Luis Santana (à droite) croyait bien avoir mérité la victoire face au champion en titre des 60 kilos de la catégorie élite, Lucas Bahdi.

Victoire morale et dur revers

Il y a les victoires morales et les revers qui font mal... Le Soleil a rencontré deux boxeurs québécois qui se sont butés au champion national de leur catégorie, jeudi, lors des Championnats canadiens disputés dans la salle de bal du Hilton, de Québec. Deux athlètes sortis d'une défaite dans de bien différentes dispositions...
Celle qui apprend vite
«Je m'étais dit que j'allais prendre une semaine de congé du gym, mais là j'ai déjà le goût d'y retourner demain», a dit Sara Couillard, qui s'est inclinée en demi-finale devant la championne canadienne chez les 54 kilos.
Après seulement trois ans de boxe, Sara Couillard a regardé la meilleure au pays droit dans les yeux, jeudi. Certes, elle s'est inclinée en demi-finale devant l'Ontarienne Erica Adjei chez les 54 kilos. Mais ce fut au terme d'une guerre de tranchées pendant laquelle les deux femmes ont multiplié les attaques. Le manque d'expérience a peut-être coûté la victoire à la Québécoise, de son propre aveu.
«Ça me donne envie de travailler encore plus fort», a assuré une Couillard satisfaite, encore souillée du sang de son adversaire, signe que la championne en a eu pour son rhume pendant les trois rondes de leur duel. «Je m'étais dit que j'allais prendre une semaine de congé du gym, mais là j'ai déjà le goût d'y retourner demain.»
La femme de Québec est devenue boxeuse à 21 ans. D'abord en se contentant de l'entraînement pour une remise en forme, puis en se mesurant à des adversaires. Elle est vite tombée amoureuse de ce sport, au point de laisser tomber l'un de ses deux emplois et de diminuer ses tâches dans le second pour se consacrer à sa passion.
Elle est déjà vice-championne québécoise. Et jeudi, elle a bousculé l'agile Adjei, désormais à une victoire de conserver son titre acquis l'an dernier, dans ce même Hilton.
Ce sont les premiers Championnats canadiens de Couillard. Elle avait remporté son combat d'ouverture, mercredi. «C'est une fille excessivement disciplinée. Elle sait ce qu'elle veut! Oui, elle sera dans la boxe. Mais elle peut faire n'importe quoi», l'a vantée son entraîneur, Ghislain Vaudreuil, du Club de boxe Pro-Am Limoilou.
Son parcours n'a pas toujours été facile pour autant. Abonnée aux finales dans les compétitions provinciales, elle y a souvent perdu ses moyens. «J'avais un blocage psychologique», raconte Couillard. «Quand j'étais en finale, je devenais super nerveuse, stressée. C'est ce qui jouait beaucoup dans mes performances. J'ai fait appel à un psychologue sportif qui m'a aidée.»
Très active sur les médias sociaux, Couillard fait une belle place à une citation de Picasso, sur sa page Facebook: «Tout ce que vous pouvez imaginer est réel.»
Elle rêve désormais de Jeux olympiques et de boxe professionnelle. Même si sa catégorie de poids n'est toujours pas inscrite aux JO; même si une carrière pro, chez les femmes, est loin d'être synonyme de sécurité financière...
Pour parvenir à ses fins, elle espère se mesurer à l'élite canadienne le plus souvent possible. Elle compte se rendre à Toronto d'ici l'été, à ses frais, pour un gala interrégional. Avec les prochains championnats canadiens dans sa mire. Déjà.
Celui qui en veut plus
Les larmes de déception - voire de frustration - de Luis Santana n'étaient pas encore sèches lorsqu'il s'est assis avec Le Soleil dans les escaliers du Hilton. Le boxeur de 19 ans venait de subir un revers crève-coeur face au champion en titre des 60 kilos de la catégorie élite, Lucas Bahdi, membre de l'équipe nationale. Trois rondes inspirées pendant lesquelles les partisans de Santana l'ont encouragé à grands coups de «Luis! Luis! Luis!»
Champion l'an dernier chez les juniors, Santana ne trouvait pas de réconfort, jeudi, à l'idée qu'il s'agissait de ses premiers pas chez les seniors. D'autant plus qu'il croyait mériter la victoire.
«Ce n'est pas parce qu'il est champion... Oui, peut-être que je suis plus jeune. Mais si je suis meilleur que lui, qu'on me donne la victoire», a pesté le Montréalais d'origine dominico-colombienne, d'une voix calme. «De tout mon coeur je pensais que j'avais la victoire. Je me suis entraîné fort, pendant des mois. J'ai boxé avec des pros, j'ai tout fait! [...] J'aurai la chance l'année prochaine, mais je trouve que c'est dans longtemps.»
Un titre canadien lui aurait ouvert les portes des Championnats du monde, avec toute l'expérience qui vient avec le fait d'affronter les meilleurs de la planète. Il l'a fait l'an dernier, en Russie, mais c'était chez les juniors.
Santana a commencé la boxe à 13 ans. Comme d'autres avant lui, il y a trouvé une façon de canaliser son énergie. «J'étais un petit vagabond. Je me battais souvent dans la rue. [La boxe] m'a mis dans le droit chemin, pas dans le mauvais. J'ai continué dans cette voie-là. Et aujourd'hui, je suis fier de moi.»
Lui aussi rêve de Jeux olympiques, comme son adversaire de jeudi, d'ailleurs, dont le site Web ne fait aucune cachette en ce sens. Ils risquent donc de se retrouver sur un ring, avec à l'enjeu l'atteinte de cet objectif ultime. «Il me reste trois ans. C'est moi qui serai dans l'équipe [nationale], ce n'est plus lui. Je vais le tasser», a conclu Santana.