En effectuant une remontée quasi-impossible lors de la dernière journée de la Coupe Ryder de 2012, l’équipe européenne a réussi ce qui est maintenant appelé le «miracle de Medinah».

Une Coupe Ryder, cinq moments

PARIS — À part, la Coupe Ryder l’est incontestablement. Née en 1927, cette compétition que le monde du golf attend avec frénésie tous les deux ans possède son lot d’histoires qui ont façonné sa légende. Retour sur cinq moments clés de cette compétition mythique dont le coup d’envoi de la 42e édition sera donné vendredi à Saint-Quentin-en-Yvelines, près de Paris.

1927: Samuel Ryder, le «parrain»

L’idée de la compétition a germé dans l’esprit d’un riche marchand de maïs de Londres, Samuel Ryder, passionné de golf. Sur les conseils de son professeur, le champion de l’époque Abe Mitchell, il accepte de parrainer une épreuve originale permettant aux meilleurs golfeurs américains et anglais, qui s’affrontent régulièrement à l’époque, mais pas de manière structurée, de croiser le fer. L’idée d’établir une compétition basée sur le duel par trou et de créer des équipes va totalement révolutionner le golf. Samuel Ryder commande un trophée spécial en or de 14 carats pour l’occasion. La première Coupe Ryder a lieu début juin 1927 sur le parcours du Worcester Country Club, au Massachusetts, nettement remportée par les Américains. Les fonds baptismaux d’une épreuve mythique sont posés, elle aura lieu tous les deux ans alternativement dans les deux pays.

1969: le geste de Nicklaus

Un geste, sans doute le plus beau et le plus connu de l’histoire de la Coupe Ryder. Nous sommes en 1969, la compétition se déroule en Angleterre sur le parcours du Royal Birkdale. Les États-Unis n’ont laissé échapper que trois fois le trophée depuis sa création. Mais là, le match est serré, tendu. Les deux équipes se retrouvent à égalité le dernier jour avant la dernière partie entre Jack Nicklaus et le Britannique Tiny Jacklin. Sur le vert du dernier trou, Nicklaus assure la normale et doit laisser son adversaire effectuer son coup roulé. Si Jacklin rate, il peut faire perdre tout un pays. Mais Nicklaus, dans un geste considéré comme grandiose, relève la balle du Britannique, offrant ainsi le match nul. Pour la première fois, l’Angleterre et les États-Unis finissent à égalité. Un geste splendide, certes... sauf que le règlement stipule que si les deux équipes finissent à égalité, le trophée revient à celle qui l’avait remportée lors de la précédente édition, soit les États-Unis.

1985: Ballesteros, le pionnier

En 1979, les meilleurs joueurs européens ont été autorisés à renforcer l’équipe britannique dans un souci de relancer une compétition surdominée par les Américains. Mais le vent va vraiment tourner côté européen en 1985 sous l’impulsion de l’Espagnol Severiano Ballesteros. Sur le parcours anglais du Belfry, les Européens, stimulés par Ballesteros, renversent les États-Unis. Deux ans plus tard, en Ohio, l’Europe, qui compte des joueurs comme Woosnam, Olazabal, Faldo et Ballesteros, confirme et signe un doublé historique en s’imposant pour la première fois sur le sol américain. Les bases d’une confrontation équilibrée sont désormais posées.

1999: le joker Bush

Les Américains sont revanchards. Ils viennent de perdre l’édition 1997 à Valderrama en Espagne (première Coupe Ryder qui ne s’est jouée ni sur le sol américain ni sur le sol britannique). Les deux premiers jours confirment que l’Europe sera dure à battre. Les États-Unis, chez eux sur le parcours de Brookline à Boston, sont largement menés avant le dernier jour. Mais le capitaine américain de l’époque, Ben Crenshaw, abat son joker et fait venir George W. Bush pour motiver ses troupes. Celui qui n’est pas encore président fait appel à leur fibre patriotique en leur lisant la lettre d’un soldat ayant participé au siège de Fort Alamo. «J’ai terminé avec la formule “La victoire ou la mort”», a raconté ensuite George W. Bush. Les Américains se présentent survoltés le dimanche et effacent leur retard. Lors du match décisif entre Olazabal et Justin Leonard, la tension est à son comble. Le climat est si tendu que lorsque l’Américain rentre un coup roulé de 40 pieds décisif face à l’Espagnol, les autres joueurs de l’équipe américaine envahissent le vert et détruisent le gazon — et la ligne d’Olazabal —, qui ratera ensuite le sien, effaré. Un raté qui déclenchera une clameur délirante dans le public...

2012: le miracle de Medinah

L’un des plus beaux retournements de l’histoire. Sur le parcours de Medinah en 2012 aux États-Unis, la messe semble dite à l’aube du dernier jour. Les États-Unis mènent 10-6, et vu le palmarès des joueurs, les Européens n’ont théoriquement aucune chance. Sauf que l’improbable va se produire. Le dimanche tourne au cauchemar pour les Américains, presque tous battus en simple. Seuls Dustin Johnson, Zach Johnson et Jason Dufner vont remporter leur match. Le coup de grâce sera donné par l’Allemand Martin Kaymer face à Steve Stricker, en rentrant un coup roulé de dix pieds pour remporter le point décisif. Délire chez les Européens, et mine déconfite des Américains, pour qui Medinah reste à ce jour leur défaite la plus difficile à avaler. Olazabal dédiera cette victoire à Ballesteros, décédé un an et demi plus tôt.