Samedi soir, au Centre Vidéotron, Vincent Thibault (3-0, 1 K.-O.) se frottera au Mexicain Arturo de la Cruz (5-8, 1 K.-O.).

Vincent Thibault veut se faire un nom

Vincent Thibault a commencé la boxe à sept ans, parce qu’il se faisait écœurer à l’école. «Trois mois plus tard, je n’avais plus de problèmes!» lance-t-il, sourire en coin.

Les ennemis de Thibault sont vite devenus des amis. Ils seront dans les estrades, samedi soir, au Centre Vidéotron. Lui sera sur le ring.

Gala à forte saveur locale, où au moins 13 des 24 boxeurs et boxeuses sont Québécois de naissance ou d’adoption. Thibault, de Charlesbourg, est un gars de la place. Comme Clovis Drolet, de Beauport, et Éric Martel--Bahoéli, de Québec. Trois athlètes qui vont boxer chez eux, devant leur monde.

Devant leur mère. Pour Thibault, c’est elle qui l’a toujours soutenu, celle qui lui a fourni «tous les outils pour être où je suis rendu», a raconté le bonhomme de 25 ans jeudi midi, en marge de la traditionnelle conférence de presse pré-gala.

À son quatrième combat pro, Thibault (3-0, 1 K.-O.) sera à la télé en direct sur TVA Sports (vers 21h45, après le match du Canadien), tout comme le prometteur poids lourd d’origine russe Arslanbek Makhmudov (1-0, 1 K.-O.), Mathieu Germain (13-0, 7 K.-O.) et la vedette du gala, le lourd de Trois-Rivières Simon Kean (13-0, 12 K.-O.).

«Ceux qui ne me connaissent pas encore à Québec vont me connaître», promet Thibault, qui a changé d’adversaire à la dernière minute. Un Mexicain pour un autre, Arturo de la Cruz (5-8, 1 K.-O.) remplace Noe Barreras (1-0). De la Cruz, 38 ans, a gagné un seul de ses sept combats depuis 2010.

Dernier tour de ring

Céline Martel aussi sera dans l’assistance, samedi soir. À contrecœur. Mais comment rater la toute dernière prestation dans le ring de son grand fiston de 36 ans? «C’est mon dernier combat sûr à 100 %, à Québec et dans le monde entier!» lance Martel-Bahoéli (11-7-1, 7 K.-O.), qui jonglait il n’y a pas si longtemps encore avec la possibilité d’un combat au pays de son père, la Côte d’Ivoire. Projet qui a fait patate.

Il veut «finir en beauté» et montrer aux jeunes écorchés qu’il côtoie comme agent d’intervention au Centre jeunesse de la DPJ qu’une défaite, aussi cinglante puisse-t-elle être comme celle qu’il a subie aux mains d’Adam Braidwood en février 2017, n’empêche pas de se relever avec fierté.

De 15 livres plus mince qu’il y a quelques mois, le poids lourd de plus de 250 livres s’attend à verser quelques larmes après son affrontement contre Hector Aguilar (7-3, 5 K.-O.), mais compte entre-temps «prendre le temps, prendre les six rounds pour faire ce que je dois faire».

Arrivée à destination de près de 10 ans de carrière professionnelle, Martel-Bahoéli a été témoin privilégié dans les dernières semaines de la préparation d’un ami, partenaire d’entraînement et peut-être futur champion, Simon Kean. Tas de muscle mauricien de 29 ans qui n’aura peut-être pas tant d’opposition de la part du Mexicain de 40 ans Ignacio Esparza (21-2, 14 K.-O.), samedi.

En tout cas, jeudi, Esparza, avec tuque, foulard et lunettes fumées, semblait d’abord vouloir passer inaperçu dans un Centre Vidéotron, disons-le, frigorifique. Il a une tête de moins et plusieurs pouces de tour de taille de plus que Kean, mais ce dernier se méfie du «coup de circuit» de la part d’un rival aussi expérimenté.

Le duel le plus divertissant de la soirée pourrait opposer Mathieu Germain (13-0, 7 K.-O.) à Miguel Zamudio (40-10-1, 24 K.-O.). Se sont invectivés en trois langues jeudi, les seuls à hausser le ton durant l’heure de rencontre. À 26 ans, Zamudio affiche plus de 50 combats pros!

NOTES : La pesée se tient vendredi, dès 12h30, au centre commercial Laurier... Samedi, le premier combat de la soirée s’amorcera sur le coup de 19h. Contrairement au 19h30 inscrit sur les billets, puisque le gala compte 12 duels au lieu des 10 prévus à l’origine. Les portes ouvriront à 18h... Parlant de billets, plus de 3000 places ont jusqu’ici été vendues.

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L'ÈRE EYE OF THE TIGER?

Au rayon de la promotion, la boxe professionnelle québécoise a connu les années de gloire d’InterBox, avec Éric Lucas et Lucian Bute, puis du Groupe Yvon Michel (GYM), avec Jean Pascal et Adonis Stevenson. Est-ce le début de l’ère Eye of the Tiger Management?

Arrivé à Québec pour son premier gala au Centre Vidéotron avec l’objectif modeste d’attirer 4000 spectateurs, Camille Estephan n’en a pas moins de grandes ambitions sur la scène internationale. «On veut gagner la guerre mondiale de la boxe contre Top Rank, Golden Boy, Eddie Hearn [Matchroom] et les autres. Nos 10 meilleurs boxeurs possèdent un potentiel aussi fort que leurs 10 meilleurs», a dit le président d’Eye of the Tiger, jeudi midi.

«On est dans une mine d’or. Mais maintenant, il faut sortir l’or», poursuit celui qui a 16 boxeurs sous contrat. «Il faut les développer et c’est là qu’on verra de quoi on est fait», argue-t-il, estimant que ses concurrents comme GYM et InterBox, qu’il a racheté en 2016, ont à un moment ou un autre négligé le recrutement et le développement, ne vivant plus qu’au présent.

Grand amateur de hockey, Estephan est le président du club. Antonin Décarie, son directeur général. Et le recruteur en chef? Mike Moffa. Celui qui le convainc d’embaucher ou pas tel boxeur prometteur, en d’autres mots d’investir dans cette recrue plutôt qu’une autre. «Mais il ne faut pas échanger tous tes choix au repêchage», illustre-t-il.

Sur la glace, la locomotive du train s’appelle pour l’instant David Lemieux. Mais les wagons au profil de futur champion sont nombreux : Steven Butler, Batyr Jukembayev, Custio Clayton, Simon Kean, Arslanbek Makhmudov et Sadriddin Akhmedov, un super-mi-moyen kazakh qui fera ses débuts professionnels à Québec, samedi. Estephan compare Akhmedov à un super espoir de la trempe d’un Alexis Lafrenière de l’Océanic de Rimouski, au hockey. À suivre.