C’est un Tiger Woods souriant qui a rencontré les médias après avoir reçu la confirmation qu’il ferait partie de l’équipe américaine qui disputera la Coupe Ryder en France, du 28 au 30 septembre. Bryson DeChambeau et Phil Mickelson ont également été choisis par le capitaine Jim Furyk, mardi.

Tiger Woods jouera à la Coupe Ryder

PHILADELPHIE — Après des années d’errance, enfin la renaissance. Tiger Woods a réussi à signer l’un des plus improbables retour de l’histoire en arrachant sa sélection pour la Coupe Ryder, mardi.

Âgé de 42 ans, l’ancien roi de la planète golf a été sélectionné pour la première fois depuis 2012 pour la Coupe Ryder — une compétition qui oppose aux deux ans les États-Unis et l’Europe —, qui aura lieu du 28 au 30 septembre près de Paris. Woods, revenu à la 26e place mondiale, est un des trois choix du capitaine Jim Furyk, avec Bryson DeChambeau et Phil Mickelson.

Nommé en début d’année vice-capitaine de l’équipe américaine, Woods se concentrera exclusivement sur son rôle de joueur, a précisé Furyk, qui a d’ailleurs nommé mardi trois nouveaux vice-capitaines : David Duval, Zach Johnson et Matt Kuchar.

Qui aurait misé sur ce scénario il y a huit mois? En janvier 2018, au moment du retour du «Tigre» sur les verts, même les plus enthousiastes ne cachaient pas leurs doutes...

Les avis à l’époque sont quasi unanimes : le légendaire golfeur part de trop loin. Alors 656e mondial, il n’a pas joué en compétition de manière crédible depuis trois ans. Et pourtant, en quelques mois, Woods va réussir ce que beaucoup pensaient impossible. 

Il se pointe de façon de plus en plus régulière près des podiums jusqu’à l’Omnium britannique en juillet, où la planète golf se remet à frissonner. À neuf trous de la fin, il mène. Il vacille toutefois et ne parvient qu’à terminer sixième. Trois semaines plus tard, au Championnat de la PGA, dernier Grand Chelem de la saison, l’hystérie repart. Il lutte pour la victoire jusqu’au bout, mais échoue à deux coups de Brooks Koepka.

Le visage de son sport

Sa sélection au sein de l’équipe de la Couper Ryder constitue un exploit de plus pour Woods, un athlète décidément à part, taillé pour écrire sa légende. Il est celui qui a fait changer à lui seul le golf de dimension. L’un de ces très rares sportifs, à l’image de Roger Federer au tennis, qui incarnent à eux seuls leur discipline, avec une aura dépassant le cadre du monde feutré du golf, aux verts impeccables, à l’aspérité proscrite.

Quand il débarque au milieu des années 90, Woods suscite dès le début un intérêt hors-norme. Jeune, métissé (né d’un père noir et d’une mère asiatique) — une incongruité dans un monde à la couleur quasi uniforme —, il apporte un vent nouveau dans le golf.

Son jeu, plus agressif, son approche physique d’une discipline encore réticente aux salles de gym, sa fougue qu’il n’hésite pas à exprimer... Un cocktail qui d’emblée électrise et fascine. Et surtout, il gagne. Dès le début. Et presque tout.

Entre 1996 et 2008, il domine outrageusement son sport, empoche 14 titres du Grand Chelem, ce qui le laisse à quatre longueurs d’une autre légende du golf Jack Nicklaus, soulève 106 trophées et fait passer le golf sur une autre planète. La sienne.

Puis la machine s’enraye. En 2009, la révélation des ces nombreuses liaisons désarçonne celui que l’on croyait à l’époque inébranlable. Il se sépare de sa femme, le mannequin suédois Elin Nordegren, avec qui il a eu deux enfants.

Contraint par ses commanditaires de faire des excuses publiques, son image s’effrite sérieusement. Sa carrière connaît un premier coup d’arrêt. Il va mettre quatre ans à retrouver le fauteuil de no 1 mondial et, en 2013, il parvient à redevenir le sportif le mieux payé au monde selon le magazine économique Forbes.

Nouveaux ennuis

C’est alors son physique qui l’abandonne. Touché au dos, il est opéré plusieurs fois en 2014, mais ne parvient pas à s’en remettre. Son élan se délite, son mental vacille.

Pour ne rien arranger, il alimente de nouveau la rubrique des faits divers en se faisant arrêter endormi au volant de sa voiture sous l’emprise d’un cocktail de médicaments et d’antidépresseurs un soir de mai 2017, en Floride. Les images de son arrestation sont terribles et font le tour du monde. Son visage hagard sur les photos de la police attriste le monde du golf, qui pourtant, jamais ne le lâchera.

Paradoxalement, cette descente aux enfers coïncide avec le début de sa renaissance. Il ne lui reste plus qu’à gagner un nouveau tournoi du Grand Chelem pour parachever une œuvre à laquelle il était peut-être le seul à y croire il y a encore quelques mois.  Avec AP

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UNE ÉQUIPE QUI FAIT PEUR

L’ajout mardi de Tiger Woods, de Bryson DeChambeau (vainqueur à 24 ans des deux dernières épreuves de la PGA) et de l’inusable Phil Mickelson, qui disputera à 48 ans sa 12e Coupe Ryder, complète une impressionnante équipe des États-Unis, composée déjà de Brooks Koepka, de Dustin Johnson, de Justin Thomas, de Patrick Reed, de Bubba Watson, de Jordan Spieth, de Rickie Fowler et de Webb Simpson, qualifiés automatiquement au regard de leurs résultats de l’année. Avec notamment six des dix meilleurs joueurs du monde (9 dans le top 20 mondial en attendant la nomination du 12e et dernier membre, lundi prochain, qui pourrait être Tony Finau), les champions en titre font peur. 

«C’est une équipe qui regorge de talent», s’est d’ailleurs réjoui Woods, tout sourire. «Aller en Europe et tenter de gagner le trophée là-bas, ce qu’on n’est plus parvenu à faire depuis 25 ans, c’est excitant.» Reste à Woods à faire mentir sa réputation de joueur qui ne brille guère en Coupe Ryder avec un seul sacre (1999) en huit participations et un bilan mitigé de 13 victoires, 17 défaites et 3 nuls en 33 parties disputées.