Lundi, Tiger Woods se rend à la Maison-Blanche pour recevoir la plus haute distinction civile américaine de la part d’un président accusé par certains d’attiser les tensions raciales.

Tiger Woods honoré à la Maison-Blanche

WASHINGTON — Tiger Woods recevra lundi la «médaille de la Liberté» des mains de Donald Trump. Le golfeur, devenu l’un des plus célèbres au monde, a évité la politique comme la peste depuis le début de sa carrière.

Sur les verts, il a croisé le fer avec des présidents démocrates (Bill Clinton, Barack Obama) comme républicains (George H.W. Bush, Donald Trump).

Né d’un père noir et d’une mère thaïlandaise et vedette d’un sport dominé par des Blancs, il a pourtant toujours été réticent à s’exprimer sur les relations raciales aux États-Unis.

Lundi, il se rend à la Maison-Blanche pour recevoir, à 43 ans, la plus haute distinction civile américaine de la part d’un président accusé par certains d’attiser les tensions raciales.

M. Trump s’en est par le passé pris à plusieurs vedettes noires de basketball ou de football, mais ce passionné de golf n’a jamais tari d’éloges envers Tiger Woods.

Le milliardaire républicain avait appelé le golfeur mi-avril pour le féliciter de son retour spectaculaire au premier plan avec sa victoire du Masters d’Augusta, son 15e titre du Grand Chelem remporté 11 ans après son dernier sacre.

Une résurrection après une plongée dans les limbes du classement mondial, marquée par un scandale d’infidélité conjugale et quatre opérations au dos.

Saluant une «superbe victoire», M. Trump avait loué «son incroyable retour dans le sport et, plus important encore, dans la vie».

Mais quand d’autres sportifs utilisent leur notoriété pour dénoncer les injustices raciales, Tiger Woods préfère laisser son jeu parler pour lui.

«Un pionnier»

«Les gens s’imaginent que Tiger est un militant social, un combattant pour la justice raciale», dit Orin Starn, professeur d’histoire et d’anthropologie culturelle à l’Université Duke. «Mais il n’a jamais voulu l’être» et il «a toujours été assez apolitique tout au long de sa carrière», assure l’auteur du livre La passion de Tiger Woods.

Car comme Michael Jordan, légende du basketball et autre égérie de Nike qui s’est toujours tenu à distance de la politique, Tiger Woods a des intérêts commerciaux à protéger.

«Il pense que ce n’est pas bon pour sa marque s’il est considéré comme un partisan d’untel ou d’un autre», explique M. Starn.

Il estime «injuste» d’attendre de Tiger Woods qu’il utilise sa célébrité pour faire du militantisme alors qu’il «a consacré sa vie à l’art du golf» et «fait le bonheur de millions de gens». Pour l’universitaire, «il a été un pionnier en excellant sur les parcours de golf [et] je pense que c’est bien assez comme ça».

Tiger Woods a joué plusieurs fois avec Donald Trump, avant et après son élection. La dernière fois, c’était en février sur le parcours de Jupiter, en Floride (sud-est).

Respect

Peu expressif sur ses relations avec le milliardaire républicain — «Je connais Donald depuis des années. On joue au golf, on dîne» — il estime que le plus important est de respecter la fonction de président.

«Peu importe qui est en fonction, vous pouvez aimer ou pas sa personnalité ou sa politique, mais vous devez respecter la fonction», avait-il expliqué en 2018.

Pour Orin Starn, ce respect vient probablement de son éducation car son père, Earl, est un militaire de carrière. «Tiger a ce genre de tendance patriote», dit-il.

C’est justement un discours saluant les anciens combattants en 2009 lors de l’investiture de Barack Obama, premier président noir des États-Unis, qui l’a peut-être le plus rapproché du monde politique.

Créée par John F. Kennedy en 1963, la «médaille présidentielle de la Liberté» honore les artistes, scientifiques, sportifs, philan­thropes et autres civils pour leur contribution à la culture ou à la paix.

Depuis, elle a été remise à plus d’une trentaine de sportifs, dont les légendes du golf Jack Nicklaus et Arnold Palmer, du temps du président George W. Bush.

En 2014, Barack Obama avait remis cette médaille à Charlie Sifford, le premier Noir à avoir disputé le PGA Tour, le circuit professionnel américain.