Une étude publiée mardi établit une nouvelle fois le lien entre la pratique du football et l'encéphalopathie traumatique chronique, qui entraîne dans plusieurs cas des pertes de mémoire, de la confusion, des comportements impulsifs et la dépression.

Une nouvelle étude établit le lien entre football et ETC

Une proportion très élevée de joueurs de football de la NFL, de la Ligue canadienne, ainsi que des réseaux universitaire et secondaire ayant fait l'objet d'une étude approfondie souffraient d'encéphalopathie traumatique chronique (ETC).
C'est ce que démontrent les résultats accablants d'une étude portant sur le lien entre la pratique du football et l'ETC, publiée mardi dans le Journal of the American Medical Association.
L'étude, dirigée par la Dre Ann McKee, ne confirme pas que cette condition soit commune chez tous les joueurs de football, mais plutôt qu'elle soit présente en grand nombre dans les cerveaux recueillis par l'Université de Boston et le Sports Legacy Institute, devenue aujourd'hui la Concussion Legacy Institute.
«Il reste toujours plusieurs questions sans réponse, a souligné la Dre Ann McKee, neuroscientifique de l'Université de Boston, qui a dirigé cette recherche. À quel point cette condition est commune dans la population en général? Chez les joueurs de football? Combien d'années de pratique du football constituent un risque? Quel est le risque génétique? Certains joueurs ne présentent aucun symptôme même s'ils ont joué plusieurs années», souligne-t-elle.
Il est pour l'instant impossible de déterminer si les habitudes de vie - consommation de drogues, d'alcool ou de stéroïdes - ont pu jouer un rôle, a ajouté McKee.
«Positifs» à 87 %
L'encéphalopathie traumatique chronique est une maladie identifiée par le Dr Bennet Omalu qui, le premier, a établi une corrélation entre des chocs crâniens répétitifs que subissent les joueurs de football et une dégénérescence prématurée des facultés cognitives. Les personnes atteintes de l'ETC souffrent de perte de mémoire, de confusion, de comportements impulsifs et, souvent, de dépression.
L'étude a révélé que sur les 202 cerveaux analysés, 177, soit 87 %, présentaient des signes d'ETC : 110 des 111 cerveaux provenant de joueurs de la NFL; sept des huit joueurs de la LCF; 48 des 53 joueurs universitaires; 9 des 14 joueurs semi-professionnels; ainsi que 3 des 14 joueurs de niveau secondaire.
Le Dr Munro Cullum, neuropsychologue au UT Southwestern Medical Center de Dallas, a toutefois indiqué que l'étude est basée sur un échantillon limité d'hommes qui n'étaient peut-être même pas représentatifs des joueurs de football. Il a indiqué que des troubles autres que l'ETC pourraient expliquer leurs symptômes les plus communs avant leur décès, comme la dépression, l'impulsivité et les changements de comportements. 
McKee a indiqué que cette étude pourrait toutefois mener à des réponses, ou, à tout le moins, aider à comprendre comment détecter cette condition alors que les personnes affectées sont toujours vivantes «et qu'on peut encore faire quelque chose». Il n'existe pour l'instant aucun traitement.
Un panel de neurologues ont posé un diagnostic en suivant les plus récents critères établis par le National Institute of Neurological Disorders and Stroke, a-t-elle ajouté.
Pour l'instant, l'ETC ne peut être détectée qu'après le décès. Plusieurs chercheurs travaillent toutefois à la mise sur pied d'un test de détection qui permettrait de le faire avant. Plusieurs scientifiques croient que les coups répétés à la tête sont responsables de son développement et que les boxeurs et les footballeurs, ainsi que les vétérans de l'armée, sont plus à risque.
Études importantes, dit la NFL
La NFL a publié un communiqué indiquant à quel point ces études sont importantes pour l'avancement de la science, en particulier en ce qui a trait aux traumatismes crâniens. La ligue a ajouté qu'elle «continuera de travailler avec de nombreux experts pour améliorer l'état de santé de tous les joueurs actuels et passés de la NFL».
Après des années à le nier, la NFL a finalement admis qu'il y avait un lien entre les coups à la tête et les maladies du cerveau et a accepté de verser 1 milliard $US en compensation à d'anciens joueurs qui avaient accusé la ligue de camoufler les risques associés à la pratique du football.
La Ligue canadienne fait elle-même l'objet d'un recours collectif de 200 millions $CAN au sujet des commotions cérébrales et traumatismes crâniens. L'ex-commissaire Jeffrey Orridge avait été sévèrement critiqué l'automne dernier, quand il avait nié l'existence d'un lien entre la pratique du football et le développement de l'ETC. Il a démissionné en juin et le nouveau commissaire, Randy Ambrosie, ne s'est pas encore prononcé sur la question. Il a toutefois indiqué qu'il souhaitait être «très impliqué» dans la sécurité des joueurs.
Les cerveaux étudiés par l'équipe du Dre McKee provenaient d'ex-joueurs décédés aussi tôt qu'à 23 ans. Le donateur le plus âgé est décédé à l'âge de 89 ans. L'âge moyen au décès de tous les gens ayant participé à l'étude était de 66 ans. Parmi les 177 cas détectés d'ETC, 18 se sont suicidés.