoi», dira plus tard le numéro 17.

Surnommé «Vicho», Vicente Parraguire poussera la réflexion plus loin, estimant que l’équipe avait arrêté de jouer après deux sets. Clément enchaînera en rappelant le concept de l’imputabilité des responsabilités à chacun.

Opération, sofa, théâtre...

«Nick, t’es plus au collégial où tu pouvais t’en sortir; Chav, qu’est-ce qui fait le plus mal : entendre le médecin dire que tu dois être opéré au dos ou être victime d’un bloc? Ton texte, c’est de frapper, alors attaque. Ethan… Ethan, regarde-toi, t’es assis dans ton sofa. Les gars, si vous ne jouez pas votre rôle, la pièce va être plate», disait Clément pendant que l’Ethan en question se redressait devant son casier.

Une pratique a suffi à Ethan Ellison pour devenir passeur du R et O. Il arrivait de Toronto et explique avoir mis environ six mois à être à l’aise en français et comprendre le langage codé avec son entraîneur.

Le Torontois Ethan Ellison a découvert la tradition du Rouge et Or.

«Au début, je n’étais pas trop sûr comment ça fonctionnait, j’ai appris à le connaître. Pascal est un bon coach pour les passeurs, il a toujours été proche d’eux. Je sais que je n’ai pas le droit de mal jouer, que si je ne suis pas constant, l’attaque ne le sera pas», admettait celui qui a découvert la tradition du R et O en enfilant le chandail.

Avant de quitter le PEPS, ce soir-là, Clément prendra son passeur à l’écart avant d’aller saluer les parents de ce dernier. «Ethan, tu te souviens du souper des passeurs qu’on a fait l’autre jour, ils sont tous passés par là...», lui dira-t-il.

Le lendemain, il distribuera le ballon de façon plus énergique et diversifiée. «Un passeur, c’est un ordinateur qui ne peut jamais tomber en mode veille», illustre Clément

Léger a un conseil pour les nouveaux-venus : investissez-vous complètement. Olivier Caron, une recrue, est prêt à le faire. Son père a déjà joué pour le R et O, tout comme l’oncle de ce dernier, membre de la toute première édition du club.

«C’est à mon tour, maintenant. Selon notre niveau, ça peut être intimidant de jouer avec le Rouge et Or. Moi, c’était mon rêve, alors ça l’est peut-être un peu plus que pour d’autres. Même si je ne jouerai pas souvent, ce que je veux, c’est d’inspirer mes coéquipiers juste par la manière que je travaille. Je vais passer une belle année, je trippe déjà au boutte…»

Le R et O masculin ouvre sa saison locale contre les Carabins de Montréal vendredi (19h30), au PEPS, match qui suivra celui des filles à 18h.