Le gardien Greg Millen a terminé la saison 1989-1990 dans l’uniforme des Nordiques. Il a été échangé des Blues de St. Louis tout juste avant Noël, en 1989.

Une trêve en cadeau

Greg Millen a cru qu’il allait recevoir une prolongation de contrat comme cadeau de Noël en 1989.

Il a plutôt été échangé. Le voilà donc dans son salon avec sa famille, alors qu’un dirigeant des Nordiques de Québec apportait des pyjamas à l’effigie de l’équipe et d’autres cadeaux pour ses trois filles afin de convaincre le gardien de déménager.

«C’est arrivé juste avant Noël», se souvient Millen. «Je crois que je me suis rendu à Québec par moi-même, et c’était très difficile. Tout ça est arrivé pendant les Fêtes. Ce n’était pas facile.»

L’année suivante, le 21 décembre 1990, les Penguins de Pittsburgh échangaient Rob Brown aux Whalers de Harford contre Scott Young et le 23 décembre 1991, les Kings de Los Angeles envoyaient Corey Millen aux Rangers de New York contre Randy Gilhen.

Or, ces transactions juste avant Noël sont maintenant une histoire du passé grâce à une règle unique dans les sports professionnels nord-américains : la trêve de Noël de la LNH, qui permet aux joueurs de célébrer sans avoir à se soucier d’un déménagement à la fin décembre. Les équipes ne peuvent échanger, soumettre au ballottage ou envoyer un joueur dans les mineures du 18 décembre à 23h59 jusqu’au 27 décembre à 00h01, sauf pour quelques exceptions en matière de blessures.

«C’est une question de bon sens, et je pense que c’est bon pour le hockey», croit Young. «Sans cette trêve, qu’est-ce que ça donne? Ça donne des gens qui tentent d’avoir plus d’influence sur un gars pour le contraindre à signer un contrat le matin de Noël quand ses enfants ouvrent les cadeaux? Ça n’apporte rien de bon.»

Pas de répit dans la NBA et la NFL

Les joueurs peuvent être échangés, soumis au ballottage dans la NBA et ils peuvent être coupés à Noël dans la NFL. Dans la NBA, les Rockets de Houston ont soumis le garde Jeremy Lin au ballottage à Noël en 2011, les Pelicans de La Nouvelle-Orléans ont échangé Ish Smith aux 76ers de Philadelphie à la veille de Noël en 2015 — ce qui a mené à la coupure de Tony Wroten — et les Steelers de Pittsburgh ont coupé le demi offensif Daryl Richardson l’année dernière à la veille de Noël.

La transaction la plus près de Noël dans la Ligue nationale de hockey dans les dernières années a eu lieu en 2015, quand le Canadien de Montréal a envoyé Ben Scrivens aux Oilers d’Edmonton en échange de Zack Kassian le 28 décembre, après l’expiration de la trêve. Mais les transactions au sein du personnel d’entraîneurs sont plus courantes. Ainsi, à Toronto, Ron Wilson avait annoncé à Noël 2011 sa prolongation de contrat et les Devils de New Jersey ont donné son 4 % à Peter DeBoer le 26 décembre 2014.

Les Penguins ont eu chaud mardi en concluant deux transactions pour acquérir le défenseur des Stars Jamie Oleksiak, mais tout le monde savait que ce serait tranquille du côté des transactions. 

«Nous sommes assez occupés pendant l’année, alors ça fait du bien d’avoir des périodes plus tranquilles qui permettent de passer du temps en famille», a indiqué le défenseur des Capitals Matt Niskanen, qui avait été échangé des Stars aux Penguins en février 2011.

Célébrer en toute quiétude

La trêve des Fêtes de la LNH est incluse dans la convention collective et remonte à la grève de 1992, qui portait principalement sur les bonus en séries et sur les agents libres. Un mémorandum a été signé en 1993, qui comprenait un gel des alignements du 19 au 27 décembre pour les transactions et le ballottage. Ces clauses ont été incluses dans la convention collective en 1995, et ont été étendues aux ligues mineures après le lock-out de 2004-2005.

«C’était quelque chose de bien pour les joueurs qui leur permettait de passer les fêtes la tête tranquille», a indiqué Young, qui est maintenant directeur du développement des joueurs pour les Penguins. «Quand tu fais l’objet de toutes sortes de rumeurs d’échanges et qu’on se rend jusqu’à Noël, on peut au moins nous laisser la chance d’avoir la tête en paix pendant quelques jours et de profiter des festivités».

La LNH programmait des matchs le jour de Noël, comme dans la NBA, mais cette pratique a cessé après la saison de 1971. Il n’y aucun match entre le 24 et le 26 décembre — un jour de congé supplémentaire ayant été négocié en 2013 — et, en plus du repos pour le corps, accorde un repos supplémentaire pour l’esprit.

«Ça permet aux joueurs d’avoir une vie un peu normale», a ajouté de son côté l’entraîneur des Capitals, Barry Trotz. «La dernière chose que tu veux est de faire des boîtes à Noël avec la famille pour se diriger vers une autre équipe. Moralement, c’est pas correct. Je suis content qu’ils aient cette trêve, et c’est la bonne chose à faire.»