Le Gallois Geraint Thomas a remporté la première étape du Tour de France 2017, samedi, un contre-la-montre individuel de 14 kilomètres.

Tour de France: du jaune pour Geraint Thomas

Le Gallois Geraint Thomas a endossé samedi le premier maillot jaune du Tour de France après le contre-la-montre de Düsseldorf qui a réussi à son coéquipier Chris Froome, beaucoup moins à l'Espagnol Alejandro Valverde, éliminé sur chute.
Thomas, double champion olympique sur piste, s'est montré le plus rapide sur les 14 kilomètres du parcours détrempé, marqué par une cascade de chutes et les abandons de deux coureurs espagnols, Valverde et Ion Izagirre.
Des favoris, Froome a réalisé - et de loin - la meilleure opération. Sixième de l'étape, à 12 secondes seulement de son coéquipier, il a distancé de 35 secondes l'Australien Richie Porte et encore plus loin les autres prétendants au podium.
Outre le temps concédé (36 sec. sur Froome), le Colombien Nairo Quintana a perdu un précieux coéquipier en la personne de Valverde, troisième du Tour 2015.
Le vétéran espagnol a chuté dans un virage à angle droit, où Tony Gallopin s'était retrouvé par terre lui aussi quelques minutes plus tôt. Mais, à la différence du Français, le Murcian n'a pas pu se relever.
«Malheureusement, il ne pourra pas continuer la course. Quelle tristesse d'abandonner dès le premier jour!», a réagi sa formation.
Romain Bardet, qui s'est situé sensiblement au niveau de Thibaut Pinot et de l'Italien Fabio Aru, a dressé un bilan satisfaisant. «J'ai eu de bonnes sensations. Je n'ai pas pris de risques et je suis entier, c'est l'essentiel», a estimé l'Auvergnat.
Sous la pluie
Les chutes se sont multipliées sous la pluie redoublant en fin de course. «Sur une route mouillée, il y a toujours une prise de risques qu'il n'est pas facile de trouver», a estimé l'espoir suisse Stefan Küng, qui a failli faire aussi bien que son aîné Fabian Cancellara à Liège en 2004.
Küng, lui aussi venu de la piste (ancien champion du monde de poursuite), est passé à cinq secondes de s'emparer du maillot jaune le jour de ses débuts sur le Tour.
La série de chutes, qui a concerné notamment des coureurs de son équipe (Groenewegen, G. Bennett), a incité à la prudence l'un des prétendants à la victoire d'étape, le Néerlandais Jos van Emden, qui s'est classé septième du «chrono».
Le favori du jour, l'Allemand Tony Martin, a échoué une nouvelle fois dans le premier «chrono» du Tour. Le champion du monde de la discipline a dû se satisfaire de la 4e place, à huit secondes de Thomas.
La pluie, annoncée par la météo, s'était invitée depuis la matinée à Düsseldorf. Est-ce une conséquence? Le public, s'il est venu en foule, n'a pas été aussi nombreux que lors des départs fameux de Londres (2007), Rotterdam (2010) ou encore Utrecht (2015).
Thomas, 31 ans, a revêtu le premier maillot jaune de sa carrière. Double champion olympique sur piste (poursuite par équipes en 2008 et 2012), le Gallois a gagné Paris-Nice en 2016.
Sky : le tir groupé
Aligné avec le statut de leader au dernier Giro, il avait dû abandonner vers la mi-course à cause d'une chute.
«Le Giro a été une énorme déception. J'étais dans la meilleure forme de ma vie, très bien préparé», a reconnu le nouveau maillot jaune, souvent accablé par la malchance.
«Pour être honnête, c'est un choc pour moi», a-t-il ajouté. «Quelques jours après mon abandon au Giro, j'ai décidé de venir sur le Tour, pour faire le mieux que je pouvais. [...] J'ai roulé, je me suis beaucoup entraîné, et c'est l'idée de venir au Tour qui m'a fait tenir. Sinon j'aurais pris 3 ou 4 kilos».
Son équipe Sky s'est félicitée du résultat d'ensemble de ce «chrono» avec quatre coureurs dans les huit premiers (Kiryienka 3e, Kwiatkowski 8e). Et surtout Froome qui a levé les doutes éventuels sur sa forme.
«J'ai beaucoup travaillé le contre-la-montre ces trois dernières semaines, après le Dauphiné. Et ça m'a souri, j'ai fait un bon temps», s'est réjoui le triple vainqueur du Tour.
«Avec cette victoire, je vais rester dans le haut du classement général un peu plus longtemps», a souri Thomas. «Les gars du classement général ont dû faire un peu plus attention que moi dans les virages.»
Dimanche, la deuxième étape relie l'Allemagne à la Belgique, de Düsseldorf à Liège. Le parcours suit une boucle dans la vallée de Neander (où furent trouvés au XIXe siècle les ossements de l'homme de Néandertal) puis rejoint Liège pour une arrivée promise aux sprinteurs.
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De la gloire olympique au maillot jaune
«J'ai commencé à faire du vélo à cause du Tour de France», a raconté samedi le premier leader du classement général, Geraint Thomas, visiblement ému.
Geraint Thomas, premier maillot jaune du Tour de France 2017, est un coureur puissant qui a fait une belle carrière sur piste avant de venir à la route, où il a déjà démontré des capacités de leader chez Sky.
«J'ai commencé à faire du vélo à cause du Tour de France», a raconté samedi le premier leader du classement général, visiblement ému : «Je n'y crois toujours pas, c'est incroyable, c'est un rêve qui se réalise».
À 31 ans, ce Gallois est pour l'instant, sur le Tour de France, l'un des équipiers de luxe de Chris Froome, le triple vainqueur de l'épreuve.
L'an dernier, Froome lui-même avait adoubé son équipier à l'arrivée de la Grande Boucle : «Il a été fantastique sur les pavés, dans le vent, la pluie. Il termine les Pyrénées avec moi. Bientôt, il pourra être leader sur un Grand Tour».
Sa première expérience a pourtant mal tourné : leader de son équipe cette année sur le Giro, Thomas a chuté à cause d'une moto de carabiniers et a été contraint d'abandonner trois jours plus tard alors qu'il comptait parmi les prétendants à la victoire finale.
Sa carrière a débuté sur la piste, comme toute une génération de Britanniques recrutés pour préparer les jeux Olympiques de Londres 2012.
«J'aime vider des pintes»
La route, à l'époque, lui servait de préparation, mais il avait déjà prouvé son talent en remportant l'édition junior de Paris-Roubaix en 2005.
Sur piste, il est devenu double champion olympique de poursuite par équipe (2008 et 2012). Et c'est après les jeux de Londres en 2012 qu'il a commencé sérieusement à tenter sa chance sur le bitume.
Son passé de poursuiteur lui a évidemment été très favorable sur le contre-la-montre de Düsseldorf, fait de longues lignes droites qui favorisaient les coureurs puissants.
Il a toutefois fallu que Thomas observe un sévère régime pour passer de la piste à la route : «Quand je faisais de la piste, j'étais tout simplement gros», a-t-il raconté, «C'était une question de puissance. J'étais jeune, je buvais des bières. Comme tout bon Gallois, j'aime vider des pintes. J'ai fait beaucoup d'efforts pour maigrir.»
Les efforts ont payé, puisque Thomas est devenu non seulement un solide coureur de classiques, mais aussi de courses courtes par étapes, avec notamment un Tour de l'Algarve (2015), deux Tours de Bavière (2011 et 2014) et un Paris-Nice (2016) à son palmarès.