Le Slovaque Peter Sagan, qui a remporté la cinquième étape du Tour de France, mercredi, a battu le record de l'Allemand Erik Zabel en décrochant le maillot vert, remis au meneur aux points, pour la 90e fois de sa carrière.

Victoire et record pour Peter Sagan au Tour de France

QUIMPER — La cinquième étape du Tour de France, mercredi à Quimper, s’est donnée un vainqueur prestigieux, le champion du monde Peter Sagan.

Le Belge Greg Van Avermaet (BMC), septième à l’arrivée, a conservé le maillot jaune de leader après une randonnée de 204,5 km dans la campagne du Finistère, sans conséquence sur le classement général entre les favoris.

Dans un sprint en côte, Sagan a réglé un premier peloton. Bis repetita : le Slovaque a devancé l’Italien Sonny Colbrelli. Le même ordre que sur le faux-plat de l’arrivée de la deuxième étape à La Roche-sur-Yon.

Le Belge Philippe Gilbert, qui avait pris l’initiative dans la montée d’arrivée, a pris la troisième place devant l’Espagnol Alejandro Valverde et le Français Julian Alaphilippe, deux coureurs qui seront à suivre de près jeudi à Mûr-de-Bretagne.

«J’ai buté sur le vent de face dans le final. Je pensais d’abord à l’étape, mais, si je gagnais, le maillot [jaune] venait avec», a regretté Gilbert.

Étonnamment, d’autres coureurs à portée du maillot jaune n’ont rien tenté malgré les petites routes sinueuses favorables aux offensives. À l’arrivée, la position de Van Avermaet, dont l’équipe a contrôlé la course pour l’essentiel (avec celle de Sagan), n’a été menacée que par Alaphilippe, parti grignoter trois secondes de bonification au nouveau «sprint-bonus» à l’approche des 10 derniers kilomètres.

La vigilance de Froome

«GVA» n’a pu, cependant, rivaliser pour la victoire d’étape. «J’ai lancé le sprint trop tôt. Je croyais que le dernier virage était à 200 mètres de l’arrivée, en regardant les fichiers GPS, mais c’était à 350 mètres, trop loin pour pouvoir gagner», a regretté le champion olympique de Rio.

Sagan, qui a adressé «un grand merci» à Van Avermaet pour avoir lancé le sprint très tôt, a contrôlé la situation tout au long du dernier kilomètre. «J’étais bien placé. Finalement, je suis parti au bon moment, comme Colbrelli. Mais, à la toute fin, j’ai poussé plus fort que lui», a commenté le Slovaque.

Le Britannique Chris Froome a pris soin de rester avec ses équipiers dans les premières positions tout au long d’un final tortueux et étroit. Le quadruple vainqueur du Tour a franchi la ligne à la 14e place.

«Tout le monde savait que ça allait être une journée difficile. Une étape très vallonnée, jamais vraiment plate, que des montées et des descentes», a souligné Froome. «C’est le genre d’étape où certaines choses peuvent mal tourner, et vous pouvez perdre 30 à 40 secondes si vous perdez des positions».

Le peloton s’est écrémé au fil des kilomètres derrière l’échappée de sept coureurs lancée après sept kilomètres. Ce groupe, qui a compté jusqu’à quatre minutes et demie d’avance, s’est réduit sous le double effet d’une attaque de Sylvain Chavanel, seul en tête durant près d’une heure, et de la sélection des plus forts.

Sagan plus vert que Zabel

Deux Français, Lilian Calmejane et Nicolas Edet, et un Letton, Toms Skujins, ont fini par rester seuls à l’avant de la course. Mais ils ont été repris à une douzaine de kilomètres de Quimper.

«Ce qui nous a manqué, c’est que les sept coureurs dans l’échappée, aient l’ambition de jouer la gagne, c’était le cas pour Sylvain [Chavanel] et moi, les autres étaient intéressés par les classements annexes, la combativité, le maillot à pois...», a mis en cause Calmejane.

En réponse, Edet a mis en doute le bien-fondé de la tactique choisie par l’équipe rivale. Le bilan de cette guéguerre franco-française? Skujins a endossé le maillot de meilleur grimpeur et a été désigné combatif du jour.

