Tour de Beauce: Cowan chute, mais garde le jaune

Alexander Cowan s'apprête sans doute à devenir le plus jeune champion de l'histoire du Tour de Beauce. Une chute samedi dans l'épreuve de Québec ne l'a pas empêché de faire un pas de plus vers l'ultime victoire. Mais la dernière étape et une poignée de rivaux le séparent encore d'un triomphe, ce dimanche.
«Juste un jour de plus. Encore un dodo et il y aura peut-être du champagne au bout de tout ça!» a souhaité le cycliste de 20 ans de Calgary, samedi après-midi, après avoir bouclé les 35 tours de 2 km sur la colline Parlementaire à 14 secondes du gagnant du jour, Ian Garrison.
Celui que son entourage appelle Alec entretenait comme seul objectif de conserver son maillot jaune de meneur au classement général, au terme de ce critérium couru en moyenne à 45,2 km/h par Garrison.
La virée a toutefois mal commencé pour Cowan. Alors qu'une échappée s'était détachée en tête dès le troisième tour, à l'arrière, le détenteur du maillot jaune a chuté juste devant le parlement, autour de la fontaine de Tourny. Chanceux dans sa mésaventure, il n'a pas été blessé gravement et son vélo n'a pas subi d'avarie.
«Le mouvement du peloton m'a déporté vers l'extérieur et j'ai foncé dans la clôture par moi-même. Ce qui est un peu gênant. Mais après, tu te relèves, tu vas au ravitaillement, te ressaisis et reviens dans la course comme si c'était une nouvelle épreuve», a expliqué Cowan, toujours d'un calme olympien dans ses commentaires d'après-course.
Les coureurs du Tour de Beauce contournant la fontaine de Tourny lors de leur circuit de 35 tours de 2 km sur la colline parlementaire, samedi, à Québec.
Traînant un bras droit badigeonné d'un mélange de poussière et de sang le reste du critérium, Cowan en a été quitte pour «des éraflures et des bleus», selon ses dires.
Il sera donc prêt à tout donner dimanche pour finir au sommet, épaulé par ses six coéquipiers de la formation Silber. «Le parcours de dimanche me va bien et je ne voudrais être dans les souliers de personne d'autre. Faut juste rester concentrer et y aller une étape à la fois, comme on a fait toute la semaine.
«On a une équipe assez forte pour ramener une échappée, on l'a démontré aujourd'hui [samedi]. Si tout le monde a une bonne nuit de sommeil et mange beaucoup de desserts du Georgesville, je crois qu'on va y arriver», résume Cowan, vantant au passage la gastronomie de l'hôtel de Saint-Georges où plusieurs équipes logent.
Trois maillots pour Silber
Seule basée au Canada parmi les équipes de pointe dans ce tour, Silber est dirigée par l'ex-cycliste Gord Fraser. Avec deux victoires d'étape en poche et trois maillots en main au matin de la dernière étape, le directeur sportif se montre satisfait.
«On n'a pas peur de rouler en avant du peloton pour trois jours», dit-il à propos de la défense en cours depuis la victoire de Cowan au contre-la-montre de vendredi matin. «C'est quoi, trois jours? Des équipes en Europe le font pendant deux semaines. Ce sera trois jours très difficiles, mais on va le faire.»
Garrison a beau avoir pris 24 secondes à Cowan, avec les 10 secondes de bonification au gagnant de l'étape, il accuse encore 1 min 22 de retard. L'athlète de 19 ans d'Atlanta. qui avait fini deuxième de la première étape, ne rêve pas en couleurs.
«À moins qu'il arrive quelque chose de complètement fou, je ne pourrai pas le rattraper», constate celui qui était heureux d'enfiler le maillot bleu spécial du vainqueur de l'étape de Québec. Entre Cowan et Garrison loge encore quatre coureurs.
Si Cowan l'emporte, il deviendrait le plus jeune à réussir l'exploit depuis le tout premier champion de ce qui s'appelait alors le Grand Prix de Beauce, en 1986. L'âge de ce premier vainqueur, James Gillis, de Halifax, demeure toutefois introuvable.
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La belle aventure de Bonaventure
Tout en se frottant à des compétitions cyclistes plus relevées qu'au Rwanda, Bonaventure Uwizeyimana découvre la culture nord-américaine.
Pour Bonaventure Uwizeyimana, le choc culturel est total. Le climat, la culture, le peloton, la Beauce. «Je lui ai montré comment fonctionne une machine à gaufres, il n'avait jamais vu ça!»
C'est sa directrice sportive qui parle. Une certaine Lyne Bessette, grande dame du vélo sur route québécois et canadien. «Je ne connaissais pas Lyne avant de me joindre à l'équipe. J'ai googlé son nom : elle a fait tellement de choses! Le cyclisme, elle connaît ça», affirme celui que l'on surnomme affectueusement «Bona».
Le Rwandais de 24 ans roule le 32e Tour cycliste de Beauce sous les couleurs d'une formation basée à Gatineau, LowestRates.ca, menée par Bessette. Sans faire d'éclat, il fait partie des 83 concurrents toujours en vie qui s'élanceront au départ de la dernière étape de dimanche, à Saint-Georges. Vingt-et-un candidats ont abandonné depuis mercredi.
Pas Uwizeyimana. Entré 1 min 14 derrière le gagnant samedi, en haute-ville de Québec, il occupe le 55e rang cumulatif, à 40 min de la tête. «Il n'y a pas de courses aussi relevées au Rwanda ou en Afrique. Si je veux prendre de l'expérience et devenir professionnel d'ici deux ans, je dois en faire», a-t-il expliqué au Soleil dans un anglais respectable, samedi, à l'ombre du parlement.
Le patron de LowestRates, Frédérick Gates, l'a repéré l'an dernier, au Tour du Rwanda. Sans équipe cette année après un an au sein d'une formation d'Afrique du Sud, Uwizeyimana a accepté l'offre de Gates de venir courir les Tours de Saguenay et de la Beauce. Il part ensuite s'entraîner au Wyoming, puis devrait participer au Tour du Colorado, en août.
Immersion totale
«Bona» n'avait mis les pieds en Amérique qu'une seule fois avant, pour les Championnats du monde des moins de 23 ans de 2015, en Virginie. Mais cette fois, l'immersion est totale.
«Les Rwandais ont l'habitude de toujours partager ce qu'ils ont avec leur famille, alors je dois lui dire de boire ses quatre bidons d'eau au complet et de manger toute sa bouffe. Sinon, il en garde et en vélo, c'est important de bien s'alimenter», explique Bessette.
Le timide garçon admet parler un français très minimal. Mais quand il jase avec le Matanais Bruno Langlois dans le peloton, c'est en anglais. Il connaît Langlois sur route pour l'avoir vu gagner deux étapes du Tour du Rwanda en 2012, où Uwizeyimana avait pris le 36e rang au général.
Il insiste pour dire que le cyclisme rwandais s'améliore. Et que le Rwanda, c'est beaucoup plus que le génocide. Lui avait un an et demi. Ses proches sont encore en vie.
«Beaucoup de gens ont perdu leur famille, dont mes voisins. C'était un temps très mauvais. Mais notre pays a appris de ce qui s'est passé et a grandi. Le Rwanda, ce n'est pas juste 1994. Je veux montrer qu'on peut aussi faire des belles choses», conclut-il, confiant en l'avenir.