Fred VanVleet et Norman Powell sont touchés par les incidentsà Kenosha, près de Milwaukee.
Fred VanVleet et Norman Powell sont touchés par les incidentsà Kenosha, près de Milwaukee.

Tirs de la police sur un homme noir: des Raptors à fleur de peau

Curtis Withers
La Presse canadienne
Leur frustration palpable, Fred VanVleet et Norman Powell se sont retrouvés une fois de plus à s’adresser aux médias après un autre cas où la police a tiré sur un homme noir.

Après avoir vu la vidéo impliquant Jacob Blake à Kenosha, près de Milwaukee, VanVleet a dit être «ailleurs aujourd’hui, émotionnellement».

Les joueurs se sont exprimés dans un contexte où les Raptors se préparent en vue de jeudi, quand débutera leur demi-finale de l’Est contre les Celtics de Boston.

«On commence à avoir l’impression que [la mobilisation et la sensibilisation] ne mènent à aucun vrai changement, a dit VanVleet. Il y a eu un autre incident malheureux, donc mes pensées vont à cet homme et à sa famille. J’essaie de réaliser ce qu’ils peuvent vivre.»

Les Raptors ont été à l’avant-garde des initiatives de justice sociale de la NBA, notamment en arrivant sur le campus de Disney dans des autobus arborant le slogan «Black Lives Matter». Dans le cadre de ces initiatives, on demande justice pour George Floyd, Breonna Taylor et d’autres Noirs tués par la police.

VanVleet croit qu’il est temps que davantage de personnes s’impliquent.

«Nous avons les microphones au visage, nous sommes ciblés comme devant prendre position, a déclaré VanVleet. La responsabilité nous incombe de faire du changement. Mais rendu à quel point ne devons-nous plus simplement en parler?

«Allons-nous demander des comptes à tout le monde, ou allons-nous simplement mettre les projecteurs sur les Noirs ou les athlètes ou artistes noirs et dire : “vous, que faites-vous? Que contribuez-vous à votre communauté? Que mettez-vous en jeu?”»


« On commence à avoir l’impression que [la mobilisation et la sensibilisation] ne mènent à aucun vrai changement. »
Fred VanVleet

VanVleet et Powell ont dit que les joueurs avaient discuté des options pour répondre à l’incident au Wisconsin. Powell a mentionné qu’il a été abordé de boycotter des matchs.

«Il y a beaucoup de choses dont on a parlé, a confié Powell. Je pense que tout le monde en est à dire que “Black Lives Matter” et les discussions, les appels Zoom et [les messages] via les vêtements, ça ne fait pas le travail. Poser un genou au sol pendant l’hymne, ça ne fait pas avancer les choses.

«Ça commence à être dilué. J’ai l’impression que “Black Lives Matter” reste au niveau de figurer dans les conversations. Quelque chose doit arriver dans le sens où les personnes qui peuvent amener du changement sont tenues de faire quelque chose.»

VanVleet fait écho à cela.

«Nous savions que venir ou ne pas venir ici n’empêcherait rien, mais je pense qu’en fin de compte, jouer ou ne pas jouer met de la pression sur quelqu’un, a-t-il déclaré.

«Par exemple, ça s’est produit à Kenosha. Ne serait-il pas bien, dans un monde parfait, si nous disions tous que nous ne jouons pas, et que le propriétaire des Bucks prenait le relais et mettait de la pression sur les procureurs et les politiciens là-bas, pour apporter un réel changement et obtenir justice.

«Je sais que ce n’est pas si simple, mais à un moment donné, il faut vraiment qu’il y ait quelque chose à l’enjeu, pas juste perdre de l’argent ou de la visibilité.»

Jacob Blake en compagnie de Adria-Joi Watkins, dans une photo prise en 2019

Longue enquête en vue

Le département de la Justice du Wisconsin mène une enquête sur le cas Blake; on s’attend à ce qu’elle dure plusieurs semaines.

Les policiers ont été placés en congé administratif, une mesure courante dans de tels cas.

«Les policiers croient qu’ils agissent en respect de la loi et que c’est OK, a dit Powell. “Nous avons mené une enquête et nous les déclarons non coupables.” Et ils rentrent chez eux et dorment parfaitement la nuit, ils vivent leur vie et vont à leur travail.

«Tant et aussi longtemps qu’ils ne risquent pas d’être congédiés et de tout perdre, rien ne va se passer.»

La famille de VanVleet est arrivée à Orlando; il pourra les voir dans environ une semaine.

Il a dit qu’il pense à ses deux jeunes enfants quand il voit un incident comme celui avec Blake.

«Penser que mes bébés aient à voir ça, ou que mon fils doive marcher dans certains des mêmes environnements... vous devez apprendre à vos enfants comment interagir avec la police, quoi faire, quoi ne pas faire, dit VanVleet. Vous devenez un peu impuissant, et ça fait peur.»

Les Raptors se préparent à entamer une série de deuxième tour contre les Celtics, qu’ils affronteront en séries pour la toute première fois.

«Je ne pense pas vraiment à ça pour le moment, a mentionné VanVleet. Je suis sûr que quand ce sera le temps de jouer, je pourrai me concentrer sur le basket. Ce n’est pas très difficile pour moi.

«Les Celtics sont incroyablement talentueux, et je pense que les partisans attendaient cette confrontation depuis longtemps. Mais pour le moment, je n’ai pas du tout la tête à ça.»