Étienne Moisan, du Rouge et Or, a été «prêté» à l'équipe de l'Ouest.

Une saveur québécoise dans l'équipe de l'Ouest

L'équipe de l'Ouest aura une saveur québécoise, samedi, lors du Défi Est-Ouest présenté au Stade Telus du PEPS de l'Université Laval (12h30). Un joueur de Lévis et un autre du Rouge et Or porteront les couleurs de l'«ennemi».
Le premier est à sa place. Le secondeur Jean-Gabriel Poulin joue depuis trois ans avec les Mustangs de l'Université Western. Natif de Saint-Nicolas, cet ancien du Blizzard du Séminaire Saint-François aurait pu s'aligner avec le Rouge et Or ou les Carabins, mais il est tombé en amour avec le campus de l'institution située à London, en Ontario. «À date, je n'ai pas regretté une seconde», lance l'athlète de 6'1'' et 226 livres.
Il s'agira de son premier match universitaire au PEPS. Il est passé à une victoire d'y jouer, la saison dernière. Mais les Mustangs ont été éliminés en finale de l'Ontario par Laurier.
«Toute ma famille va être là, beaucoup de monde que je connais. D'avoir un système de support comme ça, c'est incroyable. C'est sûr que je suis excité pas mal. J'ai eu de la misère à dormir dans les derniers jours!» affirme Poulin.
Il a failli rater ce rendez-vous. Victime d'une déchirure du labrum et d'une dislocation de l'épaule au milieu de la saison dernière - il n'a raté aucun match -, Poulin a été opéré en décembre, une intervention demandant six mois de réhabilitation. Il a reçu le feu vert des médecins la semaine dernière, cinq mois plus tard.
«Il fallait que je batte le temps normal. C'était une course contre-la-montre. C'était stressant», admet Poulin.
Excité à l'idée de participer au Défi Est-Ouest, le Québécois Jean-Gabriel Poulin, qui joue pour l'Université Western, a admis avoir eu du mal à dormir dans les derniers jours.
Un transfuge
De son côté, Étienne Moisan est un transfuge. Le receveur de passes du Rouge et Or agira comme centre-arrière pour l'équipe dirigée par Wayne Harris. Il affrontera samedi six coéquipiers de l'Université Laval.
«Ça va être drôle. Je prends ça en riant. On a des petits paris. Par exemple, si je plaque un de mes boys sur les unités spéciales... On se taquine, mais c'est de bonne guerre», indique Moisan, qui venait de crier «west side!» avec ses coéquipiers de la semaine.
Il a d'abord été ignoré dans la sélection de l'Est. Mais l'entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin, lui a dit de garder espoir. Un poste de centre-arrière s'est libéré du côté de l'Ouest. Moisan se l'est vu confier, lui qui agissait comme soutien à Antony Auclair à cette position, la saison dernière.
«C'est une super bonne chose. Je suis content. J'ai appris un autre système offensif. C'est un autre football, d'autres termes. Je me suis mis le nez dans un livre de jeux différent. Ça fait plus d'outils dans ma pochette arrière», souligne Moisan, qui compte profiter de la campagne à venir pour véritablement sortir de l'ombre. «C'est mon année».
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Des dépisteurs déjà partis...
Dans un match pourtant destiné à présenter les espoirs au pays, il y aura peu de dépisteurs de la Ligue canadienne lors du Défi Est-Ouest, samedi. Les neuf équipes du circuit étaient bien représentées, cette semaine, mais les hommes de football s'intéressent davantage aux entraînements qu'à la rencontre.
Pour l'instant, du moins. Car les recruteurs prendront le temps de décortiquer cet affrontement. «On va recevoir le film du match. Au moins, nous pouvons alors arrêter l'image, la reculer, l'étudier vraiment à fond», explique Craig T. Smith, dépisteur national pour les Blue Bombers de Winnipeg. «C'est la même chose dans la NFL. Lors des matchs d'étoiles et des trucs du genre aux États-Unis, la majorité des recruteurs sont partis.»
Les entraînements deviennent donc un moment-clé pour les dépisteurs, de facto pour les joueurs. En particulier les tests physiques, qui permettent déjà, chiffres à l'appui, de séparer les prospects des suspects.
Smith accorde aussi une grande importance à la discussion. Ses rencontres avec les joueurs peuvent lui en dire long sur la personnalité de chacun. Il échange aussi avec les entraîneurs, bien placés pour connaître la valeur de leurs athlètes.
«J'ai fait mon "social". Je me suis assuré d'avoir les numéros de cellulaire de tous les entraîneurs afin de pouvoir continuer de leur parler», explique Smith, victime en 2015 de la «purge» des Roughriders de la Saskatchewan, qui ont liquidé une bonne partie de leur personnel football.
Embauché par les Blue Bombers il y a un an, il fait partie d'un groupe de trois recruteurs «principaux», dont Danny MacManus, ancien quart étoile dans la LCF. En plus du football universitaire, Smith surveille neuf équipes de la NFL.
Craig T. Smith, dépisteur national des Blue Bombers de Winnipeg.
Plaidoyer pour les quarts
Smith ne s'est pas pointé à Québec avec une liste de joueurs à évaluer. Il a plutôt gardé les yeux grand ouverts, a pris des notes sur chacun des quelque 90 athlètes éligibles au prochain repêchage, en 2018. 
Très tôt pour évaluer combien de ces gars ont un «potentiel LCF». Smith avance tout de même les chiffres de 20 très bons espoirs et de 50 athlètes pour qui c'est «possible».
Il aimerait voir les directeurs généraux de sa ligue donner une meilleure chance aux quarts-arrières des universités canadiennes. Impressionné par le talent du Rouge et Or Hugo Richard, il doute malgré tout de le voir repêché l'an prochain. «Tu connais l'histoire des quarts-arrières canadiens, ç'a toujours été dur», lance-t-il au représentant du Soleil.
Et les chances que Richard puisse s'ajuster à une autre position, comme l'un de ses prédécesseurs Mathieu Bertrand l'a fait pendant neuf ans à Edmonton? «Difficile à dire. Mathieu était un spécimen. Pour un quart, d'aller jouer centre-arrière et de le faire aussi bien pour si longtemps, c'est irréel. Mais je suis le genre à penser : "Ne jamais dire jamais"», conclut Smith.