Le cycliste Romain Bardet a discuté avec le président français, Emmanuel Macron, quelques minutes après la 17e étape.

Tour de France: une recrue au sommet du podium

Dévalant à 75 km/h dans les Alpes, la recrue Primoz Roglic a escaladé le plus haut sommet de la course avant d'en redescendre à vive allure tout en contenant la compétition lors de la fameuse ascension du Galibier pour remporter la 17e étape du Tour de France.
Chris Froome a de son côté consolidé son avance en tête du classement général devant Fabio Aru, qui a perdu beaucoup de terrain dans cette punitive montée. Froome a terminé 73 secondes derrière Roglic, qui a conclu l'étape en cinq heures, sept minutes et 41 secondes (5:07:41), dans un groupe où se trouvaient aussi Rigoberto Uran et Romain Bardet, qui ont grimpé aux deuxième et troisième échelons du classement général. Aru a glissé en quatrième place.
Déterminé à ne pas céder de terrain au classement général, Froome a devancé Bardet au sprint, gagnant ainsi quatre secondes de boni pour avoir terminé l'étape en troisième place. Uran a été plus rapide, devançant Froome en deuxième place pour se mériter six secondes de boni.
Aru n'a pas pu suivre le rythme imposé par Froome dans l'ascension du Galibier, glissant vers l'arrière tandis que Bardet et l'Irlandais Dan Martin accéléraient. Le Sicilien, à bout de souffle, les a rejoint un peu plus loin, jusqu'à ce qu'une dernière poussée de Bardet ne le largue finalement.
Bardet a admis qu'il souhaitait larguer Froome également. Mais le Britannique n'a démontré aucun signe de détresse au cours de cette étape qui lui a permis de faire un pas de plus vers Paris vêtu du maillot jaune.
«J'ai tout donné, a indiqué Bardet. J'ai roulé pour lui ravir le maillot et je suis passé bien près de les larguer au Galibier. J'ai attaqué. C'est de cette façon que j'aime courir. J'ai tout tenté.»
53 secondes
Bardet, en compagnie de Froome, Uran, le Français Warren Barguil et Mikel Landa, ont descendu en groupe sans jamais ralentir afin de s'assurer qu'Aru ne puisse les rejoindre. «Ça a été une grosse journée passée à grimper, a admis Froome. Mais mes jambes se sentent beaucoup mieux qu'il y une semaine, dans les Pyrénées, ce qui est bon signe.»
Aru est maintenant à 53 secondes de Froome au classement général. Uran et Bardet accusent un retard de 27 secondes. «Je me sentais bien, a ajouté Froome. Nous avons bien vu qu'Aru était en difficultés.»
Froome a été accueilli au fil d'arrivée par le président français, Emmanuel Macron, qui a suivi l'étape dans la voiture du directeur de course.
Roglic, ex-sauteur à ski de Slovénie, s'est détaché de son propre groupe, dont faisait partie le double champion Alberto Contador, avec cinq km à faire à l'ascension du Galibier. Il a atteint le sommet et descendu les 28 derniers kilomètres fin seul, jusqu'à Serre-Chevalier. «C'est incroyable, a-t-il dit. Une étape complètement folle!»
Une autre difficile journée en montagne attend les cyclistes jeudi, alors que la 18e étape se terminera par l'ascension du Col d'Izoard. Si le classement général demeure aussi serré qu'il ne l'est actuellement, le contre-la-montre de samedi pourrait bien déterminer le podium de dimanche, sur les Champs-Élysées.
«À ce point-ci de la course, tout le monde est exténué, a rappelé Froome. Voyons voir ce qui se passera. Tout est encore possible.»
Kittel abandonne
Le détenteur du maillot vert, Marcel Kittel, a dû abandonner la classique annuelle après avoir chuté dans la première ascension de cette 17e étape. Les images retransmises par la télévision ont montré Kittel, la jambe droite ensanglantée, en train de recevoir des soins des médecins de la course. Le sprinter allemand a remporté cinq étapes de la présente édition de la Grande Boucle.
Kittel, qui avait aussi connu une mauvaise journée la veille, avait vu son avance au classement aux points réduite à 29 points. Il a chuté après environ 20 kilomètres, mercredi. Il a dû changer de vélo avant d'abandonner quelques minutes plus tard.
L'Australien Michael Matthews est maintenant le favori pour remporter le maillot vert dimanche, à Paris.
Bardet, une dernière carte à abattre
Le plus entreprenant dans le Galibier, mercredi, Romain Bardet n'a fait la différence au final qu'avec Fabio Aru, mais a encore une dernière carte à jouer, jeudi, dans l'Izoard s'il veut conserver un espoir de victoire.
«Je n'ai aucun regret», a assuré le Français à son arrivée à Serre-Chevalier après une première étape alpestre marquée par l'ascension de la Croix de Fer, du Télégraphe et du Galibier, toit du Tour cette année.
«J'ai fait le maximum dans le Galibier, c'était pas loin de céder plusieurs fois. Mais avec 25 kilomètres de descente avec le vent de face, je savais très bien que cela serait difficile de reprendre du temps à Froome, qui était encore bien entouré. Mais j'ai donné tout ce que j'avais jusqu'à la ligne d'arrivée», a ajouté le Brivadois, troisième au classement général.
La ligne, c'est pourtant là que le leader d'AG2R La Mondiale peut avoir des regrets d'avoir été battu au sprint par Uran (deuxième de l'étape) qui a du coup engrangé six secondes de bonification et passe devant lui au classement général par une fraction de seconde.
«Un vieux renard»
Uran «n'a pas beaucoup attaqué aujourd'hui. Il se contente de suivre et de faire les bonifs à l'arrivée», a pesté Bardet.
Mais «Uran est un vieux renard», a analysé de son côté le manager d'AG2R Vincent Lavenu. «Je savais que c'était le client pour le sprint aujourd'hui, c'est un garçon qui a une grosse science de la course et qui est très fort cette année».
Si Bardet n'a pas fait une bonne opération par rapport à Froome et Uran, il a en revanche pris du temps - 31 secondes - à Fabio Aru et a fait un pas supplémentaire vers le podium à Paris.
«Il faut toujours rester positif dans l'analyse. Même s'il n'y a pas de gains marginaux importants, c'est quand même une bonne opération. Aru était un client sérieux, il a perdu une quarantaine de secondes, donc c'est plutôt une bonne chose», a souligné Lavenu.
Jeudi, dans la montée de l'Izoard, la grande difficulté pour Bardet sera une nouvelle fois de se débarrasser de l'escorte de Froome. «Froome a une équipe formidable qui lui permet de s'adosser à quelque chose de solide. (Mikel) Landa est extraordinaire, on se rend bien compte que dans le final, il arrive à boucher les trous pour Froome, qui se retrouve avec un atout supplémentaire», a poursuivi Lavenu.
Mais «on réessaiera demain», a promis Bardet. «Il faut être patient et constant».