Le club de boxe St. Thomas n'a pas bonne mine, mais les meilleurs boxeurs de Sheffield y ont été développés.

Une véritable fabrique à champions de boxe

«Vas-y, c'est bien, frappe! Tu es encore meilleure qu'aux derniers Olympiques!»
Le son de la voix d'un vieil homme résonne en duo avec la chaîne qui retient un sac de sable à l'une des quatre poutres d'acier rouges au plafond. Petite salle de la largeur d'un ring, plancher de bois usé, odeur d'humidité. Bienvenue au club de boxe St. Thomas, véritable fabrique à champions.
Derrière la façade blanche ornée d'une rosette rappelant une église, cette ancienne salle paroissiale abrite l'un des gymnases les plus auréolés de succès au monde. Brendan Ingle y a d'abord organisé des soirées de danse. Mais depuis 50 ans, ses fils et lui forment plusieurs des meilleurs pugilistes en Grande-Bretagne.
Outre Kell Brook, qui défendra sa ceinture de champion du monde samedi contre Kevin Bizier, Naseem Hamed, Johnny Nelson, Ryan Rhodes, Herol Graham et Junior Witter garnissent la liste de champions produits ici.
«Si vous pensez déménager à Sheffield, je ne vous recommande pas ce quartier», a confié le chauffeur de taxi au représentant du Soleil, avant de le déposer dans cette banlieue nord-est de Sheffield.
Wincobank est un quartier ouvrier où les gens «travaillent très fort», apprendra-t-on à l'intérieur. Façon de parler d'un secteur pauvre. Mais l'endroit mieux connu sous le nom d'Ingle Gym semble protégé par Dieu, avec une église en face, ou plutôt par le fondateur du gym, Ingle père, dont la maison est voisine de l'église. Les fistons, Dominic et John, ont pris la relève et habitent aussi tout près, comme plusieurs boxeurs.
En ce lundi avant-midi, une seule personne cogne dans le cuir. La championne olympique en titre chez les 51 kg, Nicola Adams, sous les ordres de son entraîneur Alwyn Belcher.
<p>Nicola Adams absorbe les conseils de son entraîneur Alwyn Belcher.                              </p>
«L'assassine au visage de bébé»
Celle que l'on surnomme «l'assassine au visage de bébé» se prépare pour les qualifications olympiques de la semaine prochaine, en Turquie. Elle compte encore rafler l'or à Rio cet été, avant de tenter sa chance chez les pros.
Puis entre Johnny Nelson, champion du monde des lourds-légers de la WBO les six dernières années de sa carrière, de 1999 à 2005. Il a commencé la boxe à 14 ans. A vu grandir Brook.
«Ce qu'il faut que tu dises à propos de ce gym, c'est qu'on nous fait réfléchir différemment. Dans la boxe d'aujourd'hui, l'accent est mis sur la force et le conditionnement physique. Tandis qu'ici, la défense et les habiletés priment encore. La technique aura toujours le dessus sur la force», explique Nelson, devenu commentateur à la télé.
Si Nelson a mérité chacune de ses 45 victoires à force de travail, Brook (35-0) est un naturel. «On a su dès le début que Kell deviendrait un jour champion du monde», affirme Michael Lawless, avocat conseiller auprès de plusieurs boxeurs de Sheffield.
Lawless désigne l'ex-champion plume «Prince» Naseem, qui faisait fureur dans les années 90, comme le parfait produit du Ingle Gym : «Bouger pour ne pas te faire toucher», résume-t-il.
Recette à succès qui a convaincu Adam Etches de rentrer au bercail, entre autres à cause de sa première défaite subie l'an dernier. «Je pensais que ce serait mieux ailleurs, mais je n'aurais pas dû partir», admet celui qui se battra pour un titre intercontinental WBA, samedi. «Dominic Ingle n'est pas juste le meilleur coach en Angleterre, il est le meilleur au monde», tranche Etches.