Marie-Pier Depinte-Martineau participera samedi, à Laval, a son premier championnat canadien amateur de bodybuilding.

Une maman musclée et déterminée

Elle détecte parfois des réactions de dégoût, un “ouach!” chuchoté à la dérobée. Mais il y a aussi tous ces gens, plus nombreux, qui l’arrêtent pour lui signifier leur admiration, se prendre en photo avec elle ou simplement lui tâter le biceps!

C’est le quotidien de femme musclée de Marie-Pier Depinte--Martineau, culturiste résidente du quartier Les Saules, à Québec. Samedi, elle participera à son premier championnat canadien amateur de bodybuilding, à Laval.

Son quotidien, c’est bien une séance de tapis roulant chaque matin avec juste un café dans le corps et une heure et demie en salle de poids chaque soir avant de rentrer à la maison. Mais la femme de 35 ans a aussi, et surtout, trois enfants et un boulot.

«Avant d’être une athlète, je suis une femme et une mère. Laquelle vient en premier? Ça dépend des jours!» lance-t-elle en riant au représentant du Soleil, qui l’a rencontrée dans un gym du boulevard Pierre-Bertrand. Près du bureau de courtiers en fonds de placement où elle est technicienne aux transactions.

À 5’ 3” 3/4 et quelque 135 lb, sa stature reste impressionnante. Surtout son tour d’épaules. Mais au-delà de sa musculature saillante, son look en entier s’avère spectaculaire. Longs cheveux teints blond platine avec le côté gauche rasé coloré jaguar, faux cils, faux ongles, elle ne passerait de toute façon par inaperçue. Et elle le sait.

«Ceux qui me critiquent sont souvent des gens qui ne connaissent pas mon sport et qui n’ont aucune idée du temps et de l’effort que j’y investis. Ça reflète aussi souvent un manque de confiance en eux-mêmes. On est libre d’avoir l’air de ce qu’on veut et j’essaie de transmettre ça à mes enfants», affirme celle qui dit opposer à une allure pétillante sa personnalité rangée.

De 215 à 135 lb

Il y a six ans, après deux grossesses à risque rapprochées qui l’ont gardée alitée, elle faisait osciller le pèse-personne à 215 lb et magasinait ses vêtements dans le rayon XXL.

«Un jour, je suis allé au parc avec mes enfants et j’avais de la misère à les suivre. J’ai alors décidé de prendre ma vie en main. J’ai aussi vécu une situation personnelle difficile ces dernières années et je me suis lancé dans l’entraînement physique. J’aurais pu développer une dépendance à la drogue, au jeu ou à autre chose, moi, ç’a été l’activité physique», constate-t-elle avec lucidité.

Depinte-Martineau ne gagne pas sa vie avec ses muscles. Au mieux, elle aimerait décrocher sa carte de culturiste professionnelle, qui lui permettrait de participer à des compétitions avec de petites bourses à l’enjeu.

Ce qui pourrait arriver aussitôt que ce samedi, si jamais elle termine en tête de sa catégorie au championnat canadien. Elle est inscrite en femme physique dans la catégorie ouverte et chez les maîtres de 35 ans et plus, où ses chances sont les meilleures.

Elle vient de finir première au championnat de l’Est du Québec, en mai, et troisième du championnat provincial en juin. Mais selon son entraîneur, Marc Sauvestre, les critères de jugement risquent d’y être différents et à l’avantage de sa protégée.

Il ne s’agit néanmoins que de sa quatrième compétition de culturisme à vie, la troisième cette année. Elle a aussi effectué un détour chez les femmes fortes l’an dernier, avec un certain succès.

Si à six repas par jour, elle considère avant tout la nourriture comme «le carburant pour la machine que mon corps est devenu» bien plus qu’une récompense ou même une tricherie, la culturiste se promet une bonne part de gâteau au fromage après la compétition de samedi. En attendant la tarte au sucre de sa mère dans les jours suivants.