Les receveurs Steve Clevenger et Cody Stanley sont deux des 41 joueurs autonomes à avoir pris part, à Bradenton, en Floride, à un camp organisé par l’Association des joueurs ayant pour objectif de permettre à ces vétérans de se trouver un boulot d’ici le début de la prochaine saison.

Un camp d'entraînement pour les «sans-abri»

BRADENTON, Floride — Vêtu d’un chandail noir arborant le logo de l’Association des joueurs du baseball majeur, Tyler Clippard vient de quitter le monticule après avoir blanchi pendant deux manches des joueurs amateurs de la Société ferroviaire de l’est du Japon.

Même s’il a connu en 2017 une de ses plus difficiles saisons dans le baseball majeur, Clippard, 33 ans, a terminé la campagne en célébrant le titre de la Série mondiale avec les Astros de Houston. Pourtant, il a dû patienter jusqu’à mercredi avant qu’une équipe du baseball majeur l’invite à son camp d’entraînement  en lui accordant un contrat des ligues mineures.

Avant de recevoir l’appel des Blue Jays de Toronto, Clippard était un des «sans-abri» du baseball majeur qui, à l’initiative de l’Association des joueurs, s’entraînent à l’Académie IMG de Bradenton, en Floride, depuis le 13 février. Après l’ivresse de la conquête de la Série mondiale, ce n’était pas de cette façon qu’il imaginait son printemps.

«Je sais que je n’ai pas très bien lancé la saison dernière, mais est-ce que j’ai mal lancé au point de me retrouver ici? Je ne crois pas. Je n’ai pas été pire que d’autres lanceurs qui ont signé des contrats», soulignait-il, après le deuxième match opposant les visiteurs japonais à cette formation de joueurs autonomes.

Grande question

Pas moins de 41 joueurs autonomes ont participé au camp de l’Association des joueurs, qui fermera ses portes vendredi. Sept d’entre eux — Clippard, Mike Napoli, Adam Lind, Lucas Duda, Alejandro De Aza, Carlos Torres et Tommy Layne — l’ont quitté après avoir accepté un contrat.

Tous ces joueurs étaient animés par un espoir : démontrer aux dépisteurs qu’ils peuvent encore jouer du bon baseball. Et ils étaient tous préoccupés par la même question : pourquoi les équipes ont-elles décidé de larguer tous ces vétérans pendant la saison morte?

D’ailleurs, l’Association des joueurs a déposé la semaine dernière un grief accusant quatre équipes — les Marlins de Miami, les A’s d’Oakland, les Pirates de Pittsburgh et les Rays de Tampa Bay — de ne pas dépenser adéquatement l’argent qu’ils ont reçu grâce au partage des revenus. 

«N’est-ce pas le but de remporter la Série mondiale chaque année? Je crois que chaque équipe devrait dépenser avec cet objectif en tête avant chaque saison», soutient le vétéran lanceur gaucher Tom Gorzelanny. «Ce n’est pas correct d’aborder la nouvelle saison en espérant davantage sauver de l’argent que de gagner des matchs.»

Dave Gallagher, un des entraîneurs présents à Bradenton et ancien voltigeur qui a joué neuf saisons dans les grandes ligues, se souvient d’avoir participé à un camp semblable à Homestead, en Floride, après la grève des joueurs qui a mené à l’annulation de la fin de la saison 1994. Gallagher, qui avait réussi à se dénicher un contrat avec les Phillies de Philadelphie, comprend très bien dans quel état d’esprit se trouvent les vétérans qui luttent pour une place au soleil.

«Certains parmi eux ont commencé à perdre espoir», prétend Gallagher. «Et, honnêtement, c’est un peu humiliant pour eux d’être ici.»

Jarrod Saltalamacchia affirme avoir appelé lui-même plusieurs équipes pour leur offrir ses services. Tout ce que le receveur de 32 ans demande, c'est de jouer au baseball.

L’alignement partant de cette équipe de «sans-abri» était formé des voltigeurs Alejandro De Aza, Luke Scott et Nolan Reimold, du receveur Jarrod Saltalamacchia, du frappeur désigné Juan Francisco et des joueurs de champ intérieur Tyler Moore, Chris Johnson, Omar Infante et Tyler Ladendorf, tous des joueurs qui ont déjà été à bord du train des grandes ligues.

«Aucun gars présent ici ne s’attend à recevoir une offre de contrat de cinq ou de 10 ans. Tout ce qu’on veut, c’est se trouver du boulot», souligne simplement Saltalamacchia, 32 ans, qui n’a frappé qu’un seul coup sûr en 25 apparitions au bâton avec les Blue Jays de Toronto la saison dernière.

«J’ai moi-même appelé six ou sept équipes. Mon agent aussi a lâché des coups de fil aux équipes. Tout ce qu’on leur a demandé, c’est de jouer. Je suis prêt à aller dans le AAA ou dans le AA. Je veux jouer, je veux être une police d’assurance pour une équipe.»

Changement de mentalité

Il n’y a pas que les joueurs présents à Bradenton qui sont à la recherche d’un losange pour l’été à venir. Quelques joueurs plus «prestigieux» continuent de s’entraîner de leur côté. Ce groupe inclut les lanceurs Jake Arrieta, Alex Cobb, Lance Lynn et Greg Holland, et le troisième-but Mike Moustakas.

«C’est aberrant de lire tous ces articles qui ont été publiés et qui mentionnent que la présence de vétérans n’est plus requise ou est tout simplement surévaluée», lance le président de l’Association des joueurs, l’ancien premier-but étoile Tony Clark. «C’est décourageant de croire que les équipes en sont rendues là dans leur évaluation des joueurs.»

Malgré une saison 2017 respectable dans la boîte des frappeurs, le deuxième-but Neil Walker, un vétéran de neuf saisons, est toujours ignoré par les 32 équipes du baseball majeur.

Le joueur de deuxième-but Neil Walker, un vétéran de neuf saisons, garde confiance. Il a quand même connu une saison respectable en 2017, présentant une moyenne de ,265, avec 14 circuits et 49 points produits avec les Mets et les Brewers de Milwaukee.

«Ce n’est pas comme ça que j’imaginais mon hiver. Je ne m’attendais pas à ne pas avoir d’équipe pour laquelle jouer la saison prochaine», avoue Walker. «J’étais certain qu’à la fin janvier ou au début de février, j’aurais certaines discussions avec des équipes, mais ça ne s’est pas encore produit.»

De son côté, Clark prévoit qu’au rythme actuel, seuls les Red Sox et les Nationals de Washington devraient dépasser la masse salariale totale qui les forcera à payer la taxe de luxe, résultat de pénalités plus sévères pour les équipes dépassant le «plafond», qui sera de 197 millions $ pour la saison à venir. C’est pourquoi, affirme-t-il, les équipes ont décidé de bâtir leur formation avec des jeunes joueurs qui ne coûtent presque rien, un virage auquel il ne s’attendait pas. 

«Pouvions-nous nous attendre à ce que pas plus du tiers des équipes ne démontrent un clair intérêt à ne pas terminer dans le bas du classement en laissant délibérément de côté des vétérans qui peuvent leur rendre de précieux services?» demande-t-il?