Après une belle carrière en cyclisme, David Boily a entrepris des études à l’Institut maritime du Québec afin d’obtenir son brevet de troisième officier. En décembre, il est embarqué sur le Bella Desgagnés pour un stage de cinq mois.

Un virage maritime pour David Boily

Il y a maintenant presque trois ans que David Boily a remisé son vélo et qu’il a troqué le guidon pour la barre. Et si, pendant plus d’une décennie, c’est sur la route, sur une bécane, qu’il a pu visiter le monde, c’est sur l’eau, à bord d’un bateau, qu’il aura bientôt la chance de découvrir la planète.

«J’étudie à l’Institut maritime du Québec depuis deux ans, explique l’ex-cycliste. En sortant de l’école, j’aurai mon brevet de troisième officier de navigation. En décembre, j’ai amorcé mon premier grand stage sur le Bella Desgagnés, un navire unique en son genre puisqu’il est à la fois un bateau de croisière et un cargo pour le transport de marchandises. Nous desservons toute la Côte-Nord et la Basse-Côte-Nord, de Rimouski jusqu’à Blanc-Sablon.

«Comme je suis élève officier, je dois toucher à toutes les tâches qui doivent être faites sur un bateau. Il y a des semaines moins intéressantes. Mais il y en a d’autres qui sont super le fun pendant lesquelles nous conduisons le bateau et nous faisons de la route sous les ordres du capitaine et de l’officier. C’est un stage de cinq mois en mer où nous travaillons presque tous les jours. C’est une expérience très enrichissante.»

Boily ne se destinait pas à une carrière dans le domaine maritime. Travaillant en restauration, il a réalisé que même s’il aimait le milieu, il ne pourrait pas, à long terme, concilier les heures longues et irrégulières à une vie de famille équilibrée. Et il a commencé à penser à un retour aux études. À la même époque, un ami qui travaillait dans le milieu maritime lui a parlé de sa profession et il l’a emmené naviguer sur le fleuve Saint-Laurent.

«Je trouvais ça plaisant ce qu’il faisait. Et je me suis demandé pourquoi je n’étudierais pas dans son domaine. C’était un cours de quatre ans incluant les stages. Et il fallait que je déménage à Rimouski. C’était une grosse décision mais aujourd’hui, je tripe ben raide.»

Boily confirme que son retour sur les bancs d’école avait été extrêmement difficile. «Pendant tout le temps que j’ai fait du vélo, mon corps a travaillé. Mais mon cerveau, ça faisait des années qu’il n’avait pas été entraîné, lance-t-il en riant. Le brevet de troisième officier est considéré comme un cours d’études collégiales. J’ai dû faire tous les cours obligatoires du cégep en plus de mes cours de technique. Ça allait vite la première année. Mais mon passé de performance m’a beaucoup aidé. J’ai étudié fort tout en travaillant et j’ai eu de bons résultats. Je suis content. Mon cheminement scolaire va super bien.»

Moins passionné

Obligé de quitter la formation italienne Amore & Vita à cause de problèmes de santé en 2013, Boily a mis sa carrière en veilleuse jusqu’en 2016. Il s’est alors joint à la formation Garneau-Québecor.

«Une année où j’ai vraiment aimé chaque moment passé avec l’équipe. Et j’ai vraiment essayé de retourner sur la scène internationale. Mais comme parallèlement au vélo, je travaillais en restauration, c’était difficile de revenir au niveau où j’étais. J’ai quand même fait quelques bonnes courses comme lors des Championnats canadiens où j’ai eu une quatrième place. Je me suis cependant rendu compte que ma passion n’était pas revenue au niveau maximal, que je n’avais plus le goût de mettre autant d’efforts et d’énergie qu’avant.

«À la fin de la saison, j’ai décidé d’arrêter, de penser à moi et de mettre le focus sur autre chose. Je me suis éloigné tranquillement du monde du vélo sans jamais annoncer officiellement ma retraite et sans crier sur tous les toits que j’arrêtais. Ma décision n’ayant pas été prise sur un coup de tête, je ne l’ai jamais regrettée.»

Boily ne retient que du positif de sa carrière qui l’a mené en Colombie à l’âge de 19 ans mais aussi en Iran, au Tour de la Californie, où il a porté le maillot à pois, et au Tour de l’avenir (2011) où il a terminé deuxième au classement final, à 17 secondes du gagnant, après avoir porté le maillot jaune lors de la dernière étape. Il a aussi fait partie des formations professionnelles Spidertech et Amor & Vita. S’ajoute une participation aux Championnats du monde.

«Je suis très fier de ma carrière. Mais s’il y a une chose que je pouvais changer, je retrancherais 17 secondes à mon temps au Tour de l’Avenir. Mais si après la course j’étais déçu, avec le recul, je suis très fier. J’étais arrivé en France sans aucune attente et j’ai devancé certains coureurs qui gagnent maintenant au niveau international.

«Sinon, j’aurais aimé faire le circuit du World Tour une fois ou deux avec la crème de la crème et toucher à un grand tour, sans nécessairement parler du Tour de France. Pour moi, ce n’est pas un manque de ne pas y avoir été.

Très occupé par ses études et le travail, Boily a complètement arrêté de rouler. Et il ne s’ennuie pas du vélo. L’entraînement ne lui manque pas et il n’a pas encore retrouvé le goût de faire du vélo.

«Je suis dans d’autres projets. Je n’ai pas eu beaucoup de fins de semaine de congé depuis deux ans et je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer de grand chose. Mais après avoir fini l’école, il y a de fortes chances que je m’achète un vélo et que dans mes temps libres, j’aille faire ma petite run.

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  Le côté voyages et le temps chaud. J’ai été basé en Italie, en Espagne, en Californie et j’ai couru en Iran. J’ai beaucoup appris dans ces différentes communautés. Et j’aimais bien le petit côté aventurier où tu dis : «Je ne parle pas la langue, mais je vais l’apprendre et je vais me débrouiller rendu là-bas.»

Q  Personnalité marquante

R  L’ensemble des gens qui m’ont épaulé dans ma carrière. Autant mes parents que mes amis, mes entraîneurs, mes coéquipiers, mes patrons et mes directeurs généraux.

Q  Idoles de jeunesse

R  Lance Armstrong. Je ne suis pas quelqu’un qui lit beaucoup, mais j’ai lu tous ses livres. J’ai bien tripé sur Lance Armstrong plus jeune.

Q  Dans 20 ans

R  J’aimerais être pilote du Saint-Laurent et vivre avec ma petite famille dans ma maison sur le bord de l’eau. J’aimerais avoir une belle petite vie agrémentée de voyages... rien de trop compliqué, en fait.

Q  Défi

R  Le défi, je suis en train de le réaliser présentement. C’est l’école et les stages. Il va se terminer en 2021 avec l’obtention de mon diplôme et mon brevet de troisième officier.

Q  Compétition la plus difficile

R  Il y en a plusieurs. Je dirais le Tour de la Californie et le Tour de Suisse. Le Tour de Suisse, ç’a vraiment été très, très tough.