Pour son premier match au 24e Louis Després Invitation, Marc Blondeau, aujourd’hui âgé de 86 ans, affrontait Élias Yakoubi, qui n’a que 11 ans. Ce dernier a triomphé de son aîné en deux manches identiques de 6-1.

Un écart de 75 ans séparait Élias Yakoubi et Marc Blondeau au tournoi Louis Després

Un choc des générations a marqué l’ouverture de la 24e édition du tournoi de tennis amateur Louis Després Invitation, vendredi, au Club Avantage. Un écart de 75 ans séparait le plus jeune joueur Élias Yakoubi, 11 ans, à Marc Blondeau, le doyen du tableau avec ses 86 printemps.

«Ils vont me demander, l’as-tu battu? Ben non, c’est le jeune qui va gagner, il a besoin de jouer plus que moi pour s’améliorer», disait le vénérable joueur fort respecté dans le milieu avant le premier service du match.

Surnommé Monsieur 6-4 parce qu’il n’a jamais osé battre un adversaire 6-0 par respect, il n’est pas étonnant de comprendre pourquoi le prix du plus bel esprit sportif du tournoi porte le nom de ce comptable de formation qui joue au tennis trois fois par semaine.

«Ça donne quoi d’écraser quelqu’un? C’est peut-être pour ça qu’ils pensent à moi. Chaque année, je leur demande si je dérange, mais ils me disent que c’est correct. J’ai encore les jambes et les réflexes, c’est juste la vue qui est plus difficile. À l’intérieur, je cours un peu moins, je ne veux pas tomber», rigole-t-il.

En 1957, Marc Blondeau a remporté le tournoi Intermédiaire Québec et District, qui est un peu l’ancêtre du Louis Després Invitation. Des joueurs comme Richard Legendre, Réjean Genois et Stéphane Bonneau ont déjà aussi gagné cette compétition. Cette victoire lui avait valu un abonnement au réputé club de tennis des Employés civils.

«Marc est humble, il ne se vantera pas. Mais je me souviens de l’avoir vu jouer au Championnat canadien contre Mike Bliken, un grand joueur de son époque. À 4-3 dans un set, Bliken lui avait demandé s’il y avait beaucoup de bons joueurs comme lui à Québec. Marc lui avait répondu, je ne suis que le 5e, les autres gars dans les estrades me battent tout le temps…», racontait Jacques Hérisset, qui le considère comme son mentor.

Du tennis en famille

Pour M. Blondeau, tout a commencé à L’Ancienne-Lorette. À l’époque, le tennis se jouait entre familles. Comme les Blondeau, Ferland, Drolet, Laurin, etc. «Il n’y avait que quatre terrains. On jouait toujours, mais quand nos frères aînés arrivaient, ils nous disaient de partir. J’ai toujours été un peu baveux en disant que L’Ancienne-Lorette était la pépinière du tennis, mais là, avec Félix [Auger-Aliassime], on peut dire que c’est vrai…»

Au fil des ans, Marc Blondeau fut champion canadien en double, l’emportant dans les catégories 45 , 50 , 55 , 60 et 65 ans. «J’ai toujours été meilleur en double, je jouais avec Roland Godin. En simple, Jacques Giguère était trop fort, je n’ai jamais pu le battre», dit-il à propos de cet ancien athlète de l’année à Québec en 1970.

Il a souvent fait la navette de Québec à Montréal pour disputer des tournois. Il a joué un peu partout, comme à Ottawa et Philadelphie. Il a aussi échangé des balles avec Pancho Gonzalez, illustre joueur américain. «J’ai déjà affronté Rafael Osuna [un joueur mexicain], la balle venait vite…»

Après l’appel du Soleil, la veille, pour planifier une entrevue avant le match de vendredi, Marc Blondeau a fait le tour de ses boîtes. Articles, photos, classements, il a tout gardé. «Ma femme [qui joue aussi au tennis] m’a dit de faire le ménage, parce que si je meurs avant, elle va tout jeter…»

Amateur de sports, il nous parlait du mauvais début de saison des Capitales et espérait l’arrivée des joueurs cubains. Il suit aussi le hockey, même si le Canadien, son équipe, n’a pas fait les séries.

Pour la petite histoire, Élias l’a emporté 6-1, 6-1. Mais les deux étaient déjà assurés de jouer un deuxième match dans ce tournoi qui couronnera ses champions, jeudi (dames) et vendredi (hommes).

«Je ne l’avais jamais vu, c’était cool. Je l’ai trouvé bon, il m’a surpris avec un amorti», disait Élias.

«Je me suis fait un nouvel ami, je vais prendre pour lui, maintenant», ajoutait M. Blondeau à propos de son jeune adversaire. Reste aussi à voir qui obtiendra le trophée Marc Blondeau!