Un affrontement entre Eleider Alvarez, que l’on voit ici à la suite de sa défaite de samedi face à Sergey Kovalev, et Artur Beterbiev n’a jamais eu lieu. Mais le promoteur Yvon Michel ne ferme désormais pas la porte à un affrontement entre les deux hommes. Il ne l’imposerait toutefois pas à Marc Ramsay.

Un combat Alvarez-Beterbiev?

Maintenant qu’Eleider Alvarez a perdu son titre de la World Boxing Organization (WBO) par décision unanime contre Sergey Kovalev, pourrait-on voir un combat de championnat du monde face à Artur Beterbiev?

Beterbiev détient la ceinture des mi-lourds de l’International Boxing Federation (IBF) depuis sa victoire face à Enrico Kölling en novembre 2017. Il a défendu son titre une fois depuis, passant le K.-O. au quatrième round à Callum Johnson en octobre dernier. Il n’a toujours pas de combat de prévu.

Il y a un énorme hic cependant : Beterbiev et Alvarez sont entraînés par Marc Ramsay. Ce dernier a maintes fois répété que jamais deux de ses poulains ne s’affronteront dans le ring.

Yvon Michel, promoteur des deux boxeurs, a une opinion moins tranchée sur le sujet. S’il avait déjà affirmé qu’il ne laisserait jamais deux de ses protégés s’affronter quand Jean Pascal est devenu l’aspirant obligatoire au titre du World Boxing Council (WBC) alors détenu par Adonis Stevenson, le président de GYM a changé son fusil d’épaule et orienté la carrière d’Alvarez jusqu’à ce qu’il devienne lui-même l’aspirant obligatoire de Stevenson, en novembre 2015.

Un affrontement entre les deux hommes n’a jamais eu lieu, mais Michel ne ferme désormais pas la porte à un scénario Alvarez-Beterbiev. Il ne l’imposerait toutefois pas à Ramsay.

«Je laisserais l’entraîneur et les boxeurs décider entre eux, a-t-il déclaré la semaine dernière. On l’a vu il n’y a pas tellement longtemps : Andre Rozier qui est l’entraîneur de Daniel Jacobs et Sergiy Derevyanchenko.»

Rozier a finalement choisi Jacobs, car il l’entraîne depuis les rangs amateurs et qu’il le considère comme son fils. Derevyanchenko s’est tourné vers Gary Stark père, son entraîneur adjoint avec Rozier.

Pour la petite histoire, Jacobs a gagné par décision partagée le titre vacant des moyens de l’IBF et affrontera maintenant Saul «Canelo» Alvarez dans un méga combat d’unification, le 4 mai prochain, à Las Vegas.

«Peut-être que si Marc Ramsay avait eu à faire ce choix avec Jean Pascal et un autre de ses boxeurs, il aurait choisi Jean parce qu’il a commencé avec lui chez les amateurs, a avancé Michel. Je crois que bien qu’il soit contre un combat Alvarez-Beterbiev, si la valeur du combat est tellement élevée que les deux boxeurs le veulent, j’ai l’impression qu’il se retirerait.»

C’est le point de vue Buddy McGirt, entraîneur de Kovalev.

«Si jamais ça devait m’arriver, je me retirerais. Certains pourraient dire : “Je le connais depuis plus longtemps que toi, alors je vais être dans son coin’, mais je pense plutôt que les deux boxeurs devraient comprendre qu’il me faudrait prendre un peu de recul. Mes boxeurs font partie de ma famille après tout.”»

Stéphane Lépine, le gérant d’Alvarez, préfère quant à lui penser à un autre scénario.

«Nous aimerions bien ramener la ceinture verte (du WBC). Elle appartient au Québec. Je vais travailler très fort pour la ramener au Québec cette ceinture.»

Cette ceinture appartient maintenant à Oleksandr Gvozdyk, qui a passé le K.-O. à Stevenson en décembre dernier, à Québec. Gvozdyk et Kovalev appartiennent à l’écurie d’Egis Klimas, l’influent gérant russe, qui ne verrait pas d’inconvénients à voir deux de ses protégés en découdre.

«Si je possédais deux équipes de la NBA, est-ce que je ne voudrais pas qu’elles s’affrontent? Quelle est la différence avec la boxe? Nous sommes tous là pour faire de l’argent, a précisé Klimas. Si un combat de la sorte fait du sens, sportivement et financièrement, pourquoi en priver deux de vos boxeurs payants?

«Je ne sais toutefois pas où je serais si un tel combat devait se produire, à l’aréna ou à la maison, poursuit-il. Peut-être même que je ne voudrais pas voir ça. Mais je ne l’empêcherais pas si les fans le veulent et que mes boxeurs peuvent engranger une jolie somme. Qui sait quand une telle opportunité se représenterait?»

Arguments convaincants?

Reste à voir si tous ces arguments sauront convaincre Marc Ramsay.

Une chose est certaine, Top Rank n’est pas contre l’idée, mais privilégie un combat entre deux champions de la même division.

«Quand deux champions sont les derniers de la division, après avoir fait toutes les unifications et défenses obligatoires qu’il y a à faire, alors je pense que les équipes concernées vont trouver une façon de faire en sorte que ce combat se produise, car ça fera du sens, a expliqué Carl Moretti, vice-président aux opérations boxe de Top Rank. 

Ce n’est pas une mauvaise chose, mais les événements doivent faire en sorte que ce soit le seul combat qui reste à faire. Rendu là, je suis certain que les personnes concernées sauront agir en professionnel et faire en sorte que ce combat soit mis sur pied.

«Souvent, l’entraîneur va choisir son camp parce qu’il est avec un boxeur depuis plus longtemps qu’un autre. Ces gars travaillent avec une équipe et ils confieront alors l’autre boxeur à leur adjoint. Vous faites le combat, vous vous serrez la main, vous encaissez votre chèque et tout le monde est content. [...] Quand l’affrontement fait du sens, vous trouvez une façon de l’organiser.»