La cycliste Gunn-Rita Dahle-Flesjaa

Vélirium: Dahle encourage Prémont et rentre en Norvège

Gunn-Rita Dahle-Flesjaa aurait aimé discuter avec Marie-Hélène Prémont, à l'occasion de la Coupe du monde de vélo de montagne du Mont-Sainte-Anne. Lui dire qu'un retour ne fera pas d'elle une mauvaise mère et qu'elle peut encore gagner des courses, mais qu'à partir de maintenant, certains amis se feront plus rares.
Elle aurait aimé lui dire à quel point elle espère la revoir sur le circuit international. Mais cette conversation n'aura pas lieu. Maman depuis un an et en manque de temps, Prémont n'a pas encore abandonné l'idée d'être au départ de l'épreuve de cross-country de dimanche. C'est plutôt Dahle qui est prise d'une infection à la gorge depuis son arrivée à Québec, il y a trois jours. La Norvégienne plie donc bagage de façon prématurée et rentre au bercail dès jeudi.
Médaillée d'or olympique en 2004, juste devant Prémont, quatre fois championne du monde de cross-country et quatre fois championne de la Coupe du monde, la cycliste de 41 ans est une légende vivante de son sport. Et elle ne semble pas ralentir, comme en témoignent ses trois podiums en trois départs de Coupe du monde cette année, cinq ans après avoir donné naissance à son fils Bjornar. Elle est mariée à son entraîneur, Kenneth Flesjaa, depuis 2005.
«Je suis presque revenue au niveau où j'étais avant ma grossesse. Je n'ai pas encore performé à mon mieux cette saison et je crois que cela viendra lors des Championnats du monde, à Hafjell», a-t-elle prédit dans un échange de courriels avec Le Soleil, mercredi, qualifiant la tenue des Mondiaux dans son pays de «chance unique dans une vie». Elle vise une médaille.
Approche différente
N'empêche que la maternité a changé son approche, celle des autres aussi. «Il m'est plus facile d'accepter les périodes difficiles comme celle-ci, où je suis malade et je ne peux pas courir. Quand je ne suis pas capable de faire mon boulot, je rentre à la maison et je passe plus de temps avec mon petit bonhomme, indique-t-elle.
«Je peux encore gagner de grosses courses et je besogne fort chaque jour pour y parvenir, mais le vélo ne passera jamais avant Bjornar. Tu te dois seulement de voir les choses différemment, de penser différemment quant au travail quotidien à accomplir», souligne-t-elle.
Le retour de Prémont serait «bon pour le sport et toutes les mères, pour leur montrer qu'on n'a pas à abandonner nos rêves et ce qui nous passionne, explique Dahle. Il ne faut pas te sentir coupable quand tu pars ou que tu passes plusieurs heures sur ton vélo au lieu d'être avec ton enfant. Il faut aussi accepter que tes plans puissent changer vite. Tu dois être moins perfectionniste à propos de ton sport. Je n'ai plus besoin de tout gagner.»
Dahle ajoute qu'à son retour, certains ne savaient pas comment réagir à ses insuccès en piste. «Je savais que ça prendrait du temps pour revenir à mon meilleur, mais d'autres personnes se comportaient bizarrement. Tout d'un coup, j'avais moins d'amis!»
Cinq ans plus tard, la voilà dans la roue de Jolanda Neff, Suissesse de 21 ans et actuelle meneuse au classement mondial. Elle pourrait être sa mère! «Ça m'inspire et ça me motive. Je peux encore battre ces jeunes filles qui arrivent. Ça me donne encore plus d'énergie à l'entraînement», confie Dahle.
Elle décidera après la présente saison si elle continue jusqu'à Rio 2016 pour ses cinquièmes Jeux olympiques. «Jusqu'à maintenant, je n'ai trouvé aucune raison d'arrêter.»