Quand il a pris sa retraite comme joueur professionnel, Hugues Laverdière n’a jamais accroché sa raquette. Il s’est investi dans le coaching, un domaine dans lequel il est aujourd’hui impliqué à plusieurs niveaux.

Une suite logique pour Hugues Laverdière

Détenteur d’un baccalauréat en traduction anglais-français, Hugues Laverdière aurait pu devenir traducteur à la fin de sa carrière de joueur de tennis professionnel. Mais l’idée ne lui a jamais effleuré l’esprit quand il a renoncé à évoluer sur le circuit ATP. Sa voie semblait toute tracée dans le domaine du coaching, une suite logique à sa carrière de joueur, diront certains.

«C’était une suite logique, mais c’est aussi un peu grâce à la chance que j’ai pu demeurer dans le tennis, mentionne le Lévisien. J’avais beau être passionné, posséder des connaissances et avoir du talent, il fallait que les astres soient alignées pour que je fasse du tennis mon gagne-pain. Il n’y a pas tant de clubs que ça dans la région de Québec.

«L’opportunité d’être prof de tennis s’était présentée alors que j’étais joueur. Et j’avais adoré ça. Je m’étais alors dit que j’allais demeurer dans le tennis après ma retraite. J’ai d’abord donné des cours. Par la suite, j’ai fondé l’académie de tennis à mon nom. Je suis maintenant responsable du tennis au club La Cité sportive de Pintendre et je suis en charge de 22 programmes sport-études. Je suis chanceux... et vraiment fier.»

Classé dans le top 5 des meilleurs joueurs junior au Québec (4e) puis ayant atteint le huitième échelon au Québec et le 11e au Canada, Laverdière s’est aussi signalé sur le circuit de la NCAA avec l’équipe de l’Université Virginia Tech où il avait reçu une bourse d’études. Par la suite, il a joué cinq saisons sur le circuit de l’ATP où ses meilleurs classements furent 1288 en simple et 1048 en double. C’est en 1999 qu’il pris sa retraite à la suite d’une défaite de 6-1, 6-1 contre James Black.

«Il arrivait sur le circuit après avoir perdu en finale du tournoi de la NCAA. Il était vraiment fort. Ce qui m’avait frappé, c’était de voir comment nous n’étions pas du même niveau. Parallèlement, je n’avais pas assez d’argent pour jouer dans tous les tournois. Chaque année, j’étais obligé de revenir à Québec pendant quelques mois pour gagner de l’argent.

«C’est certain que si j’avais eu des commanditaires, j’aurais pu continuer à jouer. J’aurais aussi pu avoir un coach et je me serais entraîné différemment. Mais si j’étais si hot que ça, j’aurais probablement gagné des tournois, ce qui m’aurait permis d’avoir l’argent nécessaire pour continuer.»

Le Lévisien ne le cache pas, le fait d’être demeuré dans les sphères du tennis lui a permis de faire le deuil de sa carrière. Mais il a quand même pris plusieurs mois avant de ne plus regarder en arrière et d’accepter qu’il ne réaliserait pas son rêve de figurer parmi les 200 meilleurs joueurs au monde.

«J’ai fini par me dire que d’avoir eu un classement mondial, c’était déjà quelque chose. Aujourd’hui, quand je pense à ma carrière, je n’ai aucun regret. Le tennis m’a permis d’aller étudier aux États-Unis, de devenir bilingue, de beaucoup voyager, de me faire des amis partout dans le monde et d’avoir beaucoup de plaisir. C’est un bilan très positif.»

Alexandra Stevenson

Laverdière était encore un coach recrue quand il a vécu ce qui constitue encore, 18 ans plus tard, le fait saillant de sa carrière d’entraîneur. Après avoir été le partenaire d’entraînement d’Alexandra Stevenson dans le cadre du Challenge Bell, il a eu la chance de suivre l’Américaine en tant que coach lors de tournois de la WTA disputés en Europe en 2002.

«J’ai vécu un rêve. J’ai été dans le feu de l’action dans des tournois où j’ai côtoyé les Serena Williams, Roger Federer, etc.»

Presque 20 ans après avoir fait ses premières armes dans le coaching, Laverdière est toujours aussi passionné. Et les années lui ont permis d’acquérir de l’expérience en tant que pédagogue. Son enseignement technique et tactique ainsi que ses entraînements sont mieux adaptés aux jeunes qu’il dirige alors que quand il a commencé, ils étaient basés sur ce que lui faisait en tant que joueur.

«Aujourd’hui, je peux coacher n’importe qui parce que je suis à l’aise avec tout le monde. D’ailleurs, je suis très fier de donner des formations aux entraîneurs à Tennis Québec.»

N’étant plus incommodé par les blessures, Laverdière a pu, après une dizaine d’années d’inactivité, recommencer à jouer. L’année dernière, il a terminé troisième aux Championnats canadiens chez les 35 ans et plus. Un résultat qui l’a surpris autant que ses succès au golf, un sport qu’il a commencé à pratiquer il y a sept ans. Non seulement, il a joué une ronde de 75 cet été, mais il a maintenant son école de golf.

«Je suis animé par un besoin d’aider et je suis passionné par le tennis et l’enseignement. C’est quelque chose qui m’apporte beaucoup de satisfaction, peu importe le domaine dans lequel je le fais. C’est ce qui m’a donné l’idée de réaliser une émission sur le tennis. J’ai trouvé un réseau intéressé par mon projet. Et le financement va bon train», conclut le coach qui est comblé par les résultats des jeunes raquettes prometteuses qu’il dirige, mais aussi par le récent engouement pour son sport au sein de la population provoqué par les succès des Andreescu, Auger-Aliassime et Shapovalov.

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Ma dernière finale à laquelle mon père, qui souffrait d’un cancer, a assisté. Je savais que c’était la dernière fois qu’il me voyais jouer en tournoi. Il n’était pas question que j’échappe la victoire. Ça m’avait motivé, mais aussi marqué. Aussi, quand j’ai joué la Coupe Rogers. Et avoir été le meilleur de la région, quelque chose qui me tenait à cœur.

Q  Personnalité marquante

R  Il y en a eu plusieurs. Jean-Pierre Côté. Et mon père. Il a été tellement là, il m’a tellement encouragé.

Q  Rêves

R  Voir mon projet d’émission de télé se réaliser. J’ai aussi un mini-rêve que je compte réaliser à la fin du mois d’octobre : prendre part aux Championnats du monde à Miami. J’aimerais aussi que nous ayons un vrai centre de tennis avec des terrains en terre battue à Lévis. Pour moi, c’est une priorité de travailler là dessus. Et c’est certain que j’aimerais voir un de mes jeunes se rendre sur le circuit pro.

Q  Ce qui te manque le plus

R  De faire carrière sur le circuit pro. Les tournois, c’était malade. Et y avoir des matchs et d’être sur le court. Ça, je le retrouve un peu lors des tournois senior.

Q  Ce qui te manque le moins

R  Les blessures, mais c’est surtout le monde qui parle dans ton dos. Il y avait tellement de jalousie, c’était incroyable.