Depuis ses débuts dans le Tour en 2012, Sagan, 28 ans, a enlevé dix étapes. Cette année, il a fait au plus mal... deuxième dans les quatre premières étapes en ligne courues depuis le départ de Vendée.

Le champion du monde a conforté son maillot vert de leader du classement par points. Il a dépassé le record de l’Allemand Erik Zabel en le décrochant pour la 90e fois.

Jeudi, la 6e étape, de Brest à Mûr-de-Bretagne (181 km), se terminera par une boucle de 16 kilomètres. La côte de Mûr-de-Bretagne, favorable aux puncheurs qui visent le succès d’étape, voire le maillot jaune, est à franchir à deux reprises.

«C’est Julian Alaphilippe qui est le grand favori. Il peut prendre le maillot jaune», a prévenu Van Avermaet.

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BAGARRE CONTRE LA CHALEUR

Entre maillots plus légers que jamais pour évacuer la transpiration, et cryothérapie pour récupérer après l’étape, les coureurs du Tour de France sont dans des conditions optimales pour que leurs organismes s’adaptent à la chaleur.

Les quatre premières étapes se sont déroulées à plus de 30 degrés. Et le petit rafraîchissement breton à 25 degrés observé mercredi entre Lorient et Quimper n’était qu’un répit, car les prochains jours sont annoncés avec des températures à nouveau à la hausse.

Dans ces conditions, les conseils classiques d’hydratation accrue des organismes sont répétés sans arrêt par les médecins des différentes formations.

«Si un coureur perd 0,1 % de son poids — un coureur de 70 kg qui perdrait 700 g — il perd 10 % de force», explique ainsi le médecin nutritionniste de l’équipe française Fortuneo, Jean-Jacques Menuet. 

Deux bidons par heure

Depuis le départ du Tour, samedi en Vendée, les coureurs de Fortuneo ont donc bu en moyenne deux bidons par heure, contre seulement 1,2 sur le Dauphiné, qui s’est déroulé il y a un mois, précise-t-il. «Ça impose un certain fonctionnement et une hygiène», souligne le directeur sportif de Cofidis, Cédric Vasseur.

Seul avantage de la chaleur de ce début de Tour, «il fait chaud, mais sec, et ça ne nous inquiète pas trop», note Menuet. «Ce qui est plus inquiétant, c’est quand il fait chaud et humide, parce que la sueur ne peut pas s’évaporer. Et la meilleure façon que l’organisme a trouvée pour refroidir la peau, c’est d’évacuer la sueur. Chaud et sec, la sueur s’évacue plus facilement, et le coureur se rafraîchit plus», ajoute-t-il.

Il faut dire que depuis plusieurs années, les techniques se sont améliorées, pour mettre les cyclistes dans les conditions optimales pour s’adapter à la chaleur.

«Tout a évolué. La qualité des tissus : ils sont plus légers et laissent évacuer la chaleur corporelle. Ils empêchent la chaleur de venir», se réjouit Vasseur, qui précise que la situation était totalement différente du temps où il était coureur dans les années 2000.

«Dès l’arrivée, très souvent on leur fait passer un gilet de cryothérapie pour refroidir assez vite la température. Dans le bus, on a des bottes qui font passer de l’eau froide à 1 ou 2 degrés, pour refroidir les muscles qui ont chauffé», explique le médecin de Fortuneo.

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CHAVANEL AIME S'ÉCHAPPER

Pour son dernier Tour de France, Sylvain Chavanel a des fourmis dans les jambes. Échappé solitaire pendant 130 kilomètres, dimanche, entre Mouilleron-Saint-Germain et La-Roche-sur-Yon, le coureur de Direct Energie est reparti en avant, mercredi. Et il a passé la côte de la Roche au Feu en tête. C’est la 22e fois qu’il franchit en première position un col ou une côte répertorié sur le Tour de France, soit autant que Bernard Hinault. Chavanel pourrait passer devant son ancien coéquipier Thomas Voeckler (28), mais le record de Richard Virenque est toujours hors de portée (70